22 novembre 2009
Robin - Partie 11 (nouvelle)
Robin parti, Charles Edouard resta tout chose, seul face à lui-même. L'épreuve redoutée de l'intimité avec le jeune garçon l'avait laissé pétri de curiosité. Et si le souvenir récent de ces instants flamboyants avec lui possédait comme un parfum d'illusion — tant il réalisait difficilement encore qu'il les eût réellement vécus — il n'ignorait pas qu'il s'agissait d'un tournant décisif dans son existence. Lui, de nature si peu téméraire d'habitude, était fier d'avoir enfin franchi des frontières inconnues, bien qu'en vérité il n'eût aucun mérite. C'était l'amoureuse et respectueuse présence de Robin, rien d'autre, qui par sa constance lui avait ouvert les yeux. A la lumière des derniers événements, une multitudes de petits détails, de gestes, de regards, d'attentions de la part du jeune homme lui revinrent en mémoire peu à peu. Avec le recul, il se demandait quelle incompréhensible peur avait pu le retenir tout ce temps d'accepter de voir un tel cadeau ? Il ne réalisait que maintenant combien le jeune garçon avait fait preuve d'une patience d'ange avec lui. Il avait dû désespéré plus d'une fois de le voir si insensible à ses signaux. Il se rattraperait. Il lui tardait de se trouver à nouveau en face de lui, de découvrir plus avant ce que lui réservaient les promesses de son sourire. Un mois, il lui faudrait attendre un mois encore !
La moitié du temps il planait au lieu de travailler. C'était si bon d'espérer, et si nouveau pour lui. L'éclat passé de sensations adolescentes se ravivait. Tant de choses oubliées par nécessité resurgissaient, des choses comme la joie aiguë d'exister dans le cœur d'une autre personne. Robin l'aimait. Enfin, les jours allaient avoir un autre goût que celui de l'angoisse. Soupirant, il se complaisait avec un optimisme qui ne lui était pourtant pas coutumier, à se figurer sa vie future avec le jeune et talentueux artiste. Il n'était pas dur d'imaginer de quoi leur quotidien serait fait. Ils cohabitaient déjà en bonne harmonie depuis des mois. Leur complicité déjà effective aurait l'opportunité de s'épanouir. Ils pourraient se rapprocher l'un de l'autre jusqu'aux limites d'une intimité que Charles Edouard n'avait encore jamais connue mais qu'il présentait possible. Oui, Robin était de ces gens qui se donnent sans compter et ne trichent jamais. Si lui-même parvenait à être à la hauteur, de grands moments les attendaient. Cela allait être merveilleux…
Plusieurs fois par jour, il se surprenait à sourire tout seul dans le vide. Le fait que Robin fût un garçon le perturbait de moins en moins. Cela se réduisit même, au fil des jours, à un détail en passe de devenir anodin. La question de la sexualité le titillait bien encore, mais le peu qu'il avait eu le temps d'expérimenter avait désamorcé bien des angoisses. Chacun de leurs rapprochements n'avait-il pas été un pur moment de grâce ? Il prit l'habitude, chaque soir avant de s'endormir, de revivre en pensée leur union sous la douche, pour s'habituer à l'idée, pour vérifier ses premières impressions et aussi pour le plaisir. Ce petit film intime, à sa grande joie, éveillait chaque fois en lui le même désir incisif. C'était une première : une réalité vécue venait de remplacer ses fantasmes, lesquels, il est vrai, n'avaient jamais été très originaux. Aux quelques appréhensions qui demeuraient, il se rassurait en se disant que Robin aussi, peut-être, les ressentait. Après tout, celui-ci n'avait que vingt ans et, d'après ses dires, avait surtout connu des filles… Quoi qu'il en fût, cette perspective d'apprendre ensemble était exaltante.
L'autre moitié du temps, il traquait son éventuelle métamorphose dans le regard des autres et dans chaque miroir qu'il croisait sur sa route. Mais c'était inutile, il était le même homme. Le bouleversement était invisible. Et peut-être ne s'agissait-il pas de bouleversement mais, plus justement, de révélation… On lui fit simplement remarquer qu'il avait meilleure mine, qu'il était de meilleure humeur, sans plus.
Durant sa relation avec la belle Solène, jamais il n'aurait eu l'opportunité de laisser émerger ces désirs pour quelqu'un d'autre, et qui plus est pour une personne du même sexe. Cette femme exclusive avait suscité en lui une fascination telle, elle l'avait accaparé avec tant de virtuosité que pendant six ans, son charme et sa détermination impériale l'avaient comme hypnotisé, en faisant sa chose, son serviteur, occupant tout l'horizon, ne lui octroyant pas même une petite chance de s'ouvrir à de nouvelles amitiés. Sa vie sociale s'était résumée à elle et à elle seule. Il s'attristait de reconnaître que cela aurait continué ainsi tant qu'elle aurait bien voulu de sa présence et maintenu en lui l'espoir de fonder une famille. Depuis qu'il était libéré d'elle et du même coup de ses obsessions et souhaits anciens — comme devenir père ou briller partout avec elle à son bras — certains regrets s'effaçaient pour laisser peu à peu place à un impérieux désir de partage. De moins en moins préoccupé par l'avenir, il avait soif du présent comme jamais cela ne lui était arrivé. Il n'avait plus envie de faire de plans sur la comète. Les voir s'effondrer faisait trop mal.
Il réfléchit aussi beaucoup aux conséquences sur sa vie d'un amour affiché avec Robin. En quoi cela perturberait-il le court ordinaire des choses qu'il fût homosexuel ? Qui cela dérangerait-il ? Bon, il y avait bien sa mère… Mais c'était vraiment là le seul hic et s'il était parvenu à surmonter l'obstacle le plus problématique, à savoir ses propre blocages, il ne ferait qu'une bouchée de la vieille aristocrate. Du moins voulait-il le croire.
Sur ce point précis, le hasard voulut que les événements se précipitent. Habituellement, comme chaque premier dimanche du mois, c'était la tradition, sa sœur et ses neveux étaient là aussi. Or, ce dimanche-là, comme par un fait exprès, cette dernière ne put venir, retenue à domicile par la forte fièvre de son petit dernier. L'habituelle réunion familiale animée de cris d'enfants se réduisit donc cette fois en un tête-à-tête mère-fils.
Cette chère Marie-Elisabeth l'accueillit donc seule dans l'hôtel particulier familial de la rue Freycinet où elle vivait désormais seule depuis la mort de son mari. A sa grande surprise, c'est elle en personne, comme toujours fière et pomponnée dans son tailleur Channel, qui lui ouvrit la porte.
— Bonjour Mère, fit-il en se penchant pour l'embrasser.
— Bonjour, Charlie.
— Marianne n'est pas là non plus?
— Non, je suis absolument seule. Elle avait des obligations familiales. Je lui ai donné son congé pour le week-end. Elle nous a préparé un lapin au morilles hier soir.
— Magnifique !
— Je n'ai eu qu'à faire réchauffer.
— C'est donc ça, cette odeur délicieuse… Et sinon, comment va mon neveux ? Vous avez des nouvelles ?
— J'ai eu Charlotte au téléphone juste avant que tu n'arrives. Ta pauvre sœur n'a pas fermé l'œil de la nuit mais elle m'a dit que la fièvre est un peu redescendue. Le pire semble être passé.
— Bon.
Ils s'installèrent à table et mangèrent en échangeant des banalités sur la météo, des nouvelles de la famille et du travail. Puis, soudain, au moment où il s'y attendait le moins, les hostilités commencèrent.
— Tu ne te rases plus ?
— Pardon ?
— Je ne t'ai pas vu négligé comme cela depuis la mort de ton père.
— Négligé ? Vous me trouvez négligé ? Je n'ai pas pris le temps de me raser ce matin, ça n'a rien d'irrémédiable, je vous rassure, fit Charles Edouard en prenant le parti d'en sourire.
La noble septuagénaire aux yeux noirs encore si ardents n'insista pas mais conserva son expression pincée. Ils continuèrent à manger en silence un bon moment.
— Sais-tu que j'ai vu Solène, cette semaine ? Déclara-t-elle soudain.
— Comment le saurais-je ? Elle va bien ? Répondit Charles Edouard avec une indifférence à peine feinte.
— Oui.
Il percevait sa tension dans ses gestes les plus infimes. Elle respirait le reproche. Il attendit la suite avec quelque anxiété. Elle adorait Solène et n'avait toujours pas digéré leur séparation. Allait-elle une énième fois le harceler à ce sujet ? Encore plusieurs minutes s'égrainèrent sans qu'on entende autre chose que le tic-tac de l'horloge, le tintement des couverts dans les assiettes et la circulation derrière les vitres. Elle se tamponna délicatement la bouche d'un coin de serviette immaculée puis leva le menton un peu plus haut avec l'air de vouloir en découdre.
— Elle est passée prendre le thé, mardi. Nous avons parlé.
— Ha. Très bien.
— Elle m'a parlé de toi…
— Venez-en au fait, Mère. Je croyais que nous avions convenu que ce sujet était clos.
— Je profite que je t'ai en tête-à-tête pour te dire le fond de ma pensée. Tu as commis une grave erreur en la laissant partir.
— Je refuse d'avoir cette conversation.
— Charles Edouard, cette jeune femme est une perle. C'est une chance inouïe qu'elle ait bien voulu s'intéresser à toi et partager ta vie. Tu dois absolument la reconquérir.
Il contint avec difficulté les mots violents qui lui montaient au lèvres.
— Explique-moi en quoi est-ce une chance, s'il vous plaît ! Mon Dieu, mais quelles sornettes vous a-t-elle raconté ?
— Pour quelqu'un qui n'a pas été à la hauteur, il serait plus décent que tu le prennes sur un autre ton.
C'en était trop. Charles Edouard, bien déterminé cette fois à ne pas la laisser le pousser dans ses retranchements, posa ses couverts et sa serviette et la fixa jusqu'à ce qu'elle fût obligée de détourner les yeux.
— Je le prendrais sur le ton qu'il me plaira, Madame. Ma vie privée ne vous regarde pas. Je croyais avoir été clair là-dessus. Libre à vous d'apprécier cette intrigante. En ce qui me concerne, je ne veux plus avoir à faire à elle. Je revis depuis qu'elle m'a libéré de ses griffes, alors ne gâchez pas votre salive en de vaines remontrances.
— Vous formiez un couple parfait.
— Elle a failli me rendre fou !
— C'est toi qui as tout gâché.
— Cela suffit, Mère ! Garder vos accusations. Je ne sais que trop le peu d'estime que vous me portez. J'ai toujours été responsable de tous vos malheurs et j'ai toujours contrarié les projets que vous aviez pour moi, je sais. Mais ne trouvez-vous pas incroyable de porter plus d'attention et de crédit aux dires de cette… de cette actrice, de cette avocate, plutôt qu'à ceux de votre propre fils ? Ne voyez-vous pas qu'elle vous manipule comme elle m'a manipulé ? Manipuler les autres comme des pantins est son seul plaisir dans la vie. Elle joue avec vous. Elle vous utilise pour m'atteindre encore à travers vous. Croyez-moi !
— Voyons, Charlie, que…
— Il n'y a pas de Charlie qui tienne. Je ne vous laisserai pas me rabaisser davantage, surtout en faveur d'une personne nocive qui m'a pris six années de ma vie. Je sais où j'en suis. Gardez à l'esprit que vous ne la connaissez pas comme je la connais. Et, que cela vous plaise ou non, je sais aujourd'hui que je vaux mieux qu'elle.
— Mais je suis inquiète de te voir à nouveau célibataire à 35 ans. Pourquoi n'avez-vous pas eu d'enfant?
— Allez savoir, peut-être m'a-t-elle refusé ce bonheur pour le plaisir de me nuire. Posez-lui la question à elle.
— Tu es le garant de notre lignée, l'héritier du nom. Je te trouverai un bon parti si tu n'es pas capable de le faire toi-même.
— Enfin, Mère ! Qu'est-ce que vous me chantez ? Nous ne sommes plus au dix-neuvième siècle. Et pitié, cessez de vous mêlez de ce qui ne vous regarde pas !
— La famille me regarde. L'existence de mes futurs petits enfants me regarde !
— Je ne suis pas disponible de toute façon, coupa-t-il, à bout de patience.
— Qu'entends-tu par "je ne suis pas disponible" ? Dit-elle en levant un sourcil inquiet.
— Je fréquente déjà quelqu'un.
Elle en reposa son verre sans rien y avoir bu.
— "Quelqu'un", "quelqu'un" ! Pourquoi ne me l'as-tu pas dit? Et bien parle ! Qui ?
— C'est une histoire débutante et…
— Est-ce sérieux au moins ? Depuis quand vous fréquentez-vous ? Comment s'appelle-t-elle ?
Charles Edouard considéra la veille femme aux meurtrières exigences. Depuis qu'il avait pris conscience du mal qu'elle lui avait causé, il n'avait plus envie de faire le moindre effort pour la ménager. Les derniers événements autant que sa psychothérapie l'avait aidé à se détacher d'elle. La voir souffrir à son tour ne le gênerait pas. Et puis qu'avait-il à perdre ? Jamais il n'obtiendrait son respect et encore moins son amour. Cela faisait trente-cinq ans qu'il essayait, en vain. Et qu'avait-il à craindre ? Qu'elle le déshérite ? Qu'elle le renie ? Et alors ? Cela ne ferait qu'officialiser ce qu'elle pensait de lui depuis le berceau.
— Il s'appelle Robin, fit-il simplement.
Elle vit bien qu'il ne plaisantait pas, mais son esprit refusa d'entendre les mots qu'il venait de prononcer.
— Robin est un nom masculin, remarqua-t-elle, très calme.
— En effet, Robin est un nom masculin. Vous avez bien entendu.
— Permets-moi de te dire que ton humour laisse à désirer, Charlie.
— Je suis épris d'un jeune homme, Mère. Cela n'a rien d'une plaisanterie.
— Charlie, ne me tourmente pas ainsi, fit-elle avec un sourire qui ne ressemblait à rien.
— Loin de moi l'idée de vous tourmenter, fit-il froidement. Il s'appelle Robin Rivière. Vous le connaissez par les journaux. Il s'agit du jeune prodige qui seconde Saint-Lyre. C'est avec lui que je vis depuis six mois. Il s'agit de mon colocataire, vous savez ?
Pétrifiée, elle n'entendait plus rien. Elle se leva de table avec la raideur d'un automate, disparut dans la pièce à côté, en revint presque aussitôt et déposa sur la table, près de la main droite de son fils, une petite boîte grise. Bien qu'il l'eût déjà reconnue, il s'en saisit et l'ouvrit. C'était la bague de fiançailles qu'il avait offerte à Solène peut de temps avant leur séparation.
— Elle te la rend. Tu pourras l'offrir à ta prochaine fiancée… Dit-elle en retournant vers sa place, de l'autre côté de la table.
— Gardez-là. Je doute que cette énorme aigue-marine plaise à Robin.
— C'en est assez ! Hurla soudain la veille femme restée debout, de toute la puissance de son frêle corps raidi de haine.
Charles Edouard la toisa et se mit à sourire malgré lui. Les colères de sa mère l'avaient toujours terrifié. Cette fois, il ne ressentit rien. Strictement rien. Il était guéri d'elle.
— Il n'y a jamais eu d'inverti dans notre famille et je t'interdis de faire encore une seule allusion cette insanité ! Ajouta-t-elle, agrippé au dossier de sa chaise, tremblante de fureur.
— Navré que cela vous déplaise, mais il semblerait qu'il en soit ainsi.
— C'est impossible ! Impossible. Cette engeance, ces gens de la mode, t'ont fait perdre la tête, mon pauvre garçon ! S'étrangla-t-elle.
Plus il la voyait perdre son calme plus il sentait le sien grandir.
— Je suis incroyablement amoureux de lui, insista-t-il, impitoyable.
— Il suffit ! Un mot de plus, Charlie, un mot de plus et, et…
— Et quoi ?
Fulminante, à cours de paroles, elle tenta de se reprendre en inspirant quelques amples bouffées d'oxygène pendant que Charles Edouard se levait de table. Il plia sa serviette avec soin, termina son verre de vin, repoussa sa chaise et resta debout en face d'elle. Pour la première fois de sa vie, il avait le dessus. Il entendait en profiter.
— Au risque de vous paraître cruel, Mère, j'ai bien peur que la manière dont vous m'avez élevé n'ait une part de responsabilité dans la singularité de mes goûts. Je dis cela, je n'en suis pas certain, c'est pour vous faire cogiter… Peut-être en vérité n'y a-t-il pas de cause véritable. Ou peut-être que votre chère Solène que vous estimez tant a réussi à me dégoûter des femmes. Allez savoir ! Toujours est-il qu'il en est ainsi : j'ai viré ma cuti.
— Tais-toi ! Tais-toi !
S'époumona-t-elle.
— C'est à votre fils cadet que vous devrez réclamer des petits enfants "De La Bressonnière".
— Je ne veux plus entendre un mot !
— Si cela peut vous consoler, sachez que personne n'a pris soin de moi comme Robin sait le faire. Il n'a que faire de ma fortune ou de mon nom. Il est la première personne à m'aimer pour ce que je suis.
— C'en est assez ! Sors d'ici ! Hurla-t-elle en lui montrant la sortie.
Il sourit, feignant une tristesse résignée.
— Suis-je bête. Vous n'avez évidemment que faire de mon bonheur.
Horrifiée, toujours agrippée à son dossier de chaise comme un oiseau de proie, elle le regarda s'éloigner, prendre sa veste et son parapluie dans le vestibule.
— Je prends congé comme vous m'y invitez si gentiment. Soyez assurée que je vous épargnerai désormais ma présence… Chère Mère…
Il s'octroya un dernier regard prolongé sur elle, elle qui le dévisageait comme un lépreux, cette femme si seule au fond, empêtrée dans ses dogmes et ses certitudes ancestrales. L'idée qu'il ne la reverrait peut-être jamais l'effleura et ne lui provoqua pas même un pincement de cœur.
A peine eut-il refermer la porte derrière lui qu'elle alla se précipiter aux toilettes pour y vomir tout ce qu'elle avait avalé depuis le matin.
16 novembre 2009
AP comme "autoportrait" ou "à poil"
Trente sept ans, ça me fait flipper…
Je ne sais pas vous, mais j'ai des périodes comme ça où je ne supporte plus ma tronche, mon âge, ma vie, etc.
Alors je me fais une petite séance narcissique de photoshop. Je me guéris en trichant à grands coups de triturage d'images (ça a dû m'arriver trois fois en dix ans, je vous rassure).
Je sais, c'est nul… Ne m'accablez pas.
Petite saisie d'écran du honteux labeur :
12 novembre 2009
Félix a un blog maintenant :)
08 novembre 2009
Capucines en folie
Motivée
Mutantes ? (2 couleurs sur la même plante…)
29 octobre 2009
Bords de Seine
18 octobre 2009
Bouquet d'octobre
Chers blogueuses, chers blogueurs, voilà un bout de temps que je n'ai rien posté. Les aléas de la vie m'ont retenue éloignée de ce lieu, certes virtuel, mais lieu tout de même puisqu'il s'y réalise de véritables échanges… Je vois qu'en mon absence, à mon heureuse surprise, ça va et vient toujours un peu ici. Chaque jour ou presque des passants lisent (ou relisent?) mes nouvelles. Ça me fait plaisir de savoir que les choses continuent de vivre sans moi.
Le programme des semaines qui viennent verra le retour de Robin et Charles Edouard, deux personnages qui m'ont accaparée bien davantage que ce que j'avais prévu. Il y aura vraisemblablement encore trois épisodes. Dans un premier temps Charles Edouard affrontera sa mère dans un intense face à face oral comme je les aime (en cours d'écriture), dans un second temps, Robin, de retour dans la ferme de ses parents, va dévoiler sa nouvelle vie (un peu sans le vouloir) à ces derniers, puis dans un ultime volet, nous verrons nos deux compères réunis pour une vie commune qui s'annonce, ma foi, haute en couleur :)
Quand au Dégel, il faut que je me remette un peu dedans. Je vous tiendrai au courant.
J'aimerais aussi éditer, mais j'ai besoin de vos lumières et de votre recule. Quelle(s) nouvelle(s) parmi celle(s) présente(s) ici, serai(en)t éditable(s) selon vous? Les votes sont ouverts. Donnez-moi votre avis.




Merci à tous de votre fidélité :)
01 octobre 2009
Nouvel album : Jardin

Entre deux siestes ou deux éclaircies, miss Kitty vous fait la visite guidée de son mini royaume.


27 septembre 2009
Joliesses et surprises de septembre
21 septembre 2009
Robin - Partie 10 (nouvelle)
Il n'était pas loin de quatre heures du matin quand, après mille hésitations, vagues d'angoisse et pointes d'exaltation, Charles Edouard se décida à pousser la porte de la chambre de son colocataire. Il y entra sur la pointe des pieds et, tout frémissant dans son beau pyjama de soie, s'assit au bord du lit. A la lumière de la lampe de chevet restée allumée, le visage à demi caché dans son bras replié, Robin dormait à poings fermés, une main abandonnée sur son ventre nu. Ce n'était pas étonnant, vu l'heure. Cela laissait encore un peu de temps à Charles Edouard et il en fut soulagé. Il contempla le tableau saisissant de sensualité qu'offrait le bel endormi. Dire que lui, Charles Edouard, Marquis de la Bressonnière — si ce titre avait encore un quelconque sens aujourd'hui —, descendant de trente générations de nobles seigneurs et glorieux chefs militaires auteurs de tant de hauts faits, fils aîné de feu Louis de la Bressionnière et de sa veuve, née Marie-Elisabeth de Chavigné, lui, donc, se trouvait là, dans la chambre d'un garçon, la sueur aux tempes et le bas ventre en émoi. C'était invraisemblable et pourtant… L'idée, la seule idée de le toucher, de le respirer, de découvrir ses attentes, le renversait. Il en avait besoin, il en avait envie, tellement envie. Il ne pouvait plus ne pas le reconnaître. Et, s'il n'arrivait toujours pas à se faire à la vision de cette intimité imminente — impensable transgression —, en revanche, il parvenait encore moins à se l'ôter de la tête — sublime transgression. Il n'avait plus le choix. Il ne lui restait qu'à se défaire de si peu d'entraves, au fond… Il aurait d'ailleurs été bien en peine de dire en quoi celles-ci consistaient précisément. Deux fois déjà il avait connu sa bouche. Le besoin de la connaître encore, puis de découvrir le reste, s'était fait plus pressant chaque jour. Il avança la main, lui effleura la joue, le cou, l'épaule, le cœur en vrille, le bonheur à vif. Lorsque Solène, la toute première fois, l'avait regardé, il s'était senti tout pareil à maintenant, au bord d'un précipice attirant, prêt à céder au vertige.
Robin, qui possédait le sommeil lourd d'un enfant, ne sentit ni les caresses, ni le baiser qu'on lui déposait sur le front, ni même qu'on se glissait dans son lit.
Comme chaque fois qu'il se couchait avec en tête une heure de levé programmée, il s'éveilla quelques minutes avant que ne retentisse le réveil. Il sourit en découvrant Charles Edouard endormi à ses côtés. Le simple fait de le voir là, même si c'était à l'autre extrémité du lit, à cinquante prudents centimètres de lui, récompensait sa patience. Le fastidieux apprivoisement avait donc porté ses fruits. Il allongea le bras et lui caressa les cheveux.
— Salut, murmura-t-il dès qu'il le vit ouvrir les paupières.
— Salut, répondit Charles Edouard.
Le garçon se laissa aller à la joie de se familiariser avec son visage ensommeillé, attendant simplement qu'il déposât les toutes dernières armes de sa crainte. Enfin, il s'amadouait. C'était beau à voir. Ce fut même ce grand hésitant qui déclencha le premier l'étreinte en venant se blottir contre lui. Il se cacha dans son cou, se laissa enlacer et l'enlaça à son tour. Quelle satisfaction c'était, déjà, de connaître enfin son poids et sa chaleur, de glisser les mains dans son dos, sous le tissu, un simple geste dont il rêvait depuis des mois. Les deux garçons s'étreignirent ainsi un long moment avant de céder au baiser qui couvait. Alors, dans une fougue splendide, une fougue qui les mena jusqu'aux jambes emmêlées et aux corps empoignés, ils virent affluer, sous la pression de leurs lèvres, tout l'espoir, toute la faim et l'électricité qui s'amoncelaient en chacun d'eux depuis leur rencontre. Robin, loin de s'attendre à tant de fièvre de la part de cet homme si policé, s'abandonnait déjà. Charles Edouard se découvrit plus avide qu'il ne l'aurait cru. Mais, il faut dire, Robin sentait si bon la Vie et l'Amour, son corps le réclamait avec tellement de force. C'en était enivrant. Il se voyait déjà l'essouffler de plaisir, entrevoyait l'issue… Mais, alors que les prémices d'une franche excitation les emportaient déjà et que leur état à chacun ne faisait plus de mystère, Robin se figea. Son regard venait par hasard de croiser le cadran du réveil.
— Ne me dis pas qu'il est déjà cette heure là ! S'exclama-t-il.
Mais il était bel et bien neuf heures et quart.
— Merde, merde, merde ! Ça veut dire qu'il me reste trois pauvres quarts d'heure pour attraper mon train… Excuse-moi.
Se dégageant des bras de Charles Edouard, il jaillit du lit, le laissant là tout bête sous la couette, débraillé dans son pyjama déboutonné, ébouriffé et rose comme un gamin qui a chahuté. Ne sachant trop par quoi commencer, le garçon attrapa ses vêtements d'une main puis se prit le front de l'autre.
— Rha, il faut que je m'active grave, là ! Si je le loupe…
— Tu ne peux pas prendre le suivant ?
— Non. J'avais regardé : il est trois heures après et mes parents m'attendent de pied ferme pour déjeuner. Ça fait super longtemps que je ne les ai pas vus, tu comprends. Je ne veux pas leur faire faux bond, — il fit mine de humer une délicieuse odeur dans l'air — et je sens d'ici le bœuf bourguignon que ma mère commence à faire mijoter pour fêter mon retour.
— Je vois, fit Charles Edouard avec un sourire contraint.
Robin se rassit près de lui avec une moue ennuyée. Cette interruption, tout de même, c'était un peu rude pour une première fois.
— Je suis désolé.
— C'est de ma faute. Je me décide pile au moment où tu t'en vas.
Il se considérèrent, l'un et l'autre pareillement tiraillés par l'envie de se toucher encore. Robin s'en mordit la lèvre.
— Et si je t'emmène à la gare en voiture ? Suggéra Charles Edouard.
— Tu ferais ça ?
— Evidemment.
— Ça me sauverait carrément la vie ! Ça voudrait même dire que j'ai le temps de prendre une douche ! Ou plutôt que NOUS avons le temps de prendre une douche.
Sur ce, sans laisser à Charles Edouard le temps de réagir, il le saisit par la main, le tira hors du lit et l'entraîna dans son sillage.
— Viens.
— Mais, où… Qu'est-ce que tu veux faire ?
S'interrompant dans la course, Robin fit volte-face pour le rassurer et, accessoirement, pour le faire taire. Il lui prit le visage dans les mains et lui offrit un baiser doux et appuyé, le genre de baiser qui apaise et enflamme à la fois, qui vous fait perdre le fil de vos pensées, voire toute notion de vocabulaire.
— On va faire d'une pierre deux coups, murmura-t-il à un Charles Edouard subitement départi de toute velléité de résistance.
Arrivé à destination, c'est-à-dire dans la salle de bain, il le défit de son haut avec des regards comme des caresses puis s'agenouilla pour s'attaquer au bas. Charles Edouard eut alors un peu de mal à faire abstraction de l'emballement alarmant de son rythme cardiaque. Aux premiers baisers sur son ventre, il crut défaillir et dut se rattraper à la commode juste derrière lui pour ne pas chanceler. Quand, pour finir, une langue décidée lui explora le nombril puis partit cheminer plus bas lui faire une très agréable démonstration de sa dextérité, il abdiqua. Les premières ondes d'excitation l'irradièrent si brutalement qu'il fit tomber la moitié des objets qui se trouvaient sur le meuble : boîte à cotons, brosse à cheveux et savonnette… Difficile de dire, du manque de temps ou de la hâte à jouir, ce qui teintait ainsi d'urgence cette première fois avec son cher Robin qu'il s'était toujours imaginée progressive et contemplative. C'était bien simple, ils n'avaient même pas eu le temps de bien se regarder.
Haletant — sans doute autant de désir que d'émotion —, il laissa passivement le garçon l'acculer sous la douche et entreprendre leurs ablutions. Il n'avait absolument pas le contrôle de la situation, se sentait complètement dépassé, et pour une fois, adora cela. S'il avait encore quelques traces d'appréhension, elles se diluèrent une à une aussi sûrement que la mousse du gel douche sous le ruissellement de l'eau. Il faut dire que découvrir les reliefs du corps de Robin pour la première fois avait de quoi laisser sans voix. Bref, parler n'était plus d'actualité et, de toute façon, ils avaient autre chose à faire de leur bouche. Si c'est un peu avec l'empressement de deux adolescents maladroits qu'ils poursuivirent dans la vapeur d'eau chaude ce qui s'était déjà précisé sous la couette, c'est bien avec l'indécence magnifique d'amants aguerris qu'ils l'aboutirent. Le peu de temps qui leur restait ne permettant, en effet, ni circonvolutions, ni ronds de jambes, le plaisir prit vite la tournure d'un orage prêt à crever le ciel et, lorsque Robin lui tourna le dos explicitement au détour d'une expiration, aux ultimes hésitations se substitua la spontanéité la plus lumineuse. Peu avant que la jouissance ne les libère, Charles Edouard se mit à appeler le Seigneur. Jamais cela ne lui était arrivé.
C'est dans un état second, silencieux, souriant et rêveur, qu'ils mirent à profit les dix minutes qu'il leur restaient pour s'habiller et prendre un mini-petit déjeuner.
Trois heures après avoir déposé Robin au départ de son train Charles Edouard se refaisait encore la scène en boucle, essayant de se souvenir de chacun de leurs gestes. Si cette première matinée d'amour avait laissé un goût de trop peu qui frôlait la frustration, il était clair, en revanche, que chacun l'avait vécue avec une ferveur suffisante pour alimenter une belle cohorte de rêveries pour le mois avenir.
________________________________
Cadeau !! * ^^
(rien à voir avec le texte ci-dessus, si ce n'est l'ambiance générale…)

Igor Dolgatschew et Dennis Grabosch (Alles was zählt, ép. 751)
*Cliquez sur l'image pour voir la vidéo. Il s'agit d'un extrait de la série allemande "Alles was zählt" (nom de la série en français : le rêve de Diana) qui passe en ce moment sur M6 (à une heure de grande écoute, incroyable ! ) et Teva. Parmi les chassés-croisés d'une quinzaine personnages dans la pure tradition du "soap", l'histoire de Deniz, lycéen de 17 ans, et Roman, patineur artistique de renom, forcément, a bien des points communs avec ce que j'aime écrire… Bon, et ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir une scène (homo)érotique aussi tendre. En plus, les deux acteurs sont vraiment craquants.
19 septembre 2009
Un p'tit gars bien mimi
18 septembre 2009
Douce France …
Comment je me suis fait tabasser par une compagnie de CRS
Écrit par Patrick Mohr
13-09-2008
"J’écris tout cela en détails, non pas pour me lamenter sur mon sort. Je suis malheureusement bien conscient que ce qui m’est arrivé est tristement banal, que plusieurs fois par jours et par nuits dans chaque ville de France des dizaines de personnes subissent des traitements bien pires que ce que j’ai enduré". Récit circonstancié d'une interpellation, à Avignon, en été.
Je m’appelle Patrick Mohr. Je suis né le 18 septembre 1962 à Genève. Je suis acteur, metteur en scène et auteur. À Genève, je dirige une compagnie, je co-dirige un théâtre et je m’occupe également du festival "De bouche à oreille". Dans le cadre de mes activités artistiques, je viens régulièrement au festival d’Avignon pour y découvrir des spectacles du "in" et du "off". Notre compagnie s’y est d’ailleurs produite à trois reprises. Cette année, je suis arrivé dans la région depuis le 10 juillet et j’ai assisté à de nombreux spectacles.
Le lundi 21 juillet, je sors avec mon amie, ma fille et trois de ses camarades d’une représentation d’une pièce très dure sur la guerre en ex-Yougoslavie et nous prenons le frais à l’ombre du Palais des Papes, en assistant avec plaisir à un spectacle donné par un couple d’acrobates. À la fin de leur numéro, je m’avance pour mettre une pièce dans leur chapeau lorsque j’entends le son d’un djembé (tambour africain) derrière moi. Étant passionné par la culture africaine - j’y ai monté plusieurs spectacles et ai eu l’occasion d’y faire des tournées - je m’apprête à écouter les musiciens. Le percussionniste est rejoint par un joueur de Kambelen Ngoni (sorte de contrebasse surtout utilisée par les chasseurs en Afrique de l’Ouest).
"Ta gueule, mêle-toi de ce qui te regarde !"
À peine commencent-ils à jouer qu’un groupe de CRS se dirige vers eux pour les interrompre et contrôler leur identité. Contrarié, je me décide à intervenir. Ayant déjà subi des violences policières dans le même type de circonstances il y a une vingtaine d’année à Paris, je me suis adressé à eux avec calme et politesse. Le souvenir de ma précédente mésaventure bien en tête. Mais je me suis dit que j’étais plus âgé, que l’on se trouvait dans un haut lieu culturel et touristique, dans une démocratie et que j’avais le droit de m’exprimer face à ce qui me semblait une injustice.
J’aborde donc un des CRS et lui demande : "Pourquoi contrôlez-vous ces artistes en particulier et pas tous ceux qui se trouvent sur la place ?" Réponse immédiate. "Ta gueule, mêle-toi de ce qui te regarde !" "Justement ça me regarde. Je trouve votre attitude discriminatoire." Regard incrédule. "Tes papiers !" "Je ne les ai pas sur moi, mais on peut aller les chercher dans la voiture." "Mets-lui les menottes !" "Mais vous n’avez pas le droit de…" Ces mots semblent avoir mis le feu aux poudres. "Tu vas voir si on n’a pas le droit." Et brusquement la scène a dérapé.
"Ils se sont jetés sur moi avec une sauvagerie inouïe"
Ils se sont jetés sur moi avec une sauvagerie inouïe. Mon amie, ma fille, ses camarades et les curieux qui assistaient à la scène ont reculé, choqués, alors qu’ils me projetaient au sol, me plaquaient la tête contre les pavés, me tiraient de toutes leurs forces les bras en arrière comme un poulet désarticulé et m’enfilaient des menottes. Les bras dans le dos, ils m’ont relevé et m’ont jeté en avant en me retenant par la chaîne. La menotte gauche m’a tordu le poignet et a pénétré profondément mes chairs. J’ai hurlé : "Vous n’avez pas le droit, arrêtez, vous me cassez le bras !" "Tu vas voir ce que tu vas voir espèce de tapette. Sur le dos ! Sur le ventre ! Sur le dos je te dis, plus vite, arrête de gémir !" Et ils me frottent la tête contre les pavés, me tordent et me frappent, me traînent, me re-plaquent à terre. La foule horrifiée s’écarte sur notre passage. Mon amie essaie de me venir en aide et se fait violemment repousser. Des gens s’indignent, sifflent, mais personne n’ose interrompre cette interpellation d’une violence inouïe. Je suis traîné au sol et malmené jusqu’à leur fourgonnette qui se trouve à la place de l’horloge 500 mètres plus bas. Là. Ils me jettent dans le véhicule, je tente de m’asseoir et le plus grand de mes agresseurs (je ne peux pas les appeler autrement), me donne un coup pour me faire tomber entre les sièges, face contre terre, il me plaque un pied sur les côtes et l’autre sur la cheville il appuie de tout son poids contre une barre de fer. "S’il vous plaît, n’appuyez pas comme ça, vous me coupez la circulation." "C’est pour ma sécurité." Et toute leur compagnie de rire de ce bon mot. Jusqu’au commissariat de St Roch. Le trajet est court mais il me semble interminable. Tout mon corps est meurtri, j’ai l’impression d’avoir le poignet brisé, les épaules démises, je mange la poussière.
"Vous êtes un sacré fouteur de merde"
On m’extrait du fourgon toujours avec autant de délicatesse. Je vous passe les détails de l’interrogatoire que j’ai subi dans un état lamentable. Je me souviens seulement du maquillage bleu sur les paupières de la femme qui posait les questions. "Vous êtes de quelle nationalité ?" "Suisse." "Vous êtes un sacré fouteur de merde." "Vous n’avez pas le droit de m’insulter." "C’est pas une insulte, la merde." (Petit rire.)
C’est fou comme la mémoire fonctionne bien quand on subit de pareilles agressions. Toutes les paroles, tous les détails de cette arrestation et de ma garde à vue resteront gravés à vie dans mes souvenirs, comme la douleur des coups subis dans ma chair. Je remarque que l’on me vouvoie depuis que je ne suis plus entre les griffes des CRS. Mais la violence physique a seulement fait place au mépris et à une forme d’inhumanité plus sournoise. Je demande que l’on m’ôte les menottes qui m’ont douloureusement entaillé les poignets et que l’on appelle un docteur. On me dit de cesser de pleurnicher et que j’aurais mieux fait de réfléchir avant de faire un scandale.
Je tente de protester, on me coupe immédiatement la parole. Je comprends qu’ici on ne peut pas s’exprimer librement. Ils font volontairement traîner avant de m’enlever les menottes. Font semblant de ne pas trouver les clés. Je ne sens plus ma main droite. Fouille intégrale. On me retire ce que j’ai, bref inventaire, le tout est mis dans une petite boîte. "Enlevez vos vêtements !" J’ai tellement mal que je n’y arrive presque pas. "Dépêchez-vous, on n'a pas que ça à faire. La boucle d’oreille !" J’essaye de l’ôter sans y parvenir. "Je ne l’ai pas enlevée depuis des années. Elle n’a plus de fermoir." "Ma patience à des limites vous vous débrouillez pour l’enlever, c’est tout !" Je force en tirant sur le lobe de l’oreille, la boucle lâche. "Baissez la culotte !" Je m’exécute. Après la fouille ils m’amènent dans une petite cellule de garde à vue. Quatre mètres de long par deux mètres de large. Une petite couchette beige vissée au mur.
"Rien ici qui permette de distinguer le jour de la nuit"
Les parois sont taguées, grattées par les inscriptions griffonnées à la hâte par les détenus de passage. Au briquet ou gravé avec les ongles dans le crépi Momo de Monclar, Ibrahim, Rachid…… chacun laisse sa marque. L’attente commence. Pas d’eau, pas de nourriture. Je réclame en vain de la glace pour faire désenfler mon bras. Les murs et le sol sont souillés de tâches de sang, d’urine et d’excréments. Un méchant néon est allumé en permanence. Le temps s’étire. Rien ici qui permette de distinguer le jour de la nuit. La douleur lancinante m’empêche de dormir. J’ai l’impression d’avoir le cœur qui pulse dans ma main. D’ailleurs alors que j’écris ces lignes une semaine plus tard, je ne parviens toujours pas à dormir normalement.
J’écris tout cela en détails, non pas pour me lamenter sur mon sort. Je suis malheureusement bien conscient que ce qui m’est arrivé est tristement banal, que plusieurs fois par jours et par nuits dans chaque ville de France des dizaines de personnes subissent des traitements bien pires que ce que j’ai enduré. Je sais aussi que si j’étais noir ou arabe je me serais fait cogner avec encore moins de retenue. C’est pour cela que j’écris et porte plainte. Car j’estime que dans la police française et dans les CRS en particulier il existe de dangereux individus qui sous le couvert de l’uniforme laissent libre cour à leurs plus bas instincts. (Évidemment il y a aussi des arrestations justifiées, et la police ne fait pas que des interventions abusives. Mais je parle des dérapages qui me semblent beaucoup trop fréquents.)
"Nous étions tous traités avec un mépris hallucinant"
Que ces dangers publics sévissent en toute impunité au sein d’un service public qui serait censé protéger les citoyens est inadmissible dans un État de Droit. J’ai un casier judiciaire vierge et suis quelqu’un de profondément non violent, par conviction, ce type de mésaventure me renforce encore dans mes convictions, mais si je ne disposais pas des outils pour analyser la situation je pourrais aisément basculer dans la violence et l’envie de vengeance. Je suis persuadé que ce type d’action de la police nationale visant à instaurer la peur ne fait qu’augmenter l’insécurité en France et stimuler la suspicion et la haine d’une partie de la population (des jeunes en particulier) face à la Police. En polarisant ainsi la population on crée une tension perpétuelle extrêmement perverse. Comme je suis un homme de culture et de communication, je réponds à cette violence avec mes armes. L’écriture et la parole. Durant les seize heures qu’a duré ma détention (avec les nouvelles lois, on aurait même pu me garder 48h en garde à vue), je n’ai vu dans les cellules que des gens d’origine africaine et des gitans. Nous étions tous traités avec un mépris hallucinant. Un exemple, mon voisin de cellule avait besoin d’aller aux toilettes. Il appelait sans relâche depuis près d’une demi-heure, personne ne venait. Il s'est mis à taper contre la porte pour se faire entendre, personne. Il cognait de plus en plus fort, finalement un gardien exaspéré surgit. "Qu’est ce qu’il y a ?" "J’ai besoin d’aller aux chiottes." "Y a une coupure d’eau." "Mais j’ai besoin." "Y a pas d’eau dans tout le commissariat, alors tu te la coince pigé." Mon voisin qui n’est pas seul dans sa cellule continue de se plaindre, disant qu’il est malade, qu’il va faire ses besoins dans la cellule. "Si tu fais ça on te fait essuyer avec ton t-shirt." Les coups redoublent. Une voix féminine lance d’un air moqueur. "Vas-y avec la tête pendant que tu y es. Ça nous en fera un de moins." Éclats de rire dans le couloir comme si elle avait fait une bonne plaisanterie.
"J’erre dans la ville comme un boxeur sonné"
Après une nuit blanche, vers 9h du matin, on vient me chercher pour prendre mon empreinte et faire ma photo. Face, profil, avec un petit écriteau, comme dans les films. La dame qui s’occupe de cela est la première personne qui me parle avec humanité et un peu de compassion depuis le début de ce cauchemar. "Hee bien, ils vous ont pas raté. C’est les CRS, ha bien sur. Faut dire qu’on a aussi des sacrés cas sociaux chez nous. Mais ils sont pas tous comme ça." J’aimerais la croire.
Un officier vient me chercher pour que je dépose ma version des faits et me faire connaître celle de ceux qui m’ont interpellé. J’apprends que je suis poursuivi pour : outrage, incitation à l’émeute et violence envers des dépositaires de l’autorité publique. C’est vraiment le comble. Je les aurais soi disant agressés verbalement et physiquement. Comment ces fonctionnaires assermentés peuvent-ils mentir aussi éhontément ? Je raconte ma version des faits à l’officier. Je sens que, sans vouloir l’admettre devant moi, il se rend compte qu’ils ont commis une gaffe. Ma déposition est transmise au procureur et vers midi je suis finalement libéré.
J’erre dans la ville comme un boxeur sonné. Je marche péniblement. Un mistral à décorner les bœufs souffle sur la ville. Je trouve un avocat qui me dit d’aller tout de suite à l’hôpital faire un constat médical. Je marche longuement pour parvenir aux Urgences où je patiente plus de quatre heures pour recevoir des soins hâtifs. Dans la salle d’attente, je lis un journal qui m’apprend que le gouvernement veut supprimer 200 hôpitaux dans le pays, on parle de couper 6000 emplois dans l’éducation. Sur la façade du commissariat de Saint-Roch, j’ai pu lire qu’il allait être rénové pour 19 millions d’euros. Les budgets de la sécurité sont à la hausse, on diminue la santé, le social et l’éducation. Pas de commentaires.
"Ma naïveté, je la revendique"
Je n’écris pas ces lignes pour me faire mousser, mais pour clamer mon indignation face à un système qui tolère ce type de violence. Sans doute suis-je naïf de m’indigner. La plupart des Français auxquels j’ai raconté cette histoire ne semblaient pas du tout surpris, et avaient connaissance de nombreuses anecdotes du genre. Cela me semble d’autant plus choquant. Ma naïveté, je la revendique, comme je revendique le droit de m’indigner face à l’injustice. Même si cela peut paraître de petites injustices. C’est la somme de nos petits silences et de nos petites lâchetés qui peut conduire à une démission collective et en dernier recours aux pires systèmes totalitaires. (Nous n’en sommes bien évidement heureusement pas encore là.)
Depuis ma sortie, nous sommes retournés sur la Place du Palais des Papes et nous avons réussi à trouver une douzaine de témoins qui ont accepté d’écrire leur version des faits et corroborent tous ce que j’ai dit. Ils certifient tous que je n’ai proféré aucune insulte ni n’ai commis de violence. Les témoignages soulignent l’incroyable brutalité de l’intervention des CRS et la totale disproportion de leur réaction face à mon intervention. J’ai essayé de retrouver des images des faits, mais malheureusement les caméras qui surveillent la place sont gérées par la police et, comme par hasard elles sont en panne depuis début juillet. Il y avait des centaines de personnes sur la place qui auraient pu témoigner, mais le temps de sortir de garde à vue, de me faire soigner et de récupérer suffisamment d’énergie pour pouvoir tenter de les retrouver. Je n’ai pu en rassembler qu’une douzaine. J’espère toujours que peut-être quelqu’un ait photographié ou même filmé la scène et que je parvienne à récupérer ces images qui prouveraient de manière définitive ce qui s’est passé.
"Je suis content d’avoir défendu un ami, même si je ne le connaissais pas encore"
Après cinq jours soudain, un monsieur africain m’a abordé, c’était l’un des musiciens qui avait été interpellé. Il était tout content de me retrouver car il me cherchait depuis plusieurs jours. Il se sentait mal de n’avoir rien pu faire et de ne pas avoir pu me remercier d’être intervenu en leur faveur. Il était profondément touché et surpris par mon intervention et m’a dit qu’il habitait Grenoble, qu’il avait 3 enfants et qu’il était français. Qu’il viendrait témoigner pour moi. Qu’il s’appelait Moussa Sanou. "Sanou , c’est un nom de l’ethnie Bobo. Vous êtes de Bobo-Dioulasso ?" "Oui." Nous nous sommes souri et je l’ai salué dans sa langue en Dioula.
Il se trouve que je vais justement créer un spectacle prochainement à Bobo-Dioulasso au Burkina-Faso. La pièce qui est une adaptation de nouvelles de l’auteur Mozambicain Mia Couto s’appellera "Chaque homme est une race" et un des artistes avec lequel je vais collaborer se nomme justement Sanou. Coïncidence ? Je ne crois pas. Je suis content d’avoir défendu un ami, même si je ne le connaissais pas encore.
La pièce commence par ce dialogue prémonitoire. Quand on lui demanda de quelle race il était, il répondit : "Ma race c’est moi." Invité à s’expliquer il ajouta : "Ma race c’est celui que je suis. Toute personne est à elle seule une humanité. Chaque homme est une race, monsieur le policier."
D'autres articles sur le site de l'interdit
05 septembre 2009
Cosmos
J'aime beaucoup cette grande fleur simple au feuillage brumeux.
Princesses de l'Ouest
Sous les mouvements du ciel, la démarche solaire,
Je les vois chaque jour, furtives inaccessibles,
Fouler le doux matelas d'un confort hérité
Sans jamais ralentir pour sourire ou rêver,
Trop occupées qu'elles sont à dénicher le Prince…
Issues d'une lignée de beautés affûtées,
Elles lancent maintes grâces sous nos yeux fatigués
Et leurs regards lointains à la gemme changeante
évitent ne plonger dans ceux d'un autre rang.
Se laisser admirer est leur seule bonté…
Les jambes somptueuses sur leurs talons pointus,
Elles se parent d'atours tissés d'or et de soie—
trois fois la paie d'un pauvre, hiver comme été —
Et ne frayent jamais qu'avec ceux de leur clan.
Il est si mal vu de mélanger les sangs…
Elle sont blondes ou bien brunes, voluptueuses ou sveltes,
Leur visage a l'éclat de leur avenir radieux
Sirènes adolescentes ou nobles quadragénaires,
Elles traversent la vie ignorant ses écueils
Car l'échec est proscrit au sein des forteresses…
Ce n'est qu'à l'heure tardive, à l'heure des adieux,
Lorsque les héritiers ont quitté le nid d'or,
Que les désillusions et leurs quelques regrets
Les privent de leurs ailes, les font vieilles femmes seules
Et marquent enfin leurs traits d'un peu profondeur…
01 septembre 2009
La belle liberté
Où demeure la vraie vie
qu’un rêve t’a promise ?
Sous quels fronts fous en feu,
en quelles terres d’ardeur ?
N’est-elle que le temps
qui nous souffre si peu,
nous happe,
nous offense,
nous tue
mais offre tout ?
La belle liberté,
libellule infinie,
généreuse affolante
qui tourne, tourne et tente…
Ce bien trop grand pour nous,
qui est prêt à en jouir ?
Un beau jour, l’honorer
sera grande aventure !
Mais il faudra grandir
pour tant d’inouïes largesses…
Du carcéral ego
les grilles tomberont !
Couler au plus profond
du désir sans fin
ne nous fera plus peur,
à nous,
premiers humains !
Car le souffle,
en tous lieux,
s’épanouira enfin !
27 août 2009
Agosto templado
17 août 2009
Robin - Partie 9 (nouvelle)
Il était aisé de prédire ce qui se serait passé, cette nuit là, une fois rentrés chez eux, si la fatigue ne les avait précipités l'un et l'autre dans les bras de Morphée au creux de leurs lits respectifs… Le sommeil, s'il fut délicieux pour l'un, eut malheureusement un effet des plus dégrisants pour l'autre.
Notre Robin, plus matinal qu'à l'ordinaire, s'éveilla étonnamment tôt (mais pas encore assez pour croiser son colocataire), avec en effet plus d'étoiles dans les yeux et dans la cervelle que n'en pouvait compter la Voie Lactée. Il passa la journée à se remémorer leur baiser ainsi que le retour en voiture qui s'en était suivi. Le court trajet, baigné d'un silence chargé de possibles, avait été un moment de pure complicité. Jonglant mentalement avec un tas de nouveaux espoirs, il engloutit un petit-déjeuner copieux puis partit travailler en sifflotant. Chez Saint Lyre il n'eut que ça en tête. Depuis le début du mois, il collaborait régulièrement en direct avec le grand chef pour aboutir et fignoler les modèles en cours de réalisation pour la saison suivante. Le vieil homme dut le reprendre avec impatience à plusieurs reprises tant il était peu concentré. Ce jour là, il faut bien le dire, il ne fut bon à rien. Mais même quelques remontrances du respecté vieillard n'auraient su altérer sa bonne humeur.
Pour Charles Edouard, en revanche, il en fut tout autre. Cloîtré dans son bureau, inerte devant la pile de dossiers qui grandissait sous son nez depuis trois semaines, il tenta d'ordonner son esprit. C'était clair, sa vie était comme ces dossiers : en souffrance. Comme eux, elle attendait de nouveaux éléments pour reprendre son cours. Il regrettait de s'être laissé aller avec Robin — que lui était-il donc passé par la tête ? — comme il regrettait d'avoir accepté, le matin même, l'invitation à déjeuner d'Isabelle. Mais ce garçon avait tant d'amour dans les yeux et sur les lèvres… Ha, ses lèvres ! Comment les oublier maintenant ? Le mal était contracté et ne demandait plus qu'à s'étendre sournoisement. Et cette belle plante d'Isabelle, commerciale de son état, qui lui tournait autour depuis quelques temps, avait un si beau sourire. Il soupira à fendre l'âme. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Pourquoi diable avait-il embrassé Robin ? Et pourquoi avait-il dit oui à Isabelle ? ll lui semblait ne plus avoir de contrôle sur rien. Et puis qu'avaient-ils tous à lui courir après alors que personne jusqu'ici ne l'avait jamais regardé que pour rire de son allure rétro, son ex-fiancée incluse ? Dire qu'il ne voyait son psy que le vendredi suivant, autrement dit une éternité ! Quelle poisse ! Son manque d'emprise sur les événements, et l'inacceptable confusion qui en découlait fatalement, le mirent de fort méchante humeur. Il aurait aimé pouvoir se téléporter sur un autre continent ou, au choix, s'effacer de la mémoire de Robin et d'Isabelle. C'est dans cet état d'esprit qu'il retrouva son soupirant le soir venu. Autant dire que son air préoccupé et, plus grave encore, son regard évitant furent la pire des déconfitures pour Robin et refroidirent d'un coup tous ses élans éventuels.
Rien que de très bref et de très banal ne fut échangé entre eux et chacun passa la soirée de son côté comme si rien d'exceptionnel n'avait jamais eu lieu. La dégringolade morale où cela plongea notre jeune héros fut, fort heureusement pour lui, doublée d'une sourde colère. Il ne pouvait admettre un tel traitement sans réagir. Son amour propre était en jeu. Il se jura de ne plus faire un geste vers lui. Et ce n'était pas que par fierté, c'était aussi une question de bon-sens. Insister serait revenu à lui forcer la main et aurait tout faussé. Maintenant, que cet effarouché d'aristocrate le veuille ou non, la balle était dans son camp. Mais évidemment, amoureux comme il l'était, il ne parviendrait pas à assumer cette ferme résolution sans un subterfuge radical. Il dut se ranger à la conclusion de Fa, reconnaître que l'éloignement était la seule et unique solution. Ne pouvant lui demander de s'en aller — c'était définitivement au-dessus de ses forces — et ne pouvant lui-même partir pour le moment tant le travail l'accaparait, il décida de ne plus décliner aucune invitation de Julie, la jeune fille qui en pinçait pour lui, ou de tout autre membre de son petit groupe d'amis qui, mine de rien, commençait à s'étoffer. Il ne laisserait plus passer la moindre occasion de faire la fête avec des gens de son âge et c'est ce qu'il fit.
Julie, fille unique d'un couple de bourgeois bohèmes parisiens qui brillaient principalement par leur absence, trop contente de pouvoir le fréquenter davantage, lui ouvrit toute grande la porte de son monde. Robin, curieux de découvrir ce milieu qui lui était totalement inconnu, se familiarisa sans difficulté aux us et coutumes de la jeunesse dorée parisienne, pour la plupart des étudiants en deuxième ou troisième année de fac, en psychologie, comme Julie elle-même, en littérature ou en droit. Ces jeune gens érudits et déjà si blasés, aimaient traîner leur nonchalance et leur énergie juvénile dans des concerts privés de rock indépendant ou, bien mieux, se recevoir les uns chez les autres en l'absence des géniteurs. Dans une ambiance molle et tendre ils buvaient, fumaient et s'alanguissaient au sein de leur petit cercle rassurant, cherchant l'ivresse sans risques. Les sensations fortes faisant en effet cruellement défaut dans leur vie studieuse et confortable, ne restait pour les faire vibrer que les imprévus liés au présent dont ils aimaient se faire les chantres. Ils étaient rarement plus de dix, souvent les mêmes, il y avait toujours une guitare ou, le cas échéant, une bonne sélection musicale pour planer et s'écorcher le cœur à l'envie. Tous dotés d'une intelligence aiguisée et d'un solide sens de la dérision, ils cultivaient leurs multiples talents avec soin, mais n'avaient plus de rêves. Chacun était concentré sur ses études et la préparation des examens et se conditionnait déjà à occuper la place que la société leur réservait. Lors de ces soirées, Robin observait tout ces jeunes héritiers en spectateur attentif et parfois perplexe. Certains débattaient politique sans passion, pour passer le temps, d'autres dansaient vaguement, la clope ou le joint à la main. Dans un coin de divan il se trouvait toujours un couple pour s'embrasser goulûment dans l'indifférence générale. Discuter des profs ou parler poésie semblait être le summum de l'originalité… Il n'eut pas de difficulté à s'intégrer au groupe où Julie l'introduisit sous un faut nom en tant qu'ami d'enfance en congé sabbatique à Paris — le nom de Robin Rivière, par la force des choses, étant maintenant associé à celui célébrissime de Saint Lyre, ils s'étaient en effet tous les deux accordés pour qu'il reste incognito (il n'avait aucune envie de devenir le "VIP" de service!). Aux questions, qui de toute façon furent rares, il donna les réponses les moins mensongères qu'il put, histoire d'éviter les gaffes.
Etait-ce son charme particulier, son indifférence au paraître, ses références culturelles différentes ? Quoi qu'il en fût, il passa rapidement pour la personnalité exotique dont aucune soirée n'aurait désormais sut se passer. Il fut même adopté comme le photographe de ces messieurs dames volontiers narcissiques. En bref, personne ne fut indifférent à l'air frais qu'il fit entrer dans le petit cercle. Même Dorian, le sombre et sexy gothique qui se targuait de composer de la musique électro à ses heures perdues, étiqueté par ses congénères de "zarbi", passa pour on ne peut plus conventionnel en comparaison. L'ambiance un peu anesthésiante qui régnait parmi ces jeunes "bobos" contamina Robin. Il était venu vers eux pour fuir et se surprit finalement à trouver du plaisir à leur compagnie. En l'espace de trois semaines, il vit des amours se faire et se défaire. Lui même ne dédaigna pas les signes de Dorian — au point de se réveiller dans ses bras un lendemain de cuite, puis quelques autres matins, dénués d'alcool ceux-là… — ni, finalement la tendresse de Julie que de l'avoir vu dans les bras d'un garçon n'avait pas découragée, bien au contraire. Entre le boulot intense en cette période de l'année, les soirées bien arrosées presque quotidiennes et la notoriété qui se concrétisait de plus en plus fréquemment par d'interminables séances photos et autres interview pour tel ou tel magazine de mode "hype", notre jeune artiste ne croisait l'homme qu'il aimait que très rarement.
Charles Edouard, lui, ne parvint pas comme son jeune comparse à s'arranger avec lui-même et vécut extrêmement mal la situation. Sa lâcheté et la peur de ses propres sentiments, suite au fameux baiser, était en train de détériorer leur relation. Le voir se détourner était tout ce qu'il méritait. Le garçon l'évitait pour se protéger. Rien de plus logique! Il était seul responsable. Le changement était cruel. Bien que Robin fût resté cordial avec lui, il avait mis entre eux une distance telle que l'idée même d'un nouveau rapprochement semblait impossible. Le Robin d'avant lui manquait. Leur longues conversations sur le sens de la Vie, ses fous-rires, sa présence tout simplement, lui manquaient. Leur cohabitation ne se réduisait plus qu'à parler travail… En plus, à chaque fois qu'il le croisait, une vague de culpabilité le prenait à la gorge. Rien que pour ne plus avoir à endurer ça, et aussi parce que c'est qui était prévu depuis le début, il se mit à visiter appartement sur appartement. Malheureusement, pour le moment, aucun ne l'avait séduit. Le dîner avec Isabelle, quant à lui, s'était soldé par un échec, échec qu'il avait provoqué sciemment en lui baratinant un indigeste laïus sur ses angoisses post rupture et son soi-disant désir de solitude. Elle lui avait dit de fort gentilles choses puis avait définitivement cessé ses regards appuyés. Finalement, il ne parlait plus qu'à son psy qu'il avait pourtant failli envoyer paître le jour où celui-ci avait abordé, très prudemment pourtant, son homosexualité soi-disant latente. Cette séance n'avait fait qu'attiser toutes les questions qu'il se posait déjà. C'était à n'y rien comprendre. Il se souvenait pourtant combien la belle Solène, lorsqu'elle en avait décidé ainsi, avait su l'épuiser des plaisirs les plus âpres. Sa mémoire serait à jamais marquée du sceau de ces moments rares mais brûlants. Il avait adoré être un jouet sous ses mains dominatrices, adoré aussi connaître l'envoûtement de sa beauté sans pareil. Mais il se remémora aussi le bonheur tout autre qu'il avait ressenti à embrasser Robin dont la douceur l'attirait puissamment. Il aurait voulu lui parler à cœur ouvert. Mais plus les jours passaient plus cela lui semblait difficile.
L'occasion se présenta pourtant, un soir d'avril. Charles Edouard, deux heures auparavant, s'était lancé dans une corvée qu'il repoussait depuis la rupture : ranger ses papiers administratifs. Plus de six mois d'accumulation rendait la tâche ardue, tâche, en plus, dont il avait une sainte horreur. Avant, c'était toujours Solène qui s'y collait. Une avocate en droit des affaires internationales ça s'y connaît en paperasse. Il en avait étalé partout autour de lui, sur le tapis sur lequel il était agenouillé, sur la table basse, sur le canapé, et n'en était pas encore à la moitié. Robin ne rentrant jamais avant deux heures du matin, il s'était dit qu'il aurait largement le temps. Mais, ce soir là, le garçon revint à minuit.
— Salut. Houlà, qu'est-ce qui se passe ici ?
— Salut. Je trie ma paperasserie. Un cauchemar. Je ne croyais pas que ça me prendrait un temps pareil.
— Tu m'étonnes. Moi je fais ça au fur et à mesure.
— Tu as bien raison.
Robin se dirigea vers l'escalier qui montait à l'atelier et, en enjambant les piles de papiers, fit s'envoler quelques factures.
— Houps, pardon !
— Il n'y a pas de mal. C'est moi. Je m'excuse d'envahir ainsi l'espace. Je pensais avoir fini bien avant que tu ne rentres.
— Je peux t'aider ?
— Non, c'est gentil. Je vais m'en sortir. Par contre, si tu pouvais me passer la corbeille à papiers qui est à côté de toi…
Robin lui tendit la corbeille en question.
— Merci, chéri(e), répondit Charles Edouard en s'en saisissant, le regard déjà pointé sur le tas de papiers à jeter, à ses genoux.
A la seconde où il s'entendit émettre cet invraisemblable lapsus, il se pétrifia en se pressant la main contre la bouche, mais c'était trop tard, les mots fâcheux en étaient sortis. Il leva lentement la tête vers Robin. Le garçon, un pied sur la première marche de métal, la main sur la rampe, le geste en suspend, le considérait, interdit. Mon Dieu, il avait entendu ! Evidemment, évidemment qu'il avait entendu. Il se serait giflé.
— Désolé. Ça m'a échappé. Vieilles réminiscences de la vie de couple.
— Sans doute, oui, fit Robin, plus troublé qu'il ne l'aurait cru.
L'un à genoux sur son tapis, l'autre agrippé à son escalier, ils se dévisagèrent en silence. La solitude de Charles Edouard et sa confusion, qui ressemblaient à s'y méprendre à un appel au secours, éclaboussèrent à nouveau Robin.
— Bon. Je monte. Bonne soirée…, dit-il en se détournant à regret.
Mais il n'eut pas le temps de gravir la cinquième marche.
— Robin.
— Oui ?
Charles Edouard s'était remit debout, la mine éperdue.
— Je voulais te dire… Je voulais m'excuser. Je me suis comporté comme un imbécile avec toi depuis… Depuis…
— Depuis qu'on s'est embrassés.
— Oui…
— Pas la peine de t'excuser. J'imagine que tu fais ce que tu peux.
Ces paroles inattendues, si pleines de miséricorde, faillirent lui faire monter les larmes aux yeux.
— Tu es très indulgent, fit-il d'une toute petite voix.
— Moi non plus, je n'ai pas été très tendre avec toi, ces derniers temps… Mais moi aussi, tu vois, je fais ce que je peux.
— J'ai tout gâché, n'est-ce pas ?
En guise de réponse, Robin vint à lui. Il s'approcha de lui jusqu'à se trouver à dix centimètres de son visage. Il n'était pas arrivé souvent qu'ils eussent leurs visages si proches. Charles Edouard osa lui toucher la joue et contempla ses traits comme jamais encore il n'avait pris le temps de le faire.
— Ce que je ressens pour toi, je n'y suis tellement pas préparé.
— Je sais, ça contrarie tes projets, fit le jeune garçon, un peu amer.
— Mes projets? Quels projets ? Ils s'en sont tous allés avec Solène. Non. Ça me lamine. Et j'ai tellement peur de te faire mal encore.
Robin baissa les yeux pour mieux les lui planter au fond de l'âme l'instant d'après.
— Je ne peux pas décider quoi faire à ta place.
D'un pouce tremblant, Charles Edouard lui frôla les lèvres. Il avait comme l'air ivre.
— Tu provoques en moi…
Il poussa un soupir sans achever et l'embrassa enfin, douloureusement, comme quelqu'un qui renonce à lutter. Robin n'était que don de lui-même. Qu'importait qu'il fût un garçon. Un tel don ne se pouvait refuser.
— Je ne suis pas homosexuel, pourtant.
Le garçon lui offrit un sourire malicieux.
— Moi non plus. Enfin, à moitié seulement… C'est peut-être simplement qu'on s'aime. Peut-être qu'il existe des sentiments plus forts que l'orientation sexuelle.
— C'est peut-être simplement ça, en effet, concéda l'autre, trop bouleversé pour réfléchir à une telle supposition.
Il lui fallut ensuite puiser un peu d'assurance dans le regard amoureux de Robin pour surmonter sa crainte d'aller plus loin, alors seulement il put remettre cela plus sereinement, jusqu'à ce qu'il sente grandir en lui la tentation d'un grand saut dans le vide. Lorsque l'un s'interrompait, l'autre le relançait et ainsi de suite, si bien qu'il sembla que ce baiser ne veuille jamais finir. Lorsqu'ils revinrent à eux, ils étaient allongés l'un sur l'autre, au milieu des papiers, sur le canapé. Charles-Edouard, pesant sur le corps alangui du garçon ne put que constater, à sa grande stupéfaction, que non seulement il l'avait à moitié déshabillé sans le vouloir, mais qu'un désir on ne peut plus animal s'était saisi de lui. Le tee-shirt en effet relevé jusqu'au cou, le visage encore tendu dans l'attente de la suite, Robin rouvrit les yeux pour découvrir au-dessus de lui un Charles Edouard ébouriffé et décontenancé.
— Ça fait tellement longtemps que j'ai envie de toi, murmura-t-il en lui souriant.
— Tu n'imagines pas la trouille que j'ai quand tu me dis ça.
— J'aurais pu dire : si on allait dans ma chambre.
— J'aurais eu la trouille tout pareil.
— Il ne faut pas.
Ils se rassirent, Robin retendit son tee-shirt, Charles Edouard sa chemise et ils se regardèrent.
— Je dois te faire l'impression d'un pauvre empoté !
Le garçon, au lieu de lui répondre, l'embrassa encore et trouva dans ce geste la confirmation qu'il espérait.
— Cette nuit, ma chambre t'est ouverte.
— Je ne sais pas…
— C'est comme tu veux. Je monte faire mes bagages, dit-il en se levant, l'air de rien.
— Tes, tes bagages ?
— C'est vrai, je n'ai pas eu l'occasion de te le dire, mais je pars un mois chez mes parents.
— Ha bon ? Un mois ?
— Mon train est à dix heures, demain. C'est pour ça que je ne voulais pas rentrer trop tard.
Charles Edouard, sans dessus-dessous, resta là sur le canapé couvert de feuilles froissées, et le regarda disparaître à l'étage.
04 août 2009
Repos
Chères blogueuses, chers blogueurs, je pars quelques jours dans le Berry imiter ma minette telle que vous la voyez sur cette photo. Et oui, je suis enfin en vacances après une année bien éprouvante :))))
Je reviens, promis, avec dans ma valise, devinez quoi, l'épisode 9 de Robin. C'est tout écrit dans ma tête. Ya plus qu'à.
02 août 2009
Beautiful summer sky
Summer peace
29 juillet 2009
Morceaux choisis (pardon…)
Comment ne pas être bercé par ces mots qui chantent ? …
"Afin de réaliser son objectif de gestion, le fonds xxxxxxxx sera investi principalement en titres obligataires privés, exclusivement émis en Euro, par des émetteurs de la zone euro ou non et qui bénéficieront au moment de leur acquisition d’une notation d’au moins BBB- (Investment Grade).
A partir de l’analyse de notre scenario économique central et de nos anticipations sur les marchés de taux, nous mettons en œuvre dans la construction du portefeuille des stratégies :
- d’allocation crédit (exposition au marché du crédit, allocation sectorielle, géographique, entre catégorie de notation et niveau de séniorité),
- de sélection de titres,
- de positionnement sur la courbe des taux afin de tirer avantage de sa déformation (applatissement, pentification de la courbe),
- d’exposition aux taux d’intérêts, afin de profiter au mieux de la hausse du marché ou de réduire les pertes en cas de baisse de ce dernier,
à l’intérieur d’une fourchette de sensibilité comprise entre 3 et 6.
L’exposition du FCP xxxxxx au marché du crédit sera en permanence de 80 % au minimum. Le fonds pourra être investi en titres obligataires souverains dans la limite de 20 % maximum.
Notre processus de sélection des titres repose sur la prise en compte conjointe de critères financiers et extra-financiers. Notre démarche se fonde sur un double constat : un émetteur ne peut en effet être performant dans la durée sans une bonne gestion sociale et environnementale ; en parallèle, une bonne gestion sociale et environnementale n’est pas soutenable en l’absence de performance économique. L’analyse extra-financière des émetteurs, sous l’angle ESG (Environnemental / Sociétal / Gouvernemental) permet de compléter l’analyse financière traditionnelle et ainsi d’appréhender la véritable valeur d’un titre en identifiant les opportunités, les risques et les éventuelles destructions de valeurs pesant sur ces émetteurs.
Dans le cadre des stratégies développées, le gérant peut avoir recours à des investissements en OPCVM de droit français ou européens coordonnés, dans la limite de 10 % de l’actif de l’OPCVM (OPCVM monétaires compris).
De plus, les opérations portant sur les instruments dérivés et sur les titres intégrant des dérivés tels que les contrats à terme, les options de taux, les swaps de taux, le change à terme, les CDS seront effectués dans la limite de 100 % maximum de l’actif de l’OPCVM.
Le recours à ces instruments servira à piloter l’exposition du fonds au risque de taux et de crédit à l’intérieur de la fourchette de sensibilité et au risque de crédit (80 % d’exposition maximum) ou à la mise en œuvre de stratégies d’arbitrage au sein d’un secteur ou d’un émetteur.
Pour plus de détails sur les actifs utilisés par l’OPCVM, veuillez vous reporter à la note détaillée de l’OPCVM."
J'aime tout particulièrement "séniorité" et "pentification"…
(quand le boulot devient une telle punition — à savoir, corriger des documents financiers imbuvables — on se console comme on peut, que voulez-vous!).
Oh, et aller, encore un petit, pour la route :
"Risque de taux : Les fluctuations des instruments obligataires détenus en portefeuille répondent aux variations de taux d’intérêt. L’ampleur de ces fluctuations est fonction notamment de la maturité de chaque obligation. Ainsi, l’exposition du portefeuille sur les taux des différents pays/devises peut varier selon les convictions/anticipations et impacter la valorisation du portefeuille. Le risque sur les taux d’intérêt est mesuré par un indicateur nommé sensibilité. Le niveau de la sensibilité du portefeuille est variable dans le temps en fonction des anticipations.
Notons également que, pour un même pays/devise, les taux d’intérêt sur plusieurs maturités peuvent évoluer de manière différente. La stratégie d’arbitrage de la courbe qui consiste en un positionnement du portefeuill sur telle maturité plutôt que telle autre représente une autre composante du risque de taux, également gérée activement par nos équipes de gestion.
Enfin, chaque titre obligataire présente des caractéristiques techniques propres qui, au-delà de sa seule maturité, influencent de mainère complexe la variation de sa valeur face à des mouvements de taux d’intérêt. Ces éléments participent également à la plus ou moins grande volatilité des performances du portefeuille face à des variations de taux."
Et certains se demandent encore pourquoi le Monde en est là où il en est !


















































