12 novembre 2009
Félix a un blog maintenant :)
08 novembre 2009
Capucines en folie
Motivée
Mutantes ? (2 couleurs sur la même plante…)
29 octobre 2009
Bords de Seine
18 octobre 2009
Bouquet d'octobre
Chers blogueuses, chers blogueurs, voilà un bout de temps que je n'ai rien posté. Les aléas de la vie m'ont retenue éloignée de ce lieu, certes virtuel, mais lieu tout de même puisqu'il s'y réalise de véritables échanges… Je vois qu'en mon absence, à mon heureuse surprise, ça va et vient toujours un peu ici. Chaque jour ou presque des passants lisent (ou relisent?) mes nouvelles. Ça me fait plaisir de savoir que les choses continuent de vivre sans moi.
Le programme des semaines qui viennent verra le retour de Robin et Charles Edouard, deux personnages qui m'ont accaparée bien davantage que ce que j'avais prévu. Il y aura vraisemblablement encore trois épisodes. Dans un premier temps Charles Edouard affrontera sa mère dans un intense face à face oral comme je les aime (en cours d'écriture), dans un second temps, Robin, de retour dans la ferme de ses parents, va dévoiler sa nouvelle vie (un peu sans le vouloir) à ces derniers, puis dans un ultime volet, nous verrons nos deux compères réunis pour une vie commune qui s'annonce, ma foi, haute en couleur :)
Quand au Dégel, il faut que je me remette un peu dedans. Je vous tiendrai au courant.
J'aimerais aussi éditer, mais j'ai besoin de vos lumières et de votre recule. Quelle(s) nouvelle(s) parmi celle(s) présente(s) ici, serai(en)t éditable(s) selon vous? Les votes sont ouverts. Donnez-moi votre avis.




Merci à tous de votre fidélité :)
01 octobre 2009
Nouvel album : Jardin

Entre deux siestes ou deux éclaircies, miss Kitty vous fait la visite guidée de son mini royaume.


27 septembre 2009
Joliesses et surprises de septembre
21 septembre 2009
Robin - Partie 10 (nouvelle)
Il n'était pas loin de quatre heures du matin quand, après mille hésitations, vagues d'angoisse et pointes d'exaltation, Charles Edouard se décida à pousser la porte de la chambre de son colocataire. Il y entra sur la pointe des pieds et, tout frémissant dans son beau pyjama de soie, s'assit au bord du lit. A la lumière de la lampe de chevet restée allumée, le visage à demi caché dans son bras replié, Robin dormait à poings fermés, une main abandonnée sur son ventre nu. Ce n'était pas étonnant, vu l'heure. Cela laissait encore un peu de temps à Charles Edouard et il en fut soulagé. Il contempla le tableau saisissant de sensualité qu'offrait le bel endormi. Dire que lui, Charles Edouard, Marquis de la Bressonnière — si ce titre avait encore un quelconque sens aujourd'hui —, descendant de trente générations de nobles seigneurs et glorieux chefs militaires auteurs de tant de hauts faits, fils aîné de feu Louis de la Bressionnière et de sa veuve, née Marie-Elisabeth de Chavigné, lui, donc, se trouvait là, dans la chambre d'un garçon, la sueur aux tempes et le bas ventre en émoi. C'était invraisemblable et pourtant… L'idée, la seule idée de le toucher, de le respirer, de découvrir ses attentes, le renversait. Il en avait besoin, il en avait envie, tellement envie. Il ne pouvait plus ne pas le reconnaître. Et, s'il n'arrivait toujours pas à se faire à la vision de cette intimité imminente — impensable transgression —, en revanche, il parvenait encore moins à se l'ôter de la tête — sublime transgression. Il n'avait plus le choix. Il ne lui restait qu'à se défaire de si peu d'entraves, au fond… Il aurait d'ailleurs été bien en peine de dire en quoi celles-ci consistaient précisément. Deux fois déjà il avait connu sa bouche. Le besoin de la connaître encore, puis de découvrir le reste, s'était fait plus pressant chaque jour. Il avança la main, lui effleura la joue, le cou, l'épaule, le cœur en vrille, le bonheur à vif. Lorsque Solène, la toute première fois, l'avait regardé, il s'était senti tout pareil à maintenant, au bord d'un précipice attirant, prêt à céder au vertige.
Robin, qui possédait le sommeil lourd d'un enfant, ne sentit ni les caresses, ni le baiser qu'on lui déposait sur le front, ni même qu'on se glissait dans son lit.
Comme chaque fois qu'il se couchait avec en tête une heure de levé programmée, il s'éveilla quelques minutes avant que ne retentisse le réveil. Il sourit en découvrant Charles Edouard endormi à ses côtés. Le simple fait de le voir là, même si c'était à l'autre extrémité du lit, à cinquante prudents centimètres de lui, récompensait sa patience. Le fastidieux apprivoisement avait donc porté ses fruits. Il allongea le bras et lui caressa les cheveux.
— Salut, murmura-t-il dès qu'il le vit ouvrir les paupières.
— Salut, répondit Charles Edouard.
Le garçon se laissa aller à la joie de se familiariser avec son visage ensommeillé, attendant simplement qu'il déposât les toutes dernières armes de sa crainte. Enfin, il s'amadouait. C'était beau à voir. Ce fut même ce grand hésitant qui déclencha le premier l'étreinte en venant se blottir contre lui. Il se cacha dans son cou, se laissa enlacer et l'enlaça à son tour. Quelle satisfaction c'était, déjà, de connaître enfin son poids et sa chaleur, de glisser les mains dans son dos, sous le tissu, un simple geste dont il rêvait depuis des mois. Les deux garçons s'étreignirent ainsi un long moment avant de céder au baiser qui couvait. Alors, dans une fougue splendide, une fougue qui les mena jusqu'aux jambes emmêlées et aux corps empoignés, ils virent affluer, sous la pression de leurs lèvres, tout l'espoir, toute la faim et l'électricité qui s'amoncelaient en chacun d'eux depuis leur rencontre. Robin, loin de s'attendre à tant de fièvre de la part de cet homme si policé, s'abandonnait déjà. Charles Edouard se découvrit plus avide qu'il ne l'aurait cru. Mais, il faut dire, Robin sentait si bon la Vie et l'Amour, son corps le réclamait avec tellement de force. C'en était enivrant. Il se voyait déjà l'essouffler de plaisir, entrevoyait l'issue… Mais, alors que les prémices d'une franche excitation les emportaient déjà et que leur état à chacun ne faisait plus de mystère, Robin se figea. Son regard venait par hasard de croiser le cadran du réveil.
— Ne me dis pas qu'il est déjà cette heure là ! S'exclama-t-il.
Mais il était bel et bien neuf heures et quart.
— Merde, merde, merde ! Ça veut dire qu'il me reste trois pauvres quarts d'heure pour attraper mon train… Excuse-moi.
Se dégageant des bras de Charles Edouard, il jaillit du lit, le laissant là tout bête sous la couette, débraillé dans son pyjama déboutonné, ébouriffé et rose comme un gamin qui a chahuté. Ne sachant trop par quoi commencer, le garçon attrapa ses vêtements d'une main puis se prit le front de l'autre.
— Rha, il faut que je m'active grave, là ! Si je le loupe…
— Tu ne peux pas prendre le suivant ?
— Non. J'avais regardé : il est trois heures après et mes parents m'attendent de pied ferme pour déjeuner. Ça fait super longtemps que je ne les ai pas vus, tu comprends. Je ne veux pas leur faire faux bond, — il fit mine de humer une délicieuse odeur dans l'air — et je sens d'ici le bœuf bourguignon que ma mère commence à faire mijoter pour fêter mon retour.
— Je vois, fit Charles Edouard avec un sourire contraint.
Robin se rassit près de lui avec une moue ennuyée. Cette interruption, tout de même, c'était un peu rude pour une première fois.
— Je suis désolé.
— C'est de ma faute. Je me décide pile au moment où tu t'en vas.
Il se considérèrent, l'un et l'autre pareillement tiraillés par l'envie de se toucher encore. Robin s'en mordit la lèvre.
— Et si je t'emmène à la gare en voiture ? Suggéra Charles Edouard.
— Tu ferais ça ?
— Evidemment.
— Ça me sauverait carrément la vie ! Ça voudrait même dire que j'ai le temps de prendre une douche ! Ou plutôt que NOUS avons le temps de prendre une douche.
Sur ce, sans laisser à Charles Edouard le temps de réagir, il le saisit par la main, le tira hors du lit et l'entraîna dans son sillage.
— Viens.
— Mais, où… Qu'est-ce que tu veux faire ?
S'interrompant dans la course, Robin fit volte-face pour le rassurer et, accessoirement, pour le faire taire. Il lui prit le visage dans les mains et lui offrit un baiser doux et appuyé, le genre de baiser qui apaise et enflamme à la fois, qui vous fait perdre le fil de vos pensées, voire toute notion de vocabulaire.
— On va faire d'une pierre deux coups, murmura-t-il à un Charles Edouard subitement départi de toute velléité de résistance.
Arrivé à destination, c'est-à-dire dans la salle de bain, il le défit de son haut avec des regards comme des caresses puis s'agenouilla pour s'attaquer au bas. Charles Edouard eut alors un peu de mal à faire abstraction de l'emballement alarmant de son rythme cardiaque. Aux premiers baisers sur son ventre, il crut défaillir et dut se rattraper à la commode juste derrière lui pour ne pas chanceler. Quand, pour finir, une langue décidée lui explora le nombril puis partit cheminer plus bas lui faire une très agréable démonstration de sa dextérité, il abdiqua. Les premières ondes d'excitation l'irradièrent si brutalement qu'il fit tomber la moitié des objets qui se trouvaient sur le meuble : boîte à cotons, brosse à cheveux et savonnette… Difficile de dire, du manque de temps ou de la hâte à jouir, ce qui teintait ainsi d'urgence cette première fois avec son cher Robin qu'il s'était toujours imaginée progressive et contemplative. C'était bien simple, ils n'avaient même pas eu le temps de bien se regarder.
Haletant — sans doute autant de désir que d'émotion —, il laissa passivement le garçon l'acculer sous la douche et entreprendre leurs ablutions. Il n'avait absolument pas le contrôle de la situation, se sentait complètement dépassé, et pour une fois, adora cela. S'il avait encore quelques traces d'appréhension, elles se diluèrent une à une aussi sûrement que la mousse du gel douche sous le ruissellement de l'eau. Il faut dire que découvrir les reliefs du corps de Robin pour la première fois avait de quoi laisser sans voix. Bref, parler n'était plus d'actualité et, de toute façon, ils avaient autre chose à faire de leur bouche. Si c'est un peu avec l'empressement de deux adolescents maladroits qu'ils poursuivirent dans la vapeur d'eau chaude ce qui s'était déjà précisé sous la couette, c'est bien avec l'indécence magnifique d'amants aguerris qu'ils l'aboutirent. Le peu de temps qui leur restait ne permettant, en effet, ni circonvolutions, ni ronds de jambes, le plaisir prit vite la tournure d'un orage prêt à crever le ciel et, lorsque Robin lui tourna le dos explicitement au détour d'une expiration, aux ultimes hésitations se substitua la spontanéité la plus lumineuse. Peu avant que la jouissance ne les libère, Charles Edouard se mit à appeler le Seigneur. Jamais cela ne lui était arrivé.
C'est dans un état second, silencieux, souriant et rêveur, qu'ils mirent à profit les dix minutes qu'il leur restaient pour s'habiller et prendre un mini-petit déjeuner.
Trois heures après avoir déposé Robin au départ de son train Charles Edouard se refaisait encore la scène en boucle, essayant de se souvenir de chacun de leurs gestes. Si cette première matinée d'amour avait laissé un goût de trop peu qui frôlait la frustration, il était clair, en revanche, que chacun l'avait vécue avec une ferveur suffisante pour alimenter une belle cohorte de rêveries pour le mois avenir.
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Cadeau !! * ^^
(rien à voir avec le texte ci-dessus, si ce n'est l'ambiance générale…)

Igor Dolgatschew et Dennis Grabosch (Alles was zählt, ép. 751)
*Cliquez sur l'image pour voir la vidéo. Il s'agit d'un extrait de la série allemande "Alles was zählt" (nom de la série en français : le rêve de Diana) qui passe en ce moment sur M6 (à une heure de grande écoute, incroyable ! ) et Teva. Parmi les chassés-croisés d'une quinzaine personnages dans la pure tradition du "soap", l'histoire de Deniz, lycéen de 17 ans, et Roman, patineur artistique de renom, forcément, a bien des points communs avec ce que j'aime écrire… Bon, et ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir une scène (homo)érotique aussi tendre. En plus, les deux acteurs sont vraiment craquants.
19 septembre 2009
Un p'tit gars bien mimi
18 septembre 2009
Douce France …
Comment je me suis fait tabasser par une compagnie de CRS
Écrit par Patrick Mohr
13-09-2008
"J’écris tout cela en détails, non pas pour me lamenter sur mon sort. Je suis malheureusement bien conscient que ce qui m’est arrivé est tristement banal, que plusieurs fois par jours et par nuits dans chaque ville de France des dizaines de personnes subissent des traitements bien pires que ce que j’ai enduré". Récit circonstancié d'une interpellation, à Avignon, en été.
Je m’appelle Patrick Mohr. Je suis né le 18 septembre 1962 à Genève. Je suis acteur, metteur en scène et auteur. À Genève, je dirige une compagnie, je co-dirige un théâtre et je m’occupe également du festival "De bouche à oreille". Dans le cadre de mes activités artistiques, je viens régulièrement au festival d’Avignon pour y découvrir des spectacles du "in" et du "off". Notre compagnie s’y est d’ailleurs produite à trois reprises. Cette année, je suis arrivé dans la région depuis le 10 juillet et j’ai assisté à de nombreux spectacles.
Le lundi 21 juillet, je sors avec mon amie, ma fille et trois de ses camarades d’une représentation d’une pièce très dure sur la guerre en ex-Yougoslavie et nous prenons le frais à l’ombre du Palais des Papes, en assistant avec plaisir à un spectacle donné par un couple d’acrobates. À la fin de leur numéro, je m’avance pour mettre une pièce dans leur chapeau lorsque j’entends le son d’un djembé (tambour africain) derrière moi. Étant passionné par la culture africaine - j’y ai monté plusieurs spectacles et ai eu l’occasion d’y faire des tournées - je m’apprête à écouter les musiciens. Le percussionniste est rejoint par un joueur de Kambelen Ngoni (sorte de contrebasse surtout utilisée par les chasseurs en Afrique de l’Ouest).
"Ta gueule, mêle-toi de ce qui te regarde !"
À peine commencent-ils à jouer qu’un groupe de CRS se dirige vers eux pour les interrompre et contrôler leur identité. Contrarié, je me décide à intervenir. Ayant déjà subi des violences policières dans le même type de circonstances il y a une vingtaine d’année à Paris, je me suis adressé à eux avec calme et politesse. Le souvenir de ma précédente mésaventure bien en tête. Mais je me suis dit que j’étais plus âgé, que l’on se trouvait dans un haut lieu culturel et touristique, dans une démocratie et que j’avais le droit de m’exprimer face à ce qui me semblait une injustice.
J’aborde donc un des CRS et lui demande : "Pourquoi contrôlez-vous ces artistes en particulier et pas tous ceux qui se trouvent sur la place ?" Réponse immédiate. "Ta gueule, mêle-toi de ce qui te regarde !" "Justement ça me regarde. Je trouve votre attitude discriminatoire." Regard incrédule. "Tes papiers !" "Je ne les ai pas sur moi, mais on peut aller les chercher dans la voiture." "Mets-lui les menottes !" "Mais vous n’avez pas le droit de…" Ces mots semblent avoir mis le feu aux poudres. "Tu vas voir si on n’a pas le droit." Et brusquement la scène a dérapé.
"Ils se sont jetés sur moi avec une sauvagerie inouïe"
Ils se sont jetés sur moi avec une sauvagerie inouïe. Mon amie, ma fille, ses camarades et les curieux qui assistaient à la scène ont reculé, choqués, alors qu’ils me projetaient au sol, me plaquaient la tête contre les pavés, me tiraient de toutes leurs forces les bras en arrière comme un poulet désarticulé et m’enfilaient des menottes. Les bras dans le dos, ils m’ont relevé et m’ont jeté en avant en me retenant par la chaîne. La menotte gauche m’a tordu le poignet et a pénétré profondément mes chairs. J’ai hurlé : "Vous n’avez pas le droit, arrêtez, vous me cassez le bras !" "Tu vas voir ce que tu vas voir espèce de tapette. Sur le dos ! Sur le ventre ! Sur le dos je te dis, plus vite, arrête de gémir !" Et ils me frottent la tête contre les pavés, me tordent et me frappent, me traînent, me re-plaquent à terre. La foule horrifiée s’écarte sur notre passage. Mon amie essaie de me venir en aide et se fait violemment repousser. Des gens s’indignent, sifflent, mais personne n’ose interrompre cette interpellation d’une violence inouïe. Je suis traîné au sol et malmené jusqu’à leur fourgonnette qui se trouve à la place de l’horloge 500 mètres plus bas. Là. Ils me jettent dans le véhicule, je tente de m’asseoir et le plus grand de mes agresseurs (je ne peux pas les appeler autrement), me donne un coup pour me faire tomber entre les sièges, face contre terre, il me plaque un pied sur les côtes et l’autre sur la cheville il appuie de tout son poids contre une barre de fer. "S’il vous plaît, n’appuyez pas comme ça, vous me coupez la circulation." "C’est pour ma sécurité." Et toute leur compagnie de rire de ce bon mot. Jusqu’au commissariat de St Roch. Le trajet est court mais il me semble interminable. Tout mon corps est meurtri, j’ai l’impression d’avoir le poignet brisé, les épaules démises, je mange la poussière.
"Vous êtes un sacré fouteur de merde"
On m’extrait du fourgon toujours avec autant de délicatesse. Je vous passe les détails de l’interrogatoire que j’ai subi dans un état lamentable. Je me souviens seulement du maquillage bleu sur les paupières de la femme qui posait les questions. "Vous êtes de quelle nationalité ?" "Suisse." "Vous êtes un sacré fouteur de merde." "Vous n’avez pas le droit de m’insulter." "C’est pas une insulte, la merde." (Petit rire.)
C’est fou comme la mémoire fonctionne bien quand on subit de pareilles agressions. Toutes les paroles, tous les détails de cette arrestation et de ma garde à vue resteront gravés à vie dans mes souvenirs, comme la douleur des coups subis dans ma chair. Je remarque que l’on me vouvoie depuis que je ne suis plus entre les griffes des CRS. Mais la violence physique a seulement fait place au mépris et à une forme d’inhumanité plus sournoise. Je demande que l’on m’ôte les menottes qui m’ont douloureusement entaillé les poignets et que l’on appelle un docteur. On me dit de cesser de pleurnicher et que j’aurais mieux fait de réfléchir avant de faire un scandale.
Je tente de protester, on me coupe immédiatement la parole. Je comprends qu’ici on ne peut pas s’exprimer librement. Ils font volontairement traîner avant de m’enlever les menottes. Font semblant de ne pas trouver les clés. Je ne sens plus ma main droite. Fouille intégrale. On me retire ce que j’ai, bref inventaire, le tout est mis dans une petite boîte. "Enlevez vos vêtements !" J’ai tellement mal que je n’y arrive presque pas. "Dépêchez-vous, on n'a pas que ça à faire. La boucle d’oreille !" J’essaye de l’ôter sans y parvenir. "Je ne l’ai pas enlevée depuis des années. Elle n’a plus de fermoir." "Ma patience à des limites vous vous débrouillez pour l’enlever, c’est tout !" Je force en tirant sur le lobe de l’oreille, la boucle lâche. "Baissez la culotte !" Je m’exécute. Après la fouille ils m’amènent dans une petite cellule de garde à vue. Quatre mètres de long par deux mètres de large. Une petite couchette beige vissée au mur.
"Rien ici qui permette de distinguer le jour de la nuit"
Les parois sont taguées, grattées par les inscriptions griffonnées à la hâte par les détenus de passage. Au briquet ou gravé avec les ongles dans le crépi Momo de Monclar, Ibrahim, Rachid…… chacun laisse sa marque. L’attente commence. Pas d’eau, pas de nourriture. Je réclame en vain de la glace pour faire désenfler mon bras. Les murs et le sol sont souillés de tâches de sang, d’urine et d’excréments. Un méchant néon est allumé en permanence. Le temps s’étire. Rien ici qui permette de distinguer le jour de la nuit. La douleur lancinante m’empêche de dormir. J’ai l’impression d’avoir le cœur qui pulse dans ma main. D’ailleurs alors que j’écris ces lignes une semaine plus tard, je ne parviens toujours pas à dormir normalement.
J’écris tout cela en détails, non pas pour me lamenter sur mon sort. Je suis malheureusement bien conscient que ce qui m’est arrivé est tristement banal, que plusieurs fois par jours et par nuits dans chaque ville de France des dizaines de personnes subissent des traitements bien pires que ce que j’ai enduré. Je sais aussi que si j’étais noir ou arabe je me serais fait cogner avec encore moins de retenue. C’est pour cela que j’écris et porte plainte. Car j’estime que dans la police française et dans les CRS en particulier il existe de dangereux individus qui sous le couvert de l’uniforme laissent libre cour à leurs plus bas instincts. (Évidemment il y a aussi des arrestations justifiées, et la police ne fait pas que des interventions abusives. Mais je parle des dérapages qui me semblent beaucoup trop fréquents.)
"Nous étions tous traités avec un mépris hallucinant"
Que ces dangers publics sévissent en toute impunité au sein d’un service public qui serait censé protéger les citoyens est inadmissible dans un État de Droit. J’ai un casier judiciaire vierge et suis quelqu’un de profondément non violent, par conviction, ce type de mésaventure me renforce encore dans mes convictions, mais si je ne disposais pas des outils pour analyser la situation je pourrais aisément basculer dans la violence et l’envie de vengeance. Je suis persuadé que ce type d’action de la police nationale visant à instaurer la peur ne fait qu’augmenter l’insécurité en France et stimuler la suspicion et la haine d’une partie de la population (des jeunes en particulier) face à la Police. En polarisant ainsi la population on crée une tension perpétuelle extrêmement perverse. Comme je suis un homme de culture et de communication, je réponds à cette violence avec mes armes. L’écriture et la parole. Durant les seize heures qu’a duré ma détention (avec les nouvelles lois, on aurait même pu me garder 48h en garde à vue), je n’ai vu dans les cellules que des gens d’origine africaine et des gitans. Nous étions tous traités avec un mépris hallucinant. Un exemple, mon voisin de cellule avait besoin d’aller aux toilettes. Il appelait sans relâche depuis près d’une demi-heure, personne ne venait. Il s'est mis à taper contre la porte pour se faire entendre, personne. Il cognait de plus en plus fort, finalement un gardien exaspéré surgit. "Qu’est ce qu’il y a ?" "J’ai besoin d’aller aux chiottes." "Y a une coupure d’eau." "Mais j’ai besoin." "Y a pas d’eau dans tout le commissariat, alors tu te la coince pigé." Mon voisin qui n’est pas seul dans sa cellule continue de se plaindre, disant qu’il est malade, qu’il va faire ses besoins dans la cellule. "Si tu fais ça on te fait essuyer avec ton t-shirt." Les coups redoublent. Une voix féminine lance d’un air moqueur. "Vas-y avec la tête pendant que tu y es. Ça nous en fera un de moins." Éclats de rire dans le couloir comme si elle avait fait une bonne plaisanterie.
"J’erre dans la ville comme un boxeur sonné"
Après une nuit blanche, vers 9h du matin, on vient me chercher pour prendre mon empreinte et faire ma photo. Face, profil, avec un petit écriteau, comme dans les films. La dame qui s’occupe de cela est la première personne qui me parle avec humanité et un peu de compassion depuis le début de ce cauchemar. "Hee bien, ils vous ont pas raté. C’est les CRS, ha bien sur. Faut dire qu’on a aussi des sacrés cas sociaux chez nous. Mais ils sont pas tous comme ça." J’aimerais la croire.
Un officier vient me chercher pour que je dépose ma version des faits et me faire connaître celle de ceux qui m’ont interpellé. J’apprends que je suis poursuivi pour : outrage, incitation à l’émeute et violence envers des dépositaires de l’autorité publique. C’est vraiment le comble. Je les aurais soi disant agressés verbalement et physiquement. Comment ces fonctionnaires assermentés peuvent-ils mentir aussi éhontément ? Je raconte ma version des faits à l’officier. Je sens que, sans vouloir l’admettre devant moi, il se rend compte qu’ils ont commis une gaffe. Ma déposition est transmise au procureur et vers midi je suis finalement libéré.
J’erre dans la ville comme un boxeur sonné. Je marche péniblement. Un mistral à décorner les bœufs souffle sur la ville. Je trouve un avocat qui me dit d’aller tout de suite à l’hôpital faire un constat médical. Je marche longuement pour parvenir aux Urgences où je patiente plus de quatre heures pour recevoir des soins hâtifs. Dans la salle d’attente, je lis un journal qui m’apprend que le gouvernement veut supprimer 200 hôpitaux dans le pays, on parle de couper 6000 emplois dans l’éducation. Sur la façade du commissariat de Saint-Roch, j’ai pu lire qu’il allait être rénové pour 19 millions d’euros. Les budgets de la sécurité sont à la hausse, on diminue la santé, le social et l’éducation. Pas de commentaires.
"Ma naïveté, je la revendique"
Je n’écris pas ces lignes pour me faire mousser, mais pour clamer mon indignation face à un système qui tolère ce type de violence. Sans doute suis-je naïf de m’indigner. La plupart des Français auxquels j’ai raconté cette histoire ne semblaient pas du tout surpris, et avaient connaissance de nombreuses anecdotes du genre. Cela me semble d’autant plus choquant. Ma naïveté, je la revendique, comme je revendique le droit de m’indigner face à l’injustice. Même si cela peut paraître de petites injustices. C’est la somme de nos petits silences et de nos petites lâchetés qui peut conduire à une démission collective et en dernier recours aux pires systèmes totalitaires. (Nous n’en sommes bien évidement heureusement pas encore là.)
Depuis ma sortie, nous sommes retournés sur la Place du Palais des Papes et nous avons réussi à trouver une douzaine de témoins qui ont accepté d’écrire leur version des faits et corroborent tous ce que j’ai dit. Ils certifient tous que je n’ai proféré aucune insulte ni n’ai commis de violence. Les témoignages soulignent l’incroyable brutalité de l’intervention des CRS et la totale disproportion de leur réaction face à mon intervention. J’ai essayé de retrouver des images des faits, mais malheureusement les caméras qui surveillent la place sont gérées par la police et, comme par hasard elles sont en panne depuis début juillet. Il y avait des centaines de personnes sur la place qui auraient pu témoigner, mais le temps de sortir de garde à vue, de me faire soigner et de récupérer suffisamment d’énergie pour pouvoir tenter de les retrouver. Je n’ai pu en rassembler qu’une douzaine. J’espère toujours que peut-être quelqu’un ait photographié ou même filmé la scène et que je parvienne à récupérer ces images qui prouveraient de manière définitive ce qui s’est passé.
"Je suis content d’avoir défendu un ami, même si je ne le connaissais pas encore"
Après cinq jours soudain, un monsieur africain m’a abordé, c’était l’un des musiciens qui avait été interpellé. Il était tout content de me retrouver car il me cherchait depuis plusieurs jours. Il se sentait mal de n’avoir rien pu faire et de ne pas avoir pu me remercier d’être intervenu en leur faveur. Il était profondément touché et surpris par mon intervention et m’a dit qu’il habitait Grenoble, qu’il avait 3 enfants et qu’il était français. Qu’il viendrait témoigner pour moi. Qu’il s’appelait Moussa Sanou. "Sanou , c’est un nom de l’ethnie Bobo. Vous êtes de Bobo-Dioulasso ?" "Oui." Nous nous sommes souri et je l’ai salué dans sa langue en Dioula.
Il se trouve que je vais justement créer un spectacle prochainement à Bobo-Dioulasso au Burkina-Faso. La pièce qui est une adaptation de nouvelles de l’auteur Mozambicain Mia Couto s’appellera "Chaque homme est une race" et un des artistes avec lequel je vais collaborer se nomme justement Sanou. Coïncidence ? Je ne crois pas. Je suis content d’avoir défendu un ami, même si je ne le connaissais pas encore.
La pièce commence par ce dialogue prémonitoire. Quand on lui demanda de quelle race il était, il répondit : "Ma race c’est moi." Invité à s’expliquer il ajouta : "Ma race c’est celui que je suis. Toute personne est à elle seule une humanité. Chaque homme est une race, monsieur le policier."
D'autres articles sur le site de l'interdit
05 septembre 2009
Cosmos
J'aime beaucoup cette grande fleur simple au feuillage brumeux.
Princesses de l'Ouest
Sous les mouvements du ciel, la démarche solaire,
Je les vois chaque jour, furtives inaccessibles,
Fouler le doux matelas d'un confort hérité
Sans jamais ralentir pour sourire ou rêver,
Trop occupées qu'elles sont à dénicher le Prince…
Issues d'une lignée de beautés affûtées,
Elles lancent maintes grâces sous nos yeux fatigués
Et leurs regards lointains à la gemme changeante
évitent ne plonger dans ceux d'un autre rang.
Se laisser admirer est leur seule bonté…
Les jambes somptueuses sur leurs talons pointus,
Elles se parent d'atours tissés d'or et de soie—
trois fois la paie d'un pauvre, hiver comme été —
Et ne frayent jamais qu'avec ceux de leur clan.
Il est si mal vu de mélanger les sangs…
Elle sont blondes ou bien brunes, voluptueuses ou sveltes,
Leur visage a l'éclat de leur avenir radieux
Sirènes adolescentes ou nobles quadragénaires,
Elles traversent la vie ignorant ses écueils
Car l'échec est proscrit au sein des forteresses…
Ce n'est qu'à l'heure tardive, à l'heure des adieux,
Lorsque les héritiers ont quitté le nid d'or,
Que les désillusions et leurs quelques regrets
Les privent de leurs ailes, les font vieilles femmes seules
Et marquent enfin leurs traits d'un peu profondeur…
01 septembre 2009
La belle liberté
Où demeure la vraie vie
qu’un rêve t’a promise ?
Sous quels fronts fous en feu,
en quelles terres d’ardeur ?
N’est-elle que le temps
qui nous souffre si peu,
nous happe,
nous offense,
nous tue
mais offre tout ?
La belle liberté,
libellule infinie,
généreuse affolante
qui tourne, tourne et tente…
Ce bien trop grand pour nous,
qui est prêt à en jouir ?
Un beau jour, l’honorer
sera grande aventure !
Mais il faudra grandir
pour tant d’inouïes largesses…
Du carcéral ego
les grilles tomberont !
Couler au plus profond
du désir sans fin
ne nous fera plus peur,
à nous,
premiers humains !
Car le souffle,
en tous lieux,
s’épanouira enfin !
27 août 2009
Agosto templado
17 août 2009
Robin - Partie 9 (nouvelle)
Il était aisé de prédire ce qui se serait passé, cette nuit là, une fois rentrés chez eux, si la fatigue ne les avait précipités l'un et l'autre dans les bras de Morphée au creux de leurs lits respectifs… Le sommeil, s'il fut délicieux pour l'un, eut malheureusement un effet des plus dégrisants pour l'autre.
Notre Robin, plus matinal qu'à l'ordinaire, s'éveilla étonnamment tôt (mais pas encore assez pour croiser son colocataire), avec en effet plus d'étoiles dans les yeux et dans la cervelle que n'en pouvait compter la Voie Lactée. Il passa la journée à se remémorer leur baiser ainsi que le retour en voiture qui s'en était suivi. Le court trajet, baigné d'un silence chargé de possibles, avait été un moment de pure complicité. Jonglant mentalement avec un tas de nouveaux espoirs, il engloutit un petit-déjeuner copieux puis partit travailler en sifflotant. Chez Saint Lyre il n'eut que ça en tête. Depuis le début du mois, il collaborait régulièrement en direct avec le grand chef pour aboutir et fignoler les modèles en cours de réalisation pour la saison suivante. Le vieil homme dut le reprendre avec impatience à plusieurs reprises tant il était peu concentré. Ce jour là, il faut bien le dire, il ne fut bon à rien. Mais même quelques remontrances du respecté vieillard n'auraient su altérer sa bonne humeur.
Pour Charles Edouard, en revanche, il en fut tout autre. Cloîtré dans son bureau, inerte devant la pile de dossiers qui grandissait sous son nez depuis trois semaines, il tenta d'ordonner son esprit. C'était clair, sa vie était comme ces dossiers : en souffrance. Comme eux, elle attendait de nouveaux éléments pour reprendre son cours. Il regrettait de s'être laissé aller avec Robin — que lui était-il donc passé par la tête ? — comme il regrettait d'avoir accepté, le matin même, l'invitation à déjeuner d'Isabelle. Mais ce garçon avait tant d'amour dans les yeux et sur les lèvres… Ha, ses lèvres ! Comment les oublier maintenant ? Le mal était contracté et ne demandait plus qu'à s'étendre sournoisement. Et cette belle plante d'Isabelle, commerciale de son état, qui lui tournait autour depuis quelques temps, avait un si beau sourire. Il soupira à fendre l'âme. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Pourquoi diable avait-il embrassé Robin ? Et pourquoi avait-il dit oui à Isabelle ? ll lui semblait ne plus avoir de contrôle sur rien. Et puis qu'avaient-ils tous à lui courir après alors que personne jusqu'ici ne l'avait jamais regardé que pour rire de son allure rétro, son ex-fiancée incluse ? Dire qu'il ne voyait son psy que le vendredi suivant, autrement dit une éternité ! Quelle poisse ! Son manque d'emprise sur les événements, et l'inacceptable confusion qui en découlait fatalement, le mirent de fort méchante humeur. Il aurait aimé pouvoir se téléporter sur un autre continent ou, au choix, s'effacer de la mémoire de Robin et d'Isabelle. C'est dans cet état d'esprit qu'il retrouva son soupirant le soir venu. Autant dire que son air préoccupé et, plus grave encore, son regard évitant furent la pire des déconfitures pour Robin et refroidirent d'un coup tous ses élans éventuels.
Rien que de très bref et de très banal ne fut échangé entre eux et chacun passa la soirée de son côté comme si rien d'exceptionnel n'avait jamais eu lieu. La dégringolade morale où cela plongea notre jeune héros fut, fort heureusement pour lui, doublée d'une sourde colère. Il ne pouvait admettre un tel traitement sans réagir. Son amour propre était en jeu. Il se jura de ne plus faire un geste vers lui. Et ce n'était pas que par fierté, c'était aussi une question de bon-sens. Insister serait revenu à lui forcer la main et aurait tout faussé. Maintenant, que cet effarouché d'aristocrate le veuille ou non, la balle était dans son camp. Mais évidemment, amoureux comme il l'était, il ne parviendrait pas à assumer cette ferme résolution sans un subterfuge radical. Il dut se ranger à la conclusion de Fa, reconnaître que l'éloignement était la seule et unique solution. Ne pouvant lui demander de s'en aller — c'était définitivement au-dessus de ses forces — et ne pouvant lui-même partir pour le moment tant le travail l'accaparait, il décida de ne plus décliner aucune invitation de Julie, la jeune fille qui en pinçait pour lui, ou de tout autre membre de son petit groupe d'amis qui, mine de rien, commençait à s'étoffer. Il ne laisserait plus passer la moindre occasion de faire la fête avec des gens de son âge et c'est ce qu'il fit.
Julie, fille unique d'un couple de bourgeois bohèmes parisiens qui brillaient principalement par leur absence, trop contente de pouvoir le fréquenter davantage, lui ouvrit toute grande la porte de son monde. Robin, curieux de découvrir ce milieu qui lui était totalement inconnu, se familiarisa sans difficulté aux us et coutumes de la jeunesse dorée parisienne, pour la plupart des étudiants en deuxième ou troisième année de fac, en psychologie, comme Julie elle-même, en littérature ou en droit. Ces jeune gens érudits et déjà si blasés, aimaient traîner leur nonchalance et leur énergie juvénile dans des concerts privés de rock indépendant ou, bien mieux, se recevoir les uns chez les autres en l'absence des géniteurs. Dans une ambiance molle et tendre ils buvaient, fumaient et s'alanguissaient au sein de leur petit cercle rassurant, cherchant l'ivresse sans risques. Les sensations fortes faisant en effet cruellement défaut dans leur vie studieuse et confortable, ne restait pour les faire vibrer que les imprévus liés au présent dont ils aimaient se faire les chantres. Ils étaient rarement plus de dix, souvent les mêmes, il y avait toujours une guitare ou, le cas échéant, une bonne sélection musicale pour planer et s'écorcher le cœur à l'envie. Tous dotés d'une intelligence aiguisée et d'un solide sens de la dérision, ils cultivaient leurs multiples talents avec soin, mais n'avaient plus de rêves. Chacun était concentré sur ses études et la préparation des examens et se conditionnait déjà à occuper la place que la société leur réservait. Lors de ces soirées, Robin observait tout ces jeunes héritiers en spectateur attentif et parfois perplexe. Certains débattaient politique sans passion, pour passer le temps, d'autres dansaient vaguement, la clope ou le joint à la main. Dans un coin de divan il se trouvait toujours un couple pour s'embrasser goulûment dans l'indifférence générale. Discuter des profs ou parler poésie semblait être le summum de l'originalité… Il n'eut pas de difficulté à s'intégrer au groupe où Julie l'introduisit sous un faut nom en tant qu'ami d'enfance en congé sabbatique à Paris — le nom de Robin Rivière, par la force des choses, étant maintenant associé à celui célébrissime de Saint Lyre, ils s'étaient en effet tous les deux accordés pour qu'il reste incognito (il n'avait aucune envie de devenir le "VIP" de service!). Aux questions, qui de toute façon furent rares, il donna les réponses les moins mensongères qu'il put, histoire d'éviter les gaffes.
Etait-ce son charme particulier, son indifférence au paraître, ses références culturelles différentes ? Quoi qu'il en fût, il passa rapidement pour la personnalité exotique dont aucune soirée n'aurait désormais sut se passer. Il fut même adopté comme le photographe de ces messieurs dames volontiers narcissiques. En bref, personne ne fut indifférent à l'air frais qu'il fit entrer dans le petit cercle. Même Dorian, le sombre et sexy gothique qui se targuait de composer de la musique électro à ses heures perdues, étiqueté par ses congénères de "zarbi", passa pour on ne peut plus conventionnel en comparaison. L'ambiance un peu anesthésiante qui régnait parmi ces jeunes "bobos" contamina Robin. Il était venu vers eux pour fuir et se surprit finalement à trouver du plaisir à leur compagnie. En l'espace de trois semaines, il vit des amours se faire et se défaire. Lui même ne dédaigna pas les signes de Dorian — au point de se réveiller dans ses bras un lendemain de cuite, puis quelques autres matins, dénués d'alcool ceux-là… — ni, finalement la tendresse de Julie que de l'avoir vu dans les bras d'un garçon n'avait pas découragée, bien au contraire. Entre le boulot intense en cette période de l'année, les soirées bien arrosées presque quotidiennes et la notoriété qui se concrétisait de plus en plus fréquemment par d'interminables séances photos et autres interview pour tel ou tel magazine de mode "hype", notre jeune artiste ne croisait l'homme qu'il aimait que très rarement.
Charles Edouard, lui, ne parvint pas comme son jeune comparse à s'arranger avec lui-même et vécut extrêmement mal la situation. Sa lâcheté et la peur de ses propres sentiments, suite au fameux baiser, était en train de détériorer leur relation. Le voir se détourner était tout ce qu'il méritait. Le garçon l'évitait pour se protéger. Rien de plus logique! Il était seul responsable. Le changement était cruel. Bien que Robin fût resté cordial avec lui, il avait mis entre eux une distance telle que l'idée même d'un nouveau rapprochement semblait impossible. Le Robin d'avant lui manquait. Leur longues conversations sur le sens de la Vie, ses fous-rires, sa présence tout simplement, lui manquaient. Leur cohabitation ne se réduisait plus qu'à parler travail… En plus, à chaque fois qu'il le croisait, une vague de culpabilité le prenait à la gorge. Rien que pour ne plus avoir à endurer ça, et aussi parce que c'est qui était prévu depuis le début, il se mit à visiter appartement sur appartement. Malheureusement, pour le moment, aucun ne l'avait séduit. Le dîner avec Isabelle, quant à lui, s'était soldé par un échec, échec qu'il avait provoqué sciemment en lui baratinant un indigeste laïus sur ses angoisses post rupture et son soi-disant désir de solitude. Elle lui avait dit de fort gentilles choses puis avait définitivement cessé ses regards appuyés. Finalement, il ne parlait plus qu'à son psy qu'il avait pourtant failli envoyer paître le jour où celui-ci avait abordé, très prudemment pourtant, son homosexualité soi-disant latente. Cette séance n'avait fait qu'attiser toutes les questions qu'il se posait déjà. C'était à n'y rien comprendre. Il se souvenait pourtant combien la belle Solène, lorsqu'elle en avait décidé ainsi, avait su l'épuiser des plaisirs les plus âpres. Sa mémoire serait à jamais marquée du sceau de ces moments rares mais brûlants. Il avait adoré être un jouet sous ses mains dominatrices, adoré aussi connaître l'envoûtement de sa beauté sans pareil. Mais il se remémora aussi le bonheur tout autre qu'il avait ressenti à embrasser Robin dont la douceur l'attirait puissamment. Il aurait voulu lui parler à cœur ouvert. Mais plus les jours passaient plus cela lui semblait difficile.
L'occasion se présenta pourtant, un soir d'avril. Charles Edouard, deux heures auparavant, s'était lancé dans une corvée qu'il repoussait depuis la rupture : ranger ses papiers administratifs. Plus de six mois d'accumulation rendait la tâche ardue, tâche, en plus, dont il avait une sainte horreur. Avant, c'était toujours Solène qui s'y collait. Une avocate en droit des affaires internationales ça s'y connaît en paperasse. Il en avait étalé partout autour de lui, sur le tapis sur lequel il était agenouillé, sur la table basse, sur le canapé, et n'en était pas encore à la moitié. Robin ne rentrant jamais avant deux heures du matin, il s'était dit qu'il aurait largement le temps. Mais, ce soir là, le garçon revint à minuit.
— Salut. Houlà, qu'est-ce qui se passe ici ?
— Salut. Je trie ma paperasserie. Un cauchemar. Je ne croyais pas que ça me prendrait un temps pareil.
— Tu m'étonnes. Moi je fais ça au fur et à mesure.
— Tu as bien raison.
Robin se dirigea vers l'escalier qui montait à l'atelier et, en enjambant les piles de papiers, fit s'envoler quelques factures.
— Houps, pardon !
— Il n'y a pas de mal. C'est moi. Je m'excuse d'envahir ainsi l'espace. Je pensais avoir fini bien avant que tu ne rentres.
— Je peux t'aider ?
— Non, c'est gentil. Je vais m'en sortir. Par contre, si tu pouvais me passer la corbeille à papiers qui est à côté de toi…
Robin lui tendit la corbeille en question.
— Merci, chéri(e), répondit Charles Edouard en s'en saisissant, le regard déjà pointé sur le tas de papiers à jeter, à ses genoux.
A la seconde où il s'entendit émettre cet invraisemblable lapsus, il se pétrifia en se pressant la main contre la bouche, mais c'était trop tard, les mots fâcheux en étaient sortis. Il leva lentement la tête vers Robin. Le garçon, un pied sur la première marche de métal, la main sur la rampe, le geste en suspend, le considérait, interdit. Mon Dieu, il avait entendu ! Evidemment, évidemment qu'il avait entendu. Il se serait giflé.
— Désolé. Ça m'a échappé. Vieilles réminiscences de la vie de couple.
— Sans doute, oui, fit Robin, plus troublé qu'il ne l'aurait cru.
L'un à genoux sur son tapis, l'autre agrippé à son escalier, ils se dévisagèrent en silence. La solitude de Charles Edouard et sa confusion, qui ressemblaient à s'y méprendre à un appel au secours, éclaboussèrent à nouveau Robin.
— Bon. Je monte. Bonne soirée…, dit-il en se détournant à regret.
Mais il n'eut pas le temps de gravir la cinquième marche.
— Robin.
— Oui ?
Charles Edouard s'était remit debout, la mine éperdue.
— Je voulais te dire… Je voulais m'excuser. Je me suis comporté comme un imbécile avec toi depuis… Depuis…
— Depuis qu'on s'est embrassés.
— Oui…
— Pas la peine de t'excuser. J'imagine que tu fais ce que tu peux.
Ces paroles inattendues, si pleines de miséricorde, faillirent lui faire monter les larmes aux yeux.
— Tu es très indulgent, fit-il d'une toute petite voix.
— Moi non plus, je n'ai pas été très tendre avec toi, ces derniers temps… Mais moi aussi, tu vois, je fais ce que je peux.
— J'ai tout gâché, n'est-ce pas ?
En guise de réponse, Robin vint à lui. Il s'approcha de lui jusqu'à se trouver à dix centimètres de son visage. Il n'était pas arrivé souvent qu'ils eussent leurs visages si proches. Charles Edouard osa lui toucher la joue et contempla ses traits comme jamais encore il n'avait pris le temps de le faire.
— Ce que je ressens pour toi, je n'y suis tellement pas préparé.
— Je sais, ça contrarie tes projets, fit le jeune garçon, un peu amer.
— Mes projets? Quels projets ? Ils s'en sont tous allés avec Solène. Non. Ça me lamine. Et j'ai tellement peur de te faire mal encore.
Robin baissa les yeux pour mieux les lui planter au fond de l'âme l'instant d'après.
— Je ne peux pas décider quoi faire à ta place.
D'un pouce tremblant, Charles Edouard lui frôla les lèvres. Il avait comme l'air ivre.
— Tu provoques en moi…
Il poussa un soupir sans achever et l'embrassa enfin, douloureusement, comme quelqu'un qui renonce à lutter. Robin n'était que don de lui-même. Qu'importait qu'il fût un garçon. Un tel don ne se pouvait refuser.
— Je ne suis pas homosexuel, pourtant.
Le garçon lui offrit un sourire malicieux.
— Moi non plus. Enfin, à moitié seulement… C'est peut-être simplement qu'on s'aime. Peut-être qu'il existe des sentiments plus forts que l'orientation sexuelle.
— C'est peut-être simplement ça, en effet, concéda l'autre, trop bouleversé pour réfléchir à une telle supposition.
Il lui fallut ensuite puiser un peu d'assurance dans le regard amoureux de Robin pour surmonter sa crainte d'aller plus loin, alors seulement il put remettre cela plus sereinement, jusqu'à ce qu'il sente grandir en lui la tentation d'un grand saut dans le vide. Lorsque l'un s'interrompait, l'autre le relançait et ainsi de suite, si bien qu'il sembla que ce baiser ne veuille jamais finir. Lorsqu'ils revinrent à eux, ils étaient allongés l'un sur l'autre, au milieu des papiers, sur le canapé. Charles-Edouard, pesant sur le corps alangui du garçon ne put que constater, à sa grande stupéfaction, que non seulement il l'avait à moitié déshabillé sans le vouloir, mais qu'un désir on ne peut plus animal s'était saisi de lui. Le tee-shirt en effet relevé jusqu'au cou, le visage encore tendu dans l'attente de la suite, Robin rouvrit les yeux pour découvrir au-dessus de lui un Charles Edouard ébouriffé et décontenancé.
— Ça fait tellement longtemps que j'ai envie de toi, murmura-t-il en lui souriant.
— Tu n'imagines pas la trouille que j'ai quand tu me dis ça.
— J'aurais pu dire : si on allait dans ma chambre.
— J'aurais eu la trouille tout pareil.
— Il ne faut pas.
Ils se rassirent, Robin retendit son tee-shirt, Charles Edouard sa chemise et ils se regardèrent.
— Je dois te faire l'impression d'un pauvre empoté !
Le garçon, au lieu de lui répondre, l'embrassa encore et trouva dans ce geste la confirmation qu'il espérait.
— Cette nuit, ma chambre t'est ouverte.
— Je ne sais pas…
— C'est comme tu veux. Je monte faire mes bagages, dit-il en se levant, l'air de rien.
— Tes, tes bagages ?
— C'est vrai, je n'ai pas eu l'occasion de te le dire, mais je pars un mois chez mes parents.
— Ha bon ? Un mois ?
— Mon train est à dix heures, demain. C'est pour ça que je ne voulais pas rentrer trop tard.
Charles Edouard, sans dessus-dessous, resta là sur le canapé couvert de feuilles froissées, et le regarda disparaître à l'étage.
04 août 2009
Repos
Chères blogueuses, chers blogueurs, je pars quelques jours dans le Berry imiter ma minette telle que vous la voyez sur cette photo. Et oui, je suis enfin en vacances après une année bien éprouvante :))))
Je reviens, promis, avec dans ma valise, devinez quoi, l'épisode 9 de Robin. C'est tout écrit dans ma tête. Ya plus qu'à.
02 août 2009
Beautiful summer sky
Summer peace
29 juillet 2009
Morceaux choisis (pardon…)
Comment ne pas être bercé par ces mots qui chantent ? …
"Afin de réaliser son objectif de gestion, le fonds xxxxxxxx sera investi principalement en titres obligataires privés, exclusivement émis en Euro, par des émetteurs de la zone euro ou non et qui bénéficieront au moment de leur acquisition d’une notation d’au moins BBB- (Investment Grade).
A partir de l’analyse de notre scenario économique central et de nos anticipations sur les marchés de taux, nous mettons en œuvre dans la construction du portefeuille des stratégies :
- d’allocation crédit (exposition au marché du crédit, allocation sectorielle, géographique, entre catégorie de notation et niveau de séniorité),
- de sélection de titres,
- de positionnement sur la courbe des taux afin de tirer avantage de sa déformation (applatissement, pentification de la courbe),
- d’exposition aux taux d’intérêts, afin de profiter au mieux de la hausse du marché ou de réduire les pertes en cas de baisse de ce dernier,
à l’intérieur d’une fourchette de sensibilité comprise entre 3 et 6.
L’exposition du FCP xxxxxx au marché du crédit sera en permanence de 80 % au minimum. Le fonds pourra être investi en titres obligataires souverains dans la limite de 20 % maximum.
Notre processus de sélection des titres repose sur la prise en compte conjointe de critères financiers et extra-financiers. Notre démarche se fonde sur un double constat : un émetteur ne peut en effet être performant dans la durée sans une bonne gestion sociale et environnementale ; en parallèle, une bonne gestion sociale et environnementale n’est pas soutenable en l’absence de performance économique. L’analyse extra-financière des émetteurs, sous l’angle ESG (Environnemental / Sociétal / Gouvernemental) permet de compléter l’analyse financière traditionnelle et ainsi d’appréhender la véritable valeur d’un titre en identifiant les opportunités, les risques et les éventuelles destructions de valeurs pesant sur ces émetteurs.
Dans le cadre des stratégies développées, le gérant peut avoir recours à des investissements en OPCVM de droit français ou européens coordonnés, dans la limite de 10 % de l’actif de l’OPCVM (OPCVM monétaires compris).
De plus, les opérations portant sur les instruments dérivés et sur les titres intégrant des dérivés tels que les contrats à terme, les options de taux, les swaps de taux, le change à terme, les CDS seront effectués dans la limite de 100 % maximum de l’actif de l’OPCVM.
Le recours à ces instruments servira à piloter l’exposition du fonds au risque de taux et de crédit à l’intérieur de la fourchette de sensibilité et au risque de crédit (80 % d’exposition maximum) ou à la mise en œuvre de stratégies d’arbitrage au sein d’un secteur ou d’un émetteur.
Pour plus de détails sur les actifs utilisés par l’OPCVM, veuillez vous reporter à la note détaillée de l’OPCVM."
J'aime tout particulièrement "séniorité" et "pentification"…
(quand le boulot devient une telle punition — à savoir, corriger des documents financiers imbuvables — on se console comme on peut, que voulez-vous!).
Oh, et aller, encore un petit, pour la route :
"Risque de taux : Les fluctuations des instruments obligataires détenus en portefeuille répondent aux variations de taux d’intérêt. L’ampleur de ces fluctuations est fonction notamment de la maturité de chaque obligation. Ainsi, l’exposition du portefeuille sur les taux des différents pays/devises peut varier selon les convictions/anticipations et impacter la valorisation du portefeuille. Le risque sur les taux d’intérêt est mesuré par un indicateur nommé sensibilité. Le niveau de la sensibilité du portefeuille est variable dans le temps en fonction des anticipations.
Notons également que, pour un même pays/devise, les taux d’intérêt sur plusieurs maturités peuvent évoluer de manière différente. La stratégie d’arbitrage de la courbe qui consiste en un positionnement du portefeuill sur telle maturité plutôt que telle autre représente une autre composante du risque de taux, également gérée activement par nos équipes de gestion.
Enfin, chaque titre obligataire présente des caractéristiques techniques propres qui, au-delà de sa seule maturité, influencent de mainère complexe la variation de sa valeur face à des mouvements de taux d’intérêt. Ces éléments participent également à la plus ou moins grande volatilité des performances du portefeuille face à des variations de taux."
Et certains se demandent encore pourquoi le Monde en est là où il en est !
21 juillet 2009
Humeurs
19 juillet 2009
Robin - partie 8 (nouvelle)
Histoire de savoir un peu où il en était, Robin entreprit de faire un bilan aussi objectif que possible de la situation. Après tout, se dit-il, ils vivaient ensemble. Il pouvait donc le voir tous les jours, lui parler, le regarder, l'écouter. De plus, malgré l'humeur lunatique de Charles Edouard que sa psychothérapie en cours secouait pas mal, leur relation était dénuée de toute tension, sans ombre, sans fausse note. Ne manquait que l'intimité. Il arrivait bien que celle-ci se trouvât effleurée. Après maintenant six mois de cohabitation — les trois mois initialement prévus ayant été largement dépassés sans que ni l'un ni l'autre ne comprenne comment le temps se fût écoulé si vite —, c'était inévitable. Quotidiennement, Robin résistait à la tentation de s'emparer de lui, de l'embrasser, de le piéger dans l'étau de ses bras. C'était éreintant. Certains soirs de fatigue morale, de solitude et de désir, il en arrivait à prétexter du travail pour ne pas avoir à se retrouver en face de lui. Il se surprit même à souhaiter le voir partir, pour avoir moins mal, bien que ce fut aussi ce qu'il redoutât le plus au monde…
Davantage pour tromper sa frustration que pour le plaisir de la revoir, il se remit à fréquenter Farida. Un après midi dominical froid et pluvieux comme l'hiver parisien en connaissait tant, alors qu'ils venaient de faire l'amour sans ferveur particulière et fumaient en silence l'habituel joint post-coït, étonnée de sa morosité, elle l'interrogea. Il lui dit tout. Elle l'écouta sans manifester de surprise à l'annonce de sa bisexualité qu'elle avait déjà plus ou moins su discerner par elle-même.
— C'est vrai que Chad a vachement de charme et qu'il a l'air sympa. Je comprends qu'il puisse te plaire, mais moi j'en ai connu des mecs de la haute. C'est tous des tordus. Tu es comme moi, tu viens d'un milieu simple. N'oublie pas que ces gens-là ne viennent pas de la même planète que nous. Ils apprennent à faire semblant dès le berceau. Puis, ils ont des codes bizarres, incompréhensibles pour nous.
— Charles n'est pas tordu. Il est sur son nuage, c'est tout.
— Il a quel âge, déjà ?
— Trente-cinq ans.
— On n'est plus sensé être sur un nuage à cet âge-là, fit-elle avec dureté. Et ça fait, quoi ? Quatre mois que vous vivez sous le même toit…
— Six.
— Bon, six mois. Six mois que vous vous voyez tous les jours. Si tu es accro comme tu me dis que tu l'es, c'est aberrant qu'il ne remarque rien. Soit il fait semblant, soit il s'en fou.
Robin soupira.
— Je fais gaffe de ne rien lui montrer. Tu sais, je suis comme un protégé pour lui. Il est très attaché à moi, aux petits soins, tout ça… Un peu comme si j'étais son petit frère.
Il repensa à ce regard particulier, tendre et protecteur, qu'il avait sur lui.
— Ce n'est pas du tout comme ça que je voudrais qu'il me voit.
— J'imagine bien !
Elle le considéra. Jamais elle ne l'avait vu si désemparé.
— Il faudrait que tu lui dises les choses.
— Non, ça serait la cata. Mille fois j'ai eu envie de le faire mais je sais que ce n'est pas comme ça qu'il faut que je m'y prenne avec lui. Il faudrait que ça vienne de lui. Que ça se fasse naturellement.
— Tu parles de rapprochement physique ?
— Je parle d'amour…
— Oui, mais là, mon chouchou, tu rêves. Combien de chance tu as que ça arrive s'il n'a aucune tendance homosexuelle ? Si ça trouve ce n'est que ça et alors, ça voudrait dire que tu perds ton temps à attendre un truc impossible.
Robin détestait penser à cet aspect des choses qu'il voulait considérer comme une anecdote négligeable. Sa vision de l'Amour était bien au-dessus de ces basses considérations. Fa était décidément trop cartésienne pour lui. Il tira sur le joint, lui passa et se laissa aller sur l'oreiller.
— Si j'ai un seul conseil à te donner, ne t'entiche pas trop de lui. Méfie-toi. Si tu ne veux pas trop morfler…
— C'est trop tard… Et je morfle déjà comme un damné.
— Dis-lui d'aller emménager ailleurs comme c'était prévu, sors-le toi de la tête et passe à autre chose.
— Je n'ai pas envie qu'il s'en aille.
— Je m'en doute. Mais c'est quand même ce qu'il faut que tu fasses.
— J'ai trop besoin de l'avoir près de moi.
— C'est toujours ce qu'on croit quand on fait la connerie de tomber amoureux, mais c'est tout ce qu'il y a de plus faux. On n'a jamais besoin de quelqu'un à ce point. Et je sais de quoi je parle.
— Moi si, dit Robin en tourna la tête vers la pluie qui tombait.
Il aurait voulu pouvoir la détester de lui asséner ces paroles arides. Mais comment détester quelqu'un qui vous offrait son corps avec tant de générosité ?
— Ecoute, fais ce que tu veux. Moi, ce que j'en dis…
Elle se leva, légère et assouvie, passant déjà à autre chose. Elle avait perdu sa foi et trois années de jeunesse à se guérir de toute forme de dépendance affective, maintenant, elle ne s'embarrassait plus de la douleur des autres. Elle aimait bien Robin, il était mignon et faisant bien l'amour, et ce qui lui arrivait était dommage, mais qu'aurait-elle pu pour lui ? Rien. Absolument rien. Il voulait être aimé. Elle n'avait plus rien pour lui à ce rayon là… Baladant sa nudité lascive dans la pièce à la recherche d'une barrette pour attacher son épaisse chevelure noire, elle s'éloigna, indifférente. La regardant, Robin se fit la réflexion qu'il n'aurait pas été plus simple pour lui de tomber amoureux de cette farouche indépendante qui disait ne plus vouloir donner son cœur à quiconque. Qu'avaient-ils donc tous à tant craindre l'amour ? Pourquoi personne ne voulait de lui, de ces merveilles qu'il avait à offrir ? C'était si beau et si grand ! En avaient-ils donc peur ? Pourquoi chacun n'en acceptait que des miettes ? Puis c'était si encombrant à ne garder que pour soi. Il en étouffait.
Ce matin là, Charles Edouard était d'une humeur radieuse. Il grimpa l'escalier de métal quatre à quatre sans s'être annoncé comme à son habitude.
— Mon petit Robin, j'ai une grande nouvelle, s'exclama-t-il en débarquant dans l'atelier tout essoufflé.
Robin, occupé à trier des photos sur son ordinateur, se retourna, surpris de cette intrusion.
— J'ai trouvé à qui louer mon appartement ! Annonça le jeune homme triomphalement.
— Cool, fit mollement Robin, et qui est l'heureux veinard ?
— Ma belle sœur, Sido. La sœur de Solène… Mon ex belle-sœur, en fait. C'est une femme très bien, très gentille. Elle a quatre enfants et ils doivent quitter Lyon pour Paris à cause du boulot de son mari.
— Ils doivent être pétés de thune pour louer un truc aussi grand, commenta Robin sans plus d'entrain.
Charles Edouard ne releva pas. L'entendit-il seulement ? Encore sous le coup de la nouvelle, il s'assit sur le canapé de l'atelier, croisa les jambes et allongea un bras sur le dossier, rayonnant de satisfaction.
— Tu sais ce que ça signifie pour nous ? Ça signifie que je vais bientôt me louer mon propre appartement. Mon grand, tu vas pouvoir reprendre possession de ton territoire ! Ce n'est pas génial, ça ?
Terrassé par ces mots et tout particulièrement par ce "bientôt", Robin ne sut que dire. Il ne pensa qu'à une chose : lui cacher à tout prix son affolement. Il se concentra sur son écran sans plus rien y voir et marmonna qu'en effet, c'était vraiment génial. Tout à sa joie, Charles Edouard ne prit pas le temps de s'étonner de cette réaction plutôt tiède et poursuivit quelques minutes un monologue heureux sur les détails de la transaction, sur la surface qu'il allait pouvoir louer avec la belle somme qu'il allait désormais percevoir tous les mois. Robin, le cœur lacéré, n'en capta pas plus de trois mots.
— Bon, je vois que tu bosses. Je te laisse tranquille, conclut joyeusement l'autre en lui pressant un bref instant les mains sur les épaules. Je voulais te mettre au courant. Je te laisse, je dois sortir. Je reviens vers dix-neuf heures, je pense. À ce soir.
— À ce soir…, murmura le garçon alors que l'autre dévalait déjà l'escalier.
Il ne fallait pas paniquer. À ce départ inévitable, au retour à la solitude, à la fin d'espérances illusoires à propos d'une possible vie commune, à tout cela, il se résignait depuis des semaines… Peut-être était-ce mieux ainsi. Peut-être Fa avait-elle raison, que l'éloignement de Charles Edouard signerait la fin de sa souffrance quotidienne. Il ne laisserait pas la tristesse s'emparer de lui. Après tout, si les choses n'avaient pas eu lieu, c'est peut-être simplement qu'il devait en être ainsi. Son grand-père lui avait dit, une fois, "Prends les choses comme elles viennent, gamin. Il ne faut pas forcer le destin." Ces paroles lui étaient souvent revenues ces derniers temps. Il se les répéta une fois de plus mais trouva que cela résonnait comme la pire des résignations. Il l'aimait trop pour s'en tenir là. Bien trop. Il fondit en larmes.
Quinze jours plus tard, ses futurs locataires souhaitant emménager avant la fin du mois, Charles Edouard dut s'organiser pour faire place nette avant cette échéance. L'idée de cette épreuve, car c'en était une et pas des moindres, lui pesait tant qu'il décida de tout mettre en œuvre pour l'expédier aussi vite que possible. Les huit pièces n'avaient jamais encore été vidées véritablement de leur contenu depuis la construction du bâtiment sous le Second Empire. Autant dire que stocker dans un endroit sûr, et en un délai aussi bref, la multitude de meubles anciens, de livres et de bibelots précieux qui s'y trouvaient ne fut pas une mince affaire. Une bonne partie retourna dans le manoir familial, dans le Bordelais, sous les quolibets impitoyables de sa mère qui semblait prendre un malin plaisir à retourner le couteau dans la plaie, une autre fut entreposée dans un garde-meuble et une troisième — les petits meubles et objets personnels que Charles Edouard souhaitait conserver pour son emménagement prochain lorsqu'il aurait trouvé une location à son goût— fut mise à l'abris dans la cave de Robin qu'il avait laissée vacante. Le déménagement à proprement parler monopolisa l'énergie de quatre déménageurs, de Charles-Edouard lui-même et de Sido, la future maîtresse de maison, pendant un week-end entier et nécessita la capacité de trois camions de vingt mètres cube. L'affaire fut certes rondement menée mais laissa notre Charles-Edouard sur les genoux.
Le lendemain, lundi, une monumentale corvée de nettoyage restait encore à effectuer. Pour certaines raisons personnelles, il tenait à s'en charger seul. Robin, qui n'avait pu être de la partie les jours précédents pour cause de voyage d'affaire à l'étranger avec Saint-Lyre, viendrait tout de même le rejoindre en fin d'après-midi, dès son retour, pour lui prêter main forte.
Il quitta donc le bureau plus tôt afin d'aller chercher l'aspirateur industriel et la cireuse qu'il avait loués. Malgré de douloureuses courbatures dans les cuisses, résultat d'une bonne trentaine d'allés-retours dans les escaliers la veille, il se lança dans l'action dans le silence de l'immense appartement vide.
Dans un premier temps, perché sur un escabeau, notre aristocrate esseulé remit un à un sur leur tringle respective, les voilages revenus immaculés du pressing, et ce à chacune des dix fenêtres de la demeure. Cette seule tâche l'emmena à la tombée de la nuit et c'est à la lumière électrique qu'il dut s'occuper des sanitaires. Son perfectionnisme — qui ressemblait fort à une rage opiniâtre d'effacer toute trace d'un passé amer — l'obligea à désinfecter les deux salles de bains et la grande cuisine carrelée jusque dans leurs angles les plus inaccessibles. Pas un mouton, pas une tache de gras, pas une toile d'araignée ne lui échappa. Si seulement les regrets avaient pu s'éradiquer aussi aisément… Les reins brisés de s'être plié trop longtemps à récurer et astiquer comme un forcené, il s'accorda un peu de repos en s'allongeant sur le gigantesque canapé d'angle écru, unique meuble que Sido avait souhaité lui racheter. Alors qu'il était là à combattre les idées noires et les souvenirs liés à l'endroit, Robin appela pour lui dire qu'il était sur le chemin, muni de boissons fraîches et d'une pizza. Entendre la voix du garçon lui réchauffa le cœur. Encore une fois, il serait présent à un moment critique de sa vie, encore une fois il serait là quand il le fallait, quand il commençait à entendre résonner dans le silence de ces hauts murs le rire des enfants dont il avait rêvés. Il faudrait qu'il lui dise à quel point son écoute et sa gentillesse lui avaient été d'un soutien providentiel depuis sa rupture. Rasséréné par la nouvelle de sa venue imminente, il se releva, essuya un léger vertige, puis se remit au travail. Il s'empara du monumental aspirateur, véritable machine de guerre assourdissante, et fit toute la surface de la pièce. En sueur jusqu'aux yeux, il n'eut pas plutôt coupé l'infernal engin que la sonnette retentit. Il jura : il avait oublié de laisser la porte ouverte pour Robin.
La pizza en équilibre sur le plat de la main droite, un sac lourd de deux bouteilles de soda dans la gauche, notre jeune artiste marqua un léger temps d'arrêt avant d'entrer comme on l'y invitait. En bas de jogging gris et débardeur blanc auréolé de sueur sur le torse, pieds nus, pâle, les traits tirés et le cheveu hirsute, son Charles habituellement si élégant, toujours parfumé et tiré à quatre épingles, semblait quelqu'un d'autre. Quelqu'un d'un peu sauvage, d'un peu perdu, quelqu'un de vulnérable… Sans son excellente présentation et son sourire affable, il semblait tellement humain et accessible, tout à coup. Robin sut, à l'instant où il le vit, qu'il ne parviendrait pas à conserver la distance habituelle avec lui. Il posa en entrant son fardeau à-même le parquet. Ils échangèrent quelques banalités. Il lui parla un peu de son voyage et Charles Edouard lui conta les péripéties les plus désopilantes de l'interminable week-end qui avait vu se dérouler le déménagement.
— Voilà le tombeau de l'avenir radieux auquel je m'étais préparé, conclue-t-il en montrant, mains ouvertes, les murs nus autour de lui. Une heure de plus seul ici et je devenais dingue !
— Il était temps que j'arrive, alors.
— Oui, mon petit Robin, il était temps, reconnut l'autre sans plus trouver nulle part en lui la force de sourire.
L'écho un peu sépulcral avec laquelle leur voix résonnait dans le vide de la vaste pièce n'aidait pas à rendre l'instant plus jovial. L'ancien résidant des lieux se tenait là, les bras ballants, le regard agrandit d'inquiétude, comme égaré. Robin s'approcha de lui et, sous couvert de cette spontanéité faussement enfantine à laquelle il était parvenu à l'accoutumé peu à peu, il le serra dans ses bras. L'âme plus que jamais désireuse de doux apprivoisements, Charles Edouard accueillit le geste comme un cadeau.
— Je commence seulement à réaliser que tous mes beaux rêves se terminent ici. C'est fini. Bien fini, dit-il, la voix étouffée par l'étreinte.
Robin tarda exprès à lui répondre pour profiter du contact de son corps quelques fragiles secondes supplémentaires. Il ne trouverait pas la paix tant qu'il n'aurait pu se donner à lui, c'était une certitude absolue.
— Dis-toi que c'est une page qui se tourne, que la suivante sera plus belle.
Charles Edouard, sans se dégager complètement de ses bras, le regarda en face.
— Une page qui pèse six années et tant d'espoirs, c'est un peu lourd à tourner comme ça.
— Je t'y aiderai.
— Tu m'y aides déjà beaucoup.
Robin, dans sa tête, le suppliait de l'embrasser. Sans doute cela se voyait-il… Leurs visages étaient si proches. Il présentait la texture de sa bouche et défaillait du désir d'aller en vérifier la douceur. Il eut le temps de distinguer un léger trouble ombrer les prunelles de Charles Edouard, juste avant que celui-ci ne se détache de lui promptement en lui déposant une bise chaste sur le front. Il lui ébouriffa ensuite les cheveux comme on efface un mirage. Une fois de plus, il le traitait comme un gamin. Le basculement avait bien été frôlé pourtant, et cela signifiait que ce n'était pas chose impossible.
— Je ne sais pas toi, mais moi je crève de faim, dit-il en allant s'asseoir par terre, près de la pizza dont il ouvrit la boîte.
Il en dévora les trois quart avec appétit quand Robin, au contraire, ne grignota qu'une petite part ridicule. Il expliqua qu'il avait mangé dans l'avion alors qu'en vérité, il avait tout simplement l'estomac noué.
Il passèrent les trois heures suivantes à aspirer et cirer, mètre carré après mètre carré, l'interminable surface de parquet. Vers deux heures du matin, Charles Edouard, au bord de l'épuisement physique, réclama une pause alors qu'il ne leur restait plus que la chambre nord à faire. Ils allèrent s'écrouler sur le canapé rescapé, se jetèrent sur ce qui restait des boissons gazeuses et restèrent là, immobiles et silencieux à récupérer leur énergie. Robin s'était assis en premier et nota que Charles Edouard avait choisi de se placer très près de lui. Il en profita pour lui poser la tête sur l'épaule.
— Je suis vanné.
— Moi aussi. Et toi tu as le décalage horaire, en plus.
— Oui.
Ils eurent un même frisson à sentir le froid ambiant les envelopper au fur et à mesure qu'ils se détendaient.
— Je n'avais pas réalisé que ça caillait autant, dit Robin en se serrant un peu plus contre lui.
— Le chauffage est au minimum.
— Je m'endormirais, là, ajouta le garçon avec un air bienheureux.
— Moi aussi, dit l'autre, laissant à son tour peser sa joue contre le crâne de son jeune ami.
L'instant était si doux, malgré la fatigue, que Robin n'osa plus bouger ni rien dire. On n'entendait que les bruits de la ville endormie, lointains et rares, derrière les doubles vitrages.
— Tu dors ? Demanda Charles Edouard, au bout d'un moment.
— Non.
— Il va falloir qu'on s'y remette. Si tu veux dormir dans la voiture, le temps que je termine… Pour ce qui reste, je peux le faire seul.
— Pas question. Laisse-moi seulement encore une petite minute.
Il ferma les yeux, envoûté par la vision d'une vie de couple rêvée où il aurait ainsi pu profiter de cette épaule à toute occasion, sans crainte qu'elle ne se dérobe jamais. Il s'en fallait de si peu que l'amitié devienne amour. C'était si aisé à imaginer.
— Robin ?
— Oui ?
— Il se passe quelque chose entre nous, n'est-ce pas ?
La question réveilla Robin aussi sûrement que l'aurait fait l'explosion d'un feu d'artifices à deux pas. Il n'espérait plus vraiment cela de la part de Charles Edouard et se sentit pris de cours. S'il ne put en faire autant de l'emballement de son rythme cardiaque, il parvint à réprimer une bouffée de panique et, la tête toujours bien calée contre l'épaule amie, s'accorda quelques secondes de réflexion. Il s'agissait maintenant de bien choisir ses mots, d'être aussi sincère que possible sans l'effrayer.
— Tu te souviens du soir où on a bu du champagne dans mon ancienne chambre de bonne ?
— Bien sûr.
— On s'est tout les deux endormis à moitié bourrés.
— En effet. Plus qu'à moitié, même…
— Le matin, j'ai préparé le café, j'ai été chercher des croissants pendant que toi tu dormais encore.
Il fallait maintenant qu'il le voit, qu'il déchiffre sur ses traits tout indice éventuel. Il se redressa avec une sensation de grande faiblesse et prit suffisamment de recul pour le regarder bien en face.
— Avant de te réveiller, je t'ai regardé dormir. J'ai découvert ton autre visage et j'ai eu envie de t'embrasser.
C'était un duel de regards qui les occupait à cet instant précis, un regard chargé de questionnements pour le plus vieux et de lourdes attentes pour le cadet.
— Depuis, cette envie ne m'a pas quitté.
— Mon autre visage ?
— Oui, ce visage que tu as en ce moment même et que tu as souvent… Quand tu ne prépares pas un rendez-vous important, que tu ne portes pas ton beau costume, que tu ne fais pas semblant de tout maîtriser.
— Pourquoi tu ne me dis les choses que maintenant ?
— Parce que tu me poses la question… Et puisque tu me poses la question je me dis que tu es prêt à entendre… (Il soupira). Et encore, même te les dire maintenant, j'imagine que c'est encore trop tôt. Non ?
Robin avait l'air à la fois si fatigué et si résigné. Sa tristesse venait donc de là ? Charles Edouard déglutit. Il n'était pas en état d'analyser sa logique bizarre, ni de savoir si c'était trop tôt, trop tard ou même déplacé. Ne sachant que dire, il jugea qu'un baiser serait la réponse la plus adéquate. Il n'aurait su déterminer si c'était chez lui de la curiosité, de la reconnaissance, ou simplement l'envie de lui faire plaisir, mais il n'éprouva pas le moindre doute quant au bien fondé de ce geste. Le garçon goûta le contact fugace passivement, sans oser y croire vraiment, sans chercher à le retenir ni à lui réclamer plus, se préparant à tout possible revirement.
— Et selon toi, il y a quelque chose entre nous ? L'interrogea-t-il à son tour.
Charles Edouard opina de la tête imperceptiblement, un peu comme un petit enfant qui consent à reconnaître une bêtise, et lui reprit la bouche. Cette fois, il fit son baiser assez insistant pour que Robin soit forcé d'y répondre.


















































