Le blog de l'Errance

La vie m'étonne chaque jour : le pouvoir des mots, la beauté de l'amour et du corps dans l'intimité et la magie de l'anodin quotidien… J'aime être en vie et vous le dis.

10 mai 2008

Un vieux rêve

La seule grande peinture à l'huile que j'ai jamais faite (1,30 x 1,60 m). C'était en 1997, aux Arts déco… J'espère que je pourrai m'y remettre un jour. Je sens que c'est quelque chose qui me manque, peindre… Un jour peut-être.

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08 mai 2008

Encore le bleu du ciel

Lire ces mots me prive quasiment de l'envie d'écrire...

"Je le lis tous les jours, même quand il n’écrit pas. Jadis, je me suis inquiété de le savoir triste, à la recherche de celui qui tardait. Puis vint leur tour, lit de roses. Hier, j’ai marché sous les voûtes, admirant son travail, ces visages dont il a le secret, comme s’il savait - lui - où vont les doutes. J’ai risqué quelques phrases, pas longtemps, son monastère entre nous. Son visage est d’un doux qu’on prête aux écorchés ; ses yeux sont d’un bleu malicieux qui le prémunit des ténèbres ; sa voix refait chaque jour sa vie pourvu qu’il y ait quelqu’un. Je suis rentré chez moi avec du beau sur les heures. Ces mots sont pour lui, puisque je ne peins pas."

Le bleu du ciel

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03 mai 2008

Grosse fatigue...

Heureusement qu'il n'y a pas que l'endettement, la menace d'expulsion de l'huissier et les amours qui se délitent…
Il y a aussi l'ineffable beauté des garçons, la convivialité et l'amitié retrouvée…

Puis toutes ces petites choses du présent auxquelles on se raccroche pour mettre du baume au cœur.

tabpicnic
mugciel

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19 avril 2008

5 secondes d'avril

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feu04
lum04
lila04
fleur04

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12 avril 2008

Rie Fu

Elle n'a que 23 ans et une bien jolie voix. A découvrir.
Son site >ICI<

Cliquez sur l'image pour écouter "Life is like a boat"
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Et la chanson "Decay"
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08 avril 2008

Mais enfin!

C'est quoi ce printemps qui refuse de démarrer???
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01 avril 2008

Instantané 24 - Chez Anna

Isolé près du bar luxueux, j'observe les gens autour de moi et le lieu, un loft immense architecturé comme dans les publicités. Yan et Alex discutent ensemble. Nous ne sommes pas là depuis dix minutes qu'on dirait qu'ils se connaissent déjà depuis des lustres. Drôle d'impression… En même temps, ils sont musiciens tous les deux, ils sont du même monde et je ne devrais pas m'étonner de leur entente spontanée plus que ça. Je me rends compte avec une sorte d'effroi que j'ai déjà couché avec près de la moitiés des mecs présents dans mon champs de vision. Souvenirs, souvenirs… Il y a Julien qui m'a vu de loin et que je n'ai pas encore été saluer, Eric, évidemment puisqu'il est le jeune frère d'Anna, Alex donc. Ce fou de Jack est aussi de la partie, égal à lui-même, toujours à parader, les cheveux trop décolorés, la peau trop bronzée, les dents trop blanches. Il m'embrasse dans le cou sans manière et me présente la sublime créature métisse et le jeune gigolo à l'air blasé qui l'accompagnent.
— Alors, cow-boy! On me dit que tu es comme un moine, now? Moi, regarde, je m'éclate toujours et encore plus depuis que je connais Jessica et Kévin. C'est encore mieux à trois, la vie, you know? Me dit-il avec son accent anglais et son éternel sourire.
La soirée commence à peine et il a déjà trop bu. C'est bête, mais je suis content de revoir le compagnon de fête qui m'a entraîné dans un nombre incalculable de folles nuits et accessoirement dans mes expériences les plus limites.
— Tu nous manques à tous, tu sais? Quand reviens-tu faire la fête avec nous? Me demande-t-il.
— Peut-être plus tôt que tu ne crois, mais je serai accompagné.
— Oh, yes, je sais déjà.On m'a dit que tu es in love avec le beau gosse, là-bas. C'est vrai, alors? Toi aussi tu es piégé par le mythe?
— Le mythe?
— Oui, le mythe, l'amour, I mean! Je ne pensais pas que toi tu croirais en ce mensonge un jour.
— Tu as une drôle de manière de me dire que tu es jaloux, lui dis-je en riant.
Quelqu'un le hèle. Il se détourne non sans m'avoir fait son clin d'œil légendaire.
— A plus tard cow-boy. Je te surveille, tu sais!
Je cherche des yeux d'autre visages connus quand soudain des mains sorties de nulle part viennent me cacher les yeux en même temps qu'un parfum familier m'envahit. J'en lâche presque mon verre.
— Saluuuuuut, mon grand loup!
— Anna!
On se sourit, on s'étreint. Cela fait si longtemps.
— Alors, comment vas-tu? Ça va mieux, toi?
— Oui, la preuve, je suis là ce soir. Je te remercie pour tes mails. Ça m'a fait chaud au cœur.
— Ça compte ce genre de chose pendant les sales périodes.
Elle me considère attentivement.
— Tu as maigri.
— Un peu…
Elle me caresse la joue, ses admirables yeux noirs brillants de vitalité tout près des miens.
— Ça ne t'empêche pas d'être toujours aussi beau, mon salaud.
— Tu es superbe aussi, ma douce.
L'hommage la touche car elle me sait sincère.
— Tu sais, je repense souvent à nous deux et souvent je me dis que je regrette de ne pas avoir réussi à te convertir.
— Tu y as quand même réussi pendant six mois.
— Notre histoire m'a beaucoup marquée, tu sais?
— Moi aussi.
Elle chasse l'émotion qui a failli prendre le dessus sur sa jovialité un instant et reprend son air enjoué.
— Je vois que tu n'as pas perdu la main pour repérer le plus beau mâle au milieu d'une foule, fait-elle en suivant mon regard.
— Oui, Alex est toujours aussi magnifique.
— Mais non, voyons, je ne te parle pas d'Alex. Je te parle du sublime garçon à qui il parle.
— Ah…
Elle prend son air de conspiratrice et se rapproche de mon oreille.
— J'ai invité tellement de monde que je ne sais même pas qui c'est, mais à mon avis laisse tomber, il est hétéro. Je l'ai vu arriver avec une charmante demoiselle tout de noir vêtue et ils ont l'air plus qu'intime si tu vois ce que je veux dire. En plus, il m'a l'air un peu jeune pour toi, non?
Elle prend subitement une expression grave.
— Tu sais que je viens de fêter mes quarante ans? C'est terrible, terrible, fait-elle comme s'il s'agissait d'une catastrophe mondiale.
— Et moi mes quarante trois, ma chère.
— Nom d'un chien! Dire que ça fait plus de dix ans, nous deux. C'est dingue.
— Et oui.
— Bon, viens. Allons faire connaissance avec ce jeune homme. C'est bizarre, sa tête me dit quelque chose. Il est peu-être modèle. C'est sans doute l'un des amis VIP de Jack, encore. Ah, je sais! Je me demande si je ne l'ai pas vu poser dans le dernier Vogue.
Je la freine dans son élan en riant.
— Laisse-le donc tranquille. Dis-moi plutôt comment tu vas, où tu en es. Tu ne m'avais pas menti. Ton nouveau mec a l'air d'être plein aux as.
Elle regarde autour d'elle comme si elle découvrait l'endroit pour la première fois.
— Oui, tu as vu ça. Tout est à Francis. C'est bien la première fois de ma vie que je tombe amoureuse d'un homme riche. C'est un peu dur à gérer parfois. J'ai tellement l'habitude de galérer. Enfin, je ne vais pas me plaindre! Je regrette qu'il ne soit pas là ce soir, il a dû partir à Singapour en urgence. Et ne me demande pas ce qu'il fait. Tout ce que je peux te dire c'est qu'il est dans la haute finance. Il a déjà essayé de m'expliquer, il n'y a rien à faire, j'y comprends goutte. Il est adorable, tu sais. Il s'extasie sur tout ce que je fais. Il va nous aider à trouver une galerie digne de ce nom pour qu'on expose notre travail à Alex et moi. Je te montrerai, on n'est pas mécontents du fruit de nos efforts.
— Tu parles de photo, là?
— Oui. Je t'en dirai plus tout à l'heure. Allez, viens, on va embêter le beau gosse. Je veux savoir qui c'est.
— Je sais qui c'est, moi.
— Ha bon?
— C'est Yan.
— Yan? Ton Yan dont tu me parlais dans tes mails?
J'acquiesce. Prise au dépourvu, elle marque un temps d'arrêt en le déshabillant du regard.
— Et tu me laisses déblatérer comme une vieille folle depuis tout à l'heure? Tu aurais pu me le dire tout de suite, fait-elle faussement outrée en m'infligeant une petite tape comique sur le bras.
Sans transition, elle reprend le visage le plus sérieux.
— Tu n'as pas menti. Il est sublime. Tu me présentes? Il sait pour nous?
— Il sait tout sur nous, sur toi, sur tous les gens que je connais dans cette pièce.
— Je vois, vous ne vous cachez rien.
— Ce n'est pas ça. J'ai besoin qu'il sache vraiment qui j'ai été avant lui.
Elle sourit.
— Donc, c'est vrai, tu es vraiment amoureux comme le sont les gens amoureux? C'est bien vrai de vrai?
— Et oui!
— J'aurais voulu que ça soit moi qui t'inspire ça.
— Ça a été moins une.
— C'est ça. Moque toi.
— Mais, je ne me moque pas! Tu as été la seule nana à me détourner des mecs aussi longtemps. Crois-moi, c'est que j'étais bien accro à toi.
— Redis-moi ça encore, fait-elle, enjôleuse.
— Allez, viens donc, dis-je en la prenant pas la taille. Ah, et pendant que j'y pense, si tu veux être copine avec lui, deux règles à respecter scrupuleusement : ne lui dis pas que tu le trouves beau, ne lui fait même pas comprendre, et ne lui parle pas de son âge.
— Quel âge, au fait?
— À ton avis?
— Je dirais… Je ne sais pas, dix-huit, dix-neuf… Vingt grand maximum.
— Bon, et bien on va dire que c'est ça.
— Yvan, dis-moi son âge, enfin, s'indigne-t-elle.
Je soupire et me résigne.
— Dix-sept.
Je ne lui laisse pas le temps de réagir, je l'entraîne vers les deux garçons d'un bras ferme.

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31 mars 2008

Parenthèse

Je poste moins en ce moment pour cause de boulot et accumulation de fatigue et stress (soucis financiers…) mais j'avoue Google exagère! Ils ont osé glisser des pubs dans les commentaires de mon dernier post. J'en reviens pas!! Ils font ça dans les blog à l'abandon d'habitude!

Donc, en attendant le prochain instantané du Dégel qui voit notre Yvan renouer avec une vie sociale et qui est presque prêt (je devrais vous le mettre en ligne demain ou mardi), je vous offre une image.

J'ai  pensé à ceci histoire d'évoquer le printemps…

magnoliaBD

Ou à ma minette car je sais que pas mal d'entre vous aime les chats…

kitty08

Puis j'ai opté pour celle-ci finalement…

cou12

Je ne sais pas vous, mais moi, ça me parle plus :)

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18 mars 2008

D'où vient Yan?

Je ne devrais peut-être pas dévoiler la genèse de ce personnage au risque qu'il perde quelque mystère mais après tout, il y a peu à parier que cela entamera quoi que ce soit de son charme…

La première fois que j'ai pensé à lui j'avais 23 ans, donc ça fait un bail. Le moment du baiser, la scène du ruisseau (un joli coin), m'est venue comme ça. L'idée d'Yvan à cet instant T était déjà nette, un quadra désabusé dans une mauvaise période de sa vie qui est là, au soleil, près de cet ado qui lui tourne autour, séduisant et intouchable. Il est là, dans ce coin de paradis, à tenter le diable en s'isolant avec lui. Il y avait déjà les éléments de base de cette scène : le contexte des vacances d'été, une atmosphère sensuelle, le danger de céder à la tentation, la grande différence d'âge, la filiation de Yan (fils du meilleur ami, etc., vous connaissez l'histoire ^^)… tout ça.
Je visualisais clairement le mec usé qui résiste puis craque, qui se penche sur le visage de ce jeune ingénu qui n'attend que ça. Il y avait donc ce baiser, ce geste décisif, où le plus jeune triomphe et où le plus vieux sait qu'il vient de transgresser certains principes de sa vie comme principalement celui de ne jamais se laisser aller à ressentir une émotion profonde et véritable.

Bref, d'où vient donc notre jeune Yan si parfait, si généreux et même idéalisé diront certains? Et bien voilà, je crois qu'il vient de mes propres seize ans que je n'ai pas vécu comme j'aurais dû. J'étais très réservée. Observatrice dans l'âme, je n'agissais que peu. Le fait d'être en vie me laissait dans l'expectative et l'inquiétude. La vie m'étonnait trop pour que je pense à la vivre en fait. Je n'avais rien d'une insouciante, hélas! Et Yan est l'ado que j'aurais aimé être : audacieux, expérimentateur, doué pour la vie. Moi je n'étais douée que pour le dessin...

Les gens qui ont la chance de commencer dans la vie avec autant d'atouts, comme ceux que j'ai décidé de prêter à mon Yan, son rares, je ne l'ignore pas. Famille unie, vivacité d'esprit, beauté, curiosité, précocité, oui, je sais ça fait beaucoup pour un seul homme mais c'est comme ça. J'ai beau savoir que les romans préfèrent les âmes torturées et les parcours accidentés c'est ainsi, j'avais besoin de revivre mon adolescence autrement grâce à ce personnage. Même si ce n'est qu'illusion, il me fait du bien ce petit Yan. Et puis après tout, il n'est jamais trop tard pour revivre les choses grâce au pouvoir de l'imagination.

J'avais aussi besoin de voir évoluer un être plein de grâce et de talent comme il arrive rarement d'en rencontrer, de le confronter à toutes ces choses qui freine l'élan vital, à travers le personnage d'Yvan, la peur, la lâcheté, la superficialité, etc. Mais là j'amorce une autre sujet dont je pourrais parler de heures...

Depuis quelque temps, j'écoute avec plaisir le sympathique album de Paolo Nutini. Je l'avais découvert grâce à notre douce Zazie nationale qui a fait un duo avec lui dans son dernier album à elle et j'avais apprécier dès le début sa belle voix grave et éraillée chargée de blues mais je ne m'étais pas encore véritablement intéressée à l'artiste lui-même. Puis, j'apprends récemment que ce chanteur n'a que 19 ans!  Ca ne cadre pas du tout avec sa voix, cet âge là. Je me renseigne donc sur lui et, petite émotion, il ressemble pas mal à l'idée que j'ai de Yan sur scène, en plus sage. Mon Yan n'est donc pas si invraisemblable! C'est de cette grâce là dont je parle : avoir déjà tant à donner alors que les années d'expériences n'ont pas encore été accumulées. La vérité c'est que je suis terriblement jalouse de Paolo et de Yan :))

En un mot comme en cent, Yan vient de mes regrets...


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09 mars 2008

Une idée qui me trotte…

Voilà, je réfléchis à un truc depuis quelques temps. Vous allez me dire si ça vous semble déplacé ou plutôt intéressant…

Voilà, est-ce que potentiellement ça intéresserait certaines et certains d'entre vous que je propose à la vente certains dessins visibles ici dans la section 'Images" d'une part, ou, le cas échéant, que je prenne commande de vos demandes précises?

Deux choses me motivent : un, les temps sont durs et j'aimerais gagner des sous autrement qu'en bossant comme une idiote pour des gens dont je me fous, au fond, soyons honnête, et deux, je voudrais dessiner plus (vous me connaissez maintenant, flemmarde comme je suis, si je suis pas obligée, je fais que dalle…).

Prix, transaction, envoi, je n'ai pas encore d'idées précises sur ces détails. Je crois que ce sera plutôt du cas par cas selon les moyens de chacun plutôt que des conditions générales… Je ne sais pas…

Si l'idée vous séduit, contactez-moi par mail.

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08 mars 2008

Instantané 23 - Déballage (partie 2)

Je ne sais pas très bien par quoi commencer. Il y a tant à dire, tant à dire de lui, de nous, de ce qui a changé en moi depuis notre rencontre…
— Je ne peux pas vous parler de moi, de mon état actuel, sans vous parler de lui, de nous, de notre histoire. Je ne sais plus si je vous l'ai déjà dit… Yan est le fils de mon meilleur et plus ancien ami. Je le connais donc depuis sa naissance, pour ainsi dire… Jusqu'ici, vous voyez, il n'était rien d'autre que le petit de Jean-Louis, un môme, quoi. Mais l'été dernier, peu de temps après l'enterrement de mon frère, j'a passé deux semaines avec eux tous à la campagne : Jean-Louis, sa femme Solange et leurs deux enfants, Yan, seize ans, et la petite Cloé, 4 ans. Je n'avais pas revu Yan depuis plus de deux ans et, mon Dieu, il avait tellement changé… Il n'avait plus rien d'un enfant. J'ai vu devant moi, tout à coup, un magnifique jeune homme, gentil, attentif aux autres… solaire… Evidemment, il était inenvisageable qu'il se passe quoi que ce soit entre nous, vous pensez bien! Pourtant, j'y ai pensé dès que je l'ai vu. Il s'est passé un truc dès qu'on s'est regardés. Ca fait tellement cliché de dire ça! Pourtant c'est vrai. On a eu envie l'un de l'autre dès qu'on s'est vus. Pendant presque tout le séjour j'ai résisté à ses signaux. Il n'était pas question que je cède à la tentation sous le toit de mon meilleur ami, avec le fils de mon meilleur ami. Mais Yan sait ce qu'il veut. Il est entêté comme personne. Il me voulait et il m'a eu. La veille de mon départ… Puis il m'a parlé de ses sentiments pour moi… Et, comment vous dire? J'ai compris ce qu'il me disait. C'est bête à dire, mais chaque mot qu'il m'a dit m'ont atteint. Auparavant, toutes les fois où l'on me parlait d'amour, je rejetais tout ça. Ca ne m'intéressais pas ou ça me faisait peur. Je ne sais pas, ça me rebutait à tout point de vue. Là non. Il m'a touché comme personne ne m'avait jamais touché. Ca a été un séisme.
Je me remémore notre première fois au bord du ruisseau. Je me souviens de tout, de la teneur de chaque minute, de la lumière, de la brillance de ses yeux, de l'odeur du soleil sur sa peau, du bruit de l'eau près de nous et de ses soupirs de plaisir… Je me souviens de tout, de chaque infime détail.
— Je crois que je n'ai jamais eu plus peur de toute ma vie. C'était la première fois que je ressentais quelque chose d'aussi fort. Il a réveillé quelque chose en moi… Quelque chose dont aujourd'hui encore j'ignore l'ampleur. Vous voyez, il m'a parlé d'amour et j'y ai cru. Parce que c'était lui. Et peut-être aussi parce que je n'en avais jamais eu besoin autant qu'à ce moment de ma vie où j'étais si vulnérable. J'y ai cru. C'est quand nous avons fait l'amour, j'ai su que quelque chose en moi était radicalement changé. Je me reconnaissais à peine dans ma manière de… C'était incroyable. J'ai eu des attentions, des gestes que jamais je n'avais eu l'inspiration d'accorder à qui que ce soit avant lui… Il m'a bousculé dans ce que je croyais être. Tout en lui m'a tiré vers le haut dès le départ.
— Expliquez-moi pourquoi cela vous a fait si peur.
— Parce qu'il m'a désarmé! Je m'étais toujours protégé de tout, et des sentiments en premier, et là j'ai senti que c'était inutile. Et je vous dis ça aujourd'hui comme si c'était limpide mais, croyez-moi, sur le moment je n'ai rien compris à ce qui m'arrivait. Je n'aurais pas su dire, sur le moment, si c'était une catastrophe ou au contraire un miracle… A vrai dire, à l'époque, je penchais plus pour la première option. Mais il est des choses contre lesquelles on ne lutte pas. Vous imaginez : un mec débauché et moralement usé de quarante-deux ans et un gamin sincère de seize ans! Vous voyez un peu le tableau! C'était voué à l'impossible. Une folie! Pourtant j'y ai foncé tête baissée.  La joie d'être avec lui à remplacé ma peur et mes doutes à une vitesse inimaginable. Je n'ai jamais été quelqu'un de très raisonnable mais tout de même… Pendant des mois on s'est vus en cachette.
Je revisualise des instants. Je revois son visage radieux lorsqu'après de longs jours l'un sans l'autre je lui ouvrais la porte, qu'on se déshabillait, que nous savions s'avance le plaisir lumineux qui nous attendait. Je souris. Elle note d'une écriture fine et illisible quelques mots.
— Comment décririez-vous ce qui a pu changer en vous à cette période?
— Je vous dis, ça a été un véritable séisme. Tout a changé. Ma manière de vivre, mes envies, ma manière de penser et de me penser. J'ai compris ce que signifiait "être heureux", tout simplement. Je planais, j'était grisé… Et sans rien prendre d'illicite, pour une fois… J'étais amoureux pour la première fois.
— Il est étonnant de voir comme votre visage a changé depuis que vous me parlez de votre compagnon.
— Si vous le connaissiez, vous comprendriez pourquoi je souris. Je ne suis pas une seconde à la hauteur de ce qu'il me donne. Pas une seconde… Vous savez, il m'a mis en face de ce que j'étais vraiment : un pauvre mec, un paumé desséché du cœur qui est passé à côté de tout ce qui était important. Il l'a fait sans le vouloir, sans même en avoir conscience. Depuis le début il voit en moi ce que j'aurais pu être, celui que j'aurais pu devenir si je n'avais pas pris un chemin aussi foireux… Lorsque quelqu'un vous renvoie une telle image de vous-même, si belle, si flatteuse, vous n'avez pas d'autre choix que de tenter de vous y conformer. Vous voulez devenir cette image, cet être digne d'amour. Il me comprend comme je n'arrive pas à me comprendre, il m'accepte et m'aime comme je n'arrive pas à le faire. Il me déculpabilise. Mais vous savez, je ne me fais pas d'illusions. Je sais que je le perdrai un jour. C'est cette perspective qui aujourd'hui me rend si souvent malade d'angoisse et qui pèse tant dans notre relation.
— Et qu'est-ce qui vous fait penser que vous le perdrez?
— Le bon sens.

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01 mars 2008

Instantané 23 - Déballage (partie 1)

— Comprenez-vous pourquoi vous avez voulu mourir?
Je remarque l'immobilité parfaite de ses belles mains fines aux ongles pâles parfaitement manucurés. Son regard d'un bleu pur des plus troublants que j'ai grand plaisir à retrouver m'invite avec bonté. Avec de tels yeux elle aurait pu être hypnotiseuse. Elle ne doit pas être tellement plus âgée que moi et pourtant tant de sagesse et de calme émanent d'elle. Je me demande ce qu'elle va noter sur le calepin de feuilles blanches qu'elle à posé en équilibre sur ses genoux croisés.
— Oui. Je crois.
Je marque un temps d'arrêt pour trouver les mots les plus justes.
— Je n'avais plus ni la force de fuir ni la force de me supporter. J'étais convaincu d'être inutile… Je me sentais seul… J'avais envie de repos… Que tout s'arrête. Je ne sais pas… J'étais si fatigué de moi-même que je n'aurais pas pu jouer le jeu un jour de plus.
— Jouer le jeu?
— Oui, vous savez, tenir mon rôle, jouer la comédie de la vie, de la bonne humeur, de la santé et de l'équilibre.
— Vous auriez pu décider de vous montrer tel que vous étiez, c'est-à-dire déprimé et fatigué, et chercher de l'aide.
— C'est vrai, oui. Peut-être que j'étais trop fier pour cela. Peut-être que je n'avais plus assez d'espoir…
— Et aujourd'hui, comment vous sentez-vous? Comment décririez-vous votre état moral actuel?
— Je dirais que je me sens encore fragile, un peu sur le fil, vous voyez – je me supporte toujours aussi mal, je me sens encore souvent très seul – mais je n'ai plus envie de mourir… Et j'ai cessé de fuir définitivement. De me fuir.
J'attends une autre question mais elle se tait. Je suis là pour tout déballer sans restriction, sans autocensure, pour me vider de moi-même et de tout ce qui me pourrit de l'intérieur. Pourquoi, alors, les mots me viennent-ils si difficilement alors que j'en ai tant et tant à prononcer? Patiemment elle me laisse prendre mes marques, me laisse apprivoiser ma gène.
— Si vous saviez qui je suis, si vous connaissiez ma vie, vous comprendriez pourquoi j'ai une si mauvaise opinion de moi. Je sais que je ne suis pas quelqu'un de bien. Je me suis comporté comme un vrai connard — excusez-moi, mais je n'ai pas de mot plus juste — avec tous les gens qui ont croisé ma route. J'ai haï mes parents dès l'enfance (pour de bonnes raisons, je pense, j'y reviendrai) et jusqu'à récemment je n'ai jamais laisser une seule chance à une histoire d'amour de se développer dans ma vie. Je me suis comporté… Comment dire? Sans dignité… Je n'ai eu aucun scrupule à faire souffrir des gens qui avaient peut-être des choses précieuses à m'offrir… Je n'ai jamais su échanger autre chose que du sexe… Si je devais rentrer dans les détails il se pourrait que je vous choque…
— Ne vous souciez pas de cela. Je ne suis pas là pour vous juger. Je suis ici avec vous pour entendre ce que vous avez besoin de dire. Et si cela peut vous rassurer, depuis le temps que j'exerce, dites-vous que j'ai déjà à peu près tout entendu.
— Je ne suis pas quelqu'un de courageux et j'ai toujours été vers la facilité. Comme j'ai toujours su séduire avec facilité, je n'ai fait que ça. Je ne fais que ça depuis l'adolescence. Je ne peux pas vous parler de moi sans vous parler de ma sexualité.
— Allez-y, n'ayez pas peur, me rassure-telle, me voyant hésiter.
— Le plaisir sexuel, la consommation d'amants, de centaines d'amants, a toujours été ma seule raison de vivre, mon addiction, comme l'héroïne à un toxicomane. Le sexe est le seul domaine où j'ai jamais excellé, le seul aspect de la vie dans lequel je me suis senti à l'aise. C'est la seule manière que j'ai trouvée pour tromper mon ennui… et ma peur.
— De quelle peur parlez-vous?
— La peur d'être en vie, d'avoir à construire quelque chose, la peur de ne pas être capable d'en faire quelque chose de beau… Croyez-moi, j'ai vécu des moments véritablement magiques tout au long de ces années de débauche, mais il me manquait toujours quelque chose. L'essentiel n'était jamais là. Il y a avait la beauté, le plaisir, le rire, la folie, mais moi je ne pensais qu'à prendre et jamais à donner.
Bizarrement, une bouffée de larmes me prend à la gorge à cet aveux fumeux et incroyablement mal exprimé qui vient de sortir de moi sans même que je l'ai prémédité. Cette montée lacrymale me coupe la parole.
— Excusez-moi.
— Ne vous retenez pas, Yvan. Les larmes n'existent pas pour rien. Elles sont un exutoire bénéfique.
Elle a toujours cette expression de sérénité imperturbable. Rien de ce que je vient de dire, pas un mot, ne semble l'avoir étonnée ou même remuée. Elle accueille chaque phrase le sourire au fond des yeux. Je laisse donc les larmes couler comme elles veulent, reconnaissant.
— Je ne vais pas rentrer dans les détails de cette période de ma vie qui vient de s'achever. Tout ce que je peux vous en dire, en fin de compte, c'est que plus je croyais vivre la vie à fond, plus je m'éloignais de moi-même. J'ai fait fausse route. Je l'ai réalisé il y a un an, lorsque mon jeune frère est mort du cancer. Je l'ai vu s'éteindre peu à peu. Lui c'était quelqu'un de bien. Sa jeune femme attendait un enfant.
Ma voix s'étrangle de plus belle. Je me tais le temps de me reprendre. Je n'ai plus honte. Je commence à me laisser aller, à me sentir en confiance. Je pleure devant elle, et alors? La terre ne s'arrête pas de tourner pour autant.
— Il ne méritait pas de mourir, vous comprenez. Alors que moi… Moi… J'ai joué avec le feu tant et tant de fois. J'aurais pu être contaminé par le VIH des dizaines de fois. J'ai eu une chance invraisemblable.
Soudain me reviennent en mémoire les paroles de cette infirmière qui m'a vu revenir du coma.
— Une infirmière à l'hôpital m'avait dit que la mort ne voulait pas de moi. Je me dis que c'est sûrement ça. Je ne suis pas superstitieux pour un sous, mais c'est vrai pourtant… Avec le recul, je me dis qu'inconsciemment j'avais sûrement déjà envie de mourir lorsque j'avais ces comportements à risque.
J'ai comme un vertige, une absence. Des images de souvenirs plus sulfureux les uns que les autres défilent en moi. Ce que je trouvais excitant et beau auparavant me semble aujourd'hui répugnant. D'une certaine manière, je me rends compte que je me renie et que c'est sans doute cela même qui constitue mon plus gros problème actuel.
— Quelque chose à basculé depuis ce décès…dans ma tête, dans mon rapport avec les autres. Je me suis vu enfin tel que j'étais et c'est pour ça aussi que j'ai voulu mourir. Je n'ai pas supporté de voir tomber mon masque.
Il faut que je lui parle de Yan, maintenant. Vite. Je veux me laver de ce passé que je déteste en évoquant son nom et notre partage.
— Vous savez, je ne vis plus seul. Ce garçon dont je vous avais parlé, vous vous souvenez?
— Oui, effectivement, un garçon très jeune que vous aviez jugé nécessaire d'éloigner de vous.
— Oui, Yan… Et bien, il est revenu. Nous vivons ensemble depuis trois mois.

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13 février 2008

Entre overdose et manque…

Quand je cours, fourbue,
Dans la foule souterraine,
la foule aux mille visages,
alors je pense à vous
chemins de terre humide
que je n'emprunte plus…

Le soir, à l'heure aveugle,
sous les néons blafards,
je songe à toi la mer,
à tes bleus horizons,
à ton air iodé
que je ne respire plus…

Le nez toujours tendu
vers ce ciel trop pâle
griffé de tant d'avions,
je rêve de sommets,
de pureté bleue et blanche
restée inaccessible…

Lassée des escaliers
de métal tranchant,
je voudrais sous mes pieds
les prairies de là-bas
et porter loin, très loin,
mon regard fatigué.

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09 février 2008

C'est la pêche!!

Si vous ne connaissez pas déjà ces deux zigotos, découvrez-les:


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CDD


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02 février 2008

L'Art selon José Muñoz

"La musique, le dessin, la littérature, la danse… ont tous un but commun : nous entretenir, dans le meilleur sens du terme. Ce ne sont que des subdivisions de spécialistes de la création de sens. Je pense qu'il n'y a pas de distinction à faire entre arts majeurs et arts appliqués. Tout est voué à nous enrichir. Les arts sont le travail de l'espèce pour se donner un minimum de dignité dans l'attente de la mort."

Entretien avec José Muñoz - Canal BD janvier 2008

Interview compète > ICI <

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01 février 2008

Les 24 h de la BD - Agoulême 2008

Je vous invite à découvrir le cru 2008 de ce joli défi ici:

24hcompo

Celui de Boulet, notamment, est excellent, comme toujours!

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31 janvier 2008

Instantané 22 - Moirage

J'ignore à quelle heure il est encore rentré. Au petit matin sans doute, comme souvent ces derniers temps. En deux mois de vie commune nous nous sommes bien peu vus. Je dois me rendre à l'évidence, son groupe de rock est devenu son oxygène. Comme ils préparent un album les répétitions lui prennent la plus grande part de son temps. Entre ça, les deux semaines de festivals rock de juillet, les cours d'équitation qu'il s'entête à donner tous les dimanches, c'est bien simple, on ne fait que se croiser. Il arrive que nous ayons quelques heures en commun, il est alors si épuisé que nous n'en profitons pas vraiment. Son emploi du temps de ministre ne me ménage que bien peu de place et j'en souffre. Vif argent au dehors, il ne vient s'échouer dans mes bras que pour récupérer…

 

Je suis impressionné de le voir se vouer avec tant de passion à l'écriture et à la musique et je ne voudrais pas être un frein à cet élan créatif qui le tient jour et nuit et dont il récolte de toute évidence de précieuses satisfactions. Il m'arrive de le surprendre en train de chanter sous la douche ou assis par terre au salon à chercher des accords sur la vielle guitare sèche que son père lui a donnée… Sa voix devient plus assurée et de plus en plus belle. Je ne l'ai vu qu'une fois en répétition. Il est si sérieux, si habité par ce qu'il fait. Artiste en devenir, il change, il mûrit. Il m'oublie…

 

Lorsque l'occasion de discuter nous est donnée, ce qui devient rare, je vois bien qu'il est ailleurs. S'il ne restait pas intacte son extrême tendresse envers moi j'aurais bien du mal à patienter. Je suis si souvent seul qu'il m'arrive de me dire que je suis en train de le perdre.

 

Il est 17 heures passées lorsqu'il émerge enfin. Une fois de plus, j'ai passé mon samedi à ruminer ma frustration et mon inquiétude.
— Salut, marmonne-t-il en me déposant une bise ensommeillée à la commissure des lèvres.
— Salut, mon ange. Bien dormi?
— Oui… Et toi, tu as fait quoi?
— Pas grand chose : un peu de ménage, de la paperasse… J'attendais que tu te réveilles.
— Je t'ai déjà dit, quand je suis décalé comme ça, il ne faut pas m'attendre. Sors, vis ta vie, sinon, après, moi je culpabilise. Je n'ai pas besoin de ça en ce moment…
A ces mots, la moutarde me monte au nez, mais je me contiens. Monsieur s'est réveillé du pied gauche, on dirait. Je suppose qu'il sera d'humeur moins ronchonne tout à l'heure après une bonne douche.
— Je n'avais rien de mieux à faire, lui dis-je simplement.
Il pousse un soupire contrarié, part à la cuisine se préparer son habituel bol de céréales et revient à table s'asseoir en face de moi. Je referme quelques magazines, en rouvre d'autre pas encore épluchés, ordonne un peu mes notes. Ma velléité de colère retombe déjà, se muant en mon habituelle tristesse résignée. Pour une fois, je ne ferai pas l'effort de lui dissimuler.
— Tu me fais la gueule?
J'élude cette question inutile.
— Il nous reste toute la soirée, dis-je. On va se rattraper. Un petit resto, ça te dit?
— Je ne sais pas. On verra tout à l'heure. Laisse-moi le temps de me réveiller un peu.
Il me regarde fixement en mangeant alors que je continue à trier mes papiers.
— Pitié, ne me fais pas la gueule, Yvan. S'il te plaît.
— Écoute, on ne se voit plus et ça me rend triste. J'ai le droit d'être triste?
J'en ai marre de me retenir, de m'effacer, marre de le ménager. Il avale sa bouchée, pose sa cuillère.
— Tu ne peux pas imaginer la pression que j'ai en ce moment. J'ai besoin de ton soutien. Ne me fais pas de reproches, s'il te plaît.
— Tu me mets de côté. Comment veux-tu que je te soutienne?
— Je parle de soutien moral.
— J'avais compris. Mais, moi aussi, figure-toi, j'ai besoin de ton soutien.
À son expression, je vois que je viens de dire précisément ce qu'il n'avait pas envie d'entendre.
— Tu veux quoi? Que je laisse tout tomber?
— Bien sûr que non! Je n'ai jamais dit ça! Je dis seulement que c'est dur aussi pour moi. Tu passes en coup de vent et quand tu rentres c'est pour t'écrouler d'épuisement. On se voit moins qu'à l'époque où on était obligés de se cacher. C'est un comble tout de même!
— Je sais. Les choses me dépassent un peu en ce moment. Il faut que je trouve le rythme. Ce n'est pas évident. Les autres comptent sur moi et se défoncent aussi pour que ça avance. Tous les cinq on y croit, et plus on y croit mieux ça fonctionne. Je comprends que tu aies la haine que je ne sois presque jamais là, mais il va falloir que tu t'y fasses. Si ça marche comme je pense que ça va marcher, je vais être souvent absent. Je n'y peux rien moi si ça a commencer à décoller au moment où on s'est mis ensemble. Tant que l'album ne sera pas sorti, ça va être la folie. Après, ça se calmera un peu mais ensuite on partira en tournée et…
— Et nous deux, ça devient quoi?
— Comment ça? fait-il, affolé.
— Je ne sais pas. Dis-moi. Tu me visualises encore dans ton avenir? Est-ce que je fais encore partie de tes projets?
Il me considère comme si je parlais une langue étrangère.
— Mais, tu n'as rien d'un projet. Tu es l'essentiel dans ma vie. Tu es mon mec, quoi… Tu, tu…
Mon dieu, ces yeux qu'il me fait! Il me fallait donc ce visage pour me sentir un peu rassuré. La montgolfière de reproches qui me montait aux lèvres se dégonfle d'un coup.
— Écoute, tout ce que j'essaye de te dire c'est que tu me manques. C'est tout.
Il baisse les yeux vers son bol, se passe la main sur le front et dans les cheveux et laisse passer un instant avant d'oser me faire face à nouveau.
— Je sais que je te néglige. Je le sais bien. J'y pense tout le temps. Mais comme tu ne me disais rien,  je pensais que tu comprenais. Tu ne m'as jamais fait de reproche jusqu'à maintenant, alors, je me disais…
Il s'interrompt et pousse un soupire désespéré.
— Si seulement les journées n'avaient pas que vingt-quatre heures. Si seulement je n'étais pas obligé de dormir… Toi, les chevaux, le groupe… Je voudrais tout vivre à fond, mais je ne peux pas me diviser.
Il a l'air d'une bête pris au piège. Je quitte ma chaise et viens à lui. Sans se lever de la sienne, il m'enlace étroitement par la taille. Je lisse entre mes doigts quelques mèches de sa frange.
— Je n'ai pas le droit de te demander de sacrifier quoi que ce soit pour moi. Et je n'en ai pas l'envie. Je voudrais seulement qu'on ait un peu de temps à nous, que tu ne me laisses pas sur le bas-côté.
À ces mot, à ma grande surprise, il se met à rire doucement.
— Quand je pense que les trois-quart de ce que j'écris c'est notre histoire qui me l'inspire. Quelle ironie!
Il lève vers moi son visage.
— Toi aussi tu me manques, ajoute-t-il.
Je me penche pour l'embrasser. Lorsque je m'apprête à quitter ses lèvres, il se redresse en même temps que moi pour que le baiser se poursuive debout.
— J'ai grave envie de toi, murmure-t-il.
— On devrait s'engueuler plus souvent, dis-je en souriant.
Lui ne sourit pas. Il me regarde à s'en brûler les yeux.
— Tu sais que je t'appartiens.
— Non, tu ne m'appartiens pas.
— Si.
— Non.
Je le laisse me ôter mon haut. Du revers de ses mains, puis de ses paumes, il joue rêveusement de l'aspérité de mes tétons. Il sait pertinemment l'effet que cela me procure mais il reste là, comme sans y penser, à regarder des hordes de frissons me passer sous la peau.
— Bien sûr que si, s'entête-t-il. Et je vais te le prouver puisque tu n'as pas l'air convaincu.

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19 janvier 2008

Instantané 21 - "Show me"

— C'est important l'amour. C'est tout l'amour !
Il sourit au public, au moins mille personnes, mille curieux sous le charme. En trois chansons il les a mis dans sa poche.
— Vous y pensez à l'amour? hurle-t-il.
Un oui massif s'élève de la foule.
— Vous êtes obsédés par l'amour? insiste-t-il de plus belle.
— Oui! s'époumone le public.
— Alors, je vais vous raconter une histoire.
Je suis surpris de cet interlude oral. L'intensité des projecteurs s'affaiblit jusqu'à ce que les quatre membres du groupe se trouvent enveloppés d'un bleu sombre les rendant presque indistincts. Le calme recueilli qui s'installe tranche avec l'énergie précédente. N'éclairant de lui que sa tignasse et sa main emparée du micro, un pâle et froid rayon tombe sur Yan.
— C'était un soir de janvier. J'avais le cœur léger. J'allais retrouver mon amour. Dans la nuit glacée, je courais. Tout en moi était léger. Pas que mes pieds, pas que mon corps. Mon cœur aussi… Oui, je courais. Sans effort…
Il ferme les yeux et dessine dans l'air un horizon imaginaire.
— Je me souviens : le givre avait tenu tout le jour. Le sol scintillait. Les toits étaient blancs. C'était beau. Beau comme la joie de nous revoir. Tout m'aurait semblé beau ce soir là. J'étais déjà dans ses bras, contre sa peau… Les gens qui croient en l'amour sont des gens très naïfs. Des gens comme vous et moi. Et, très naïvement, je me suis dit, ce soir là, alors que je courais dans le froid de janvier, je me suis dit "le givre est pur et brille comme notre amour". Je sais, c'est un peu ridicule, mais que voulez-vous? J'étais dans cet état de bonheur qui rend stupide au point de donner l'impression qu'on est immortel, vous savez… Oui j'étais heureux. Tellement heureux!

Je sens une sueur froide commencer à me suinter dans le dos. Que cherche-t-il? Pourquoi me fait-il ça? Même avec ce charme, même au nom de l'Art, il n'a pas le droit de remuer ainsi ce couteau dans la cicatrice encore fraîche de mon pire regret. Je sais ce qu'il s'apprête à chanter. Juste derrière cette parenthèse orale il va interpréter "Show me". C'est la seconde fois que je vais entendre cette chanson qui me touche au plus profond. Je ne sais pas si pour l'heure il improvise ou si tout ceci était écrit et prévu mais je lui en veux de m'infliger ces mots, cette évocation. À ma droite, puis à ma gauche, je regarde les visages tendus vers lui. Les yeux brillent, les cœurs sont touchés. Je lui en veux mais je ne lui dirai pas. Il faudra que je garde pour moi ma douleur, que je lui cache que je ne suis pas si guéri que je le prétends.

— Quand nous nous sommes retrouvés, je ne lui ai pas laissé le temps de parler. Une drôle d'anxiété se lisait sur son visage, mais je n'ai pas voulu la voir. Je n'ai pas voulu entendre ses mots. Je ne lui ai pas laissé le choix. Nous avons fait l'amour. Ce fut meilleur que jamais. Pourtant…
Il considère le public suspendu à ses lèvres, laissant flotter un bref silence.
— Pourtant, reprend-t-il, son sourire n'est pas revenu. Et il m'a dit les mots qui tuent. Il m'a dit qu'il ne fallait plus qu'on se voit. Que nous deux, il fallait que ça s'arrête.
Un instant, il renverse la tête comme on tend son visage vers les premiers flocons.
— Ce n'était ni la raison, ni le devoir qui le faisait parler. C'était la peur. Sa peur était plus forte que son amour. Et, j'ai eu si mal qu'au lieu de lui parler, au lieu de le rassurer, de l'implorer, je suis parti. J'ai fui. Tout ce que j'aurais dû lui dire ce soir là, j'en ai fait une chanson. C'est la chanson que vous allez entendre maintenant.

Le noir se fait puis un projecteur cible Nabi. Elle fait s'égrainer un air aérien de son clavier, quelques notes de piano, quelques accords purs qui s'élèvent puis se taisent. Le silence s'impose, à peine perturbé par le bruissement du public.
Yan murmure :
"O, my love, show me…"
Il chuchote comme on chuchote à l'oreille de son amoureux, comme il chuchoterait à mon oreille.
"Tell me
Please, tell me…"

Il répète, cette fois d'un timbre assuré et clair, "O, my love", avec infiniment de tristesse.

Brisant le calme de cette introduction poignante, guitare, basse et batterie se liguent en une âpre envolée et sa voix se déploie, survole la puissance des instruments qui l'accompagnent.
"I see your torments
Show me your shadows
Don't be afraid to afraid me"

Sa main se tend vers l'avant et vient se poser sur son cœur. L'éclairage change d'angle et laisse voir son visage. Il ferme les yeux presque constamment.

"What does your silent mean?
Tell me what does it make you so anxious?
What do you worried about so much?"

Le ton implore puis exige. Le son monte en puissance peu à peu. J'ai exactement la même sensation qu'à la première écoute, il y a un mois de cela. Et j'en suis tout autant pétrifié. Il ignore combien cette chanson est une épreuve pour moi.

"Show me the gloomy drawings of your regrets,
Show me what is hiden behind your sad smile"

Il hurle, semblant à chaque instant à la limite de tomber à genoux et sa voix se radoucit soudain, comme un sourire à l'intérieur.
"O, your so sad smile…
"Don't try to protect me of our deviles
Remember
I'm your angel"

Et ça repart de plus belle. L'énergie débridée qu'il déploie m'effraie comme la première fois. Son corps, sa manière de bouger accompagne chaque mot, le pliant, le tordant, le torturant. De là où je me trouve, je vois même ses veines gonfler, à son cou et à son front.
"I'll be able to protect you
Show me the lanscape of your secret truth
Believe me
Together will be stronger to figth the fear
Look into my eyes
Don't you see hope inside?"

Et il reprend, jusqu'à presque en mourir.
"Show me your shadows
Don't be afraid to afraid me
Show me
Show me
Show me, my love…"

-------------------
Taduction :

"O, mon amour
Dis-moi
S'il te plaît
Dis-moi

Je vois ton tourment
Montre moi tes ombres
Ne crains pas de me faire peur

Que veut dire ton silence?
Dis-moi ce qui t'effraie
Qu'est-ce qui t'inquiète tant?

Montre moi les noirs dessins de tes regrets
Montre moi ce que cache ton triste sourire
O, ton si triste sourire
N'essaie pas de me protéger de tes démons
Souviens-toi
Je suis ton ange!

Je saurai te protéger
Montre moi les paysages de ta vérité intime
Crois-moi
Ensemble nous seront plus forts pour combattre la peur
Regarde-moi dans les yeux
N'y vois-tu pas l'espoir?

Montre moi tes ombres
Ne crains pas de me faire peur
Montre-moi
Montre moi
Montre moi, mon amour…"

> Suite

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06 janvier 2008

Cieux d'hiver

ciel3

ciel2

ciel1

Quelques belles prises récentes.
Quand on ne peut pas partir en vacances, 
regarder le ciel permet de s'évader un peu…

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04 janvier 2008

J'avoue tout

J'avoue, en ce moment, je m'éparpille un peu. Fatigue due à l'absence de vacances et préoccupations professionnelles y sont pour quelque chose. J'ai l'opportunité de me mettre au statu indépendant courant janvier et ça me fait un peu peur. Toutes ces connaissances administratives et fiscales dans lesquelles je dois me plonger pour mettre les choses en route à ce niveau ne sont pas très en phase avec mon tempérament "tête dans les nuages"… Mais un peu plus de liberté vaut bien de se donner un peu de mal, n'est-ce pas? Je me fais violence pour apprendre à connaître tous les tenant et les aboutissants de cette nouvelle aventure!
Donc ne vous étonnez en rien de me voir ralentir un peu le rythme de mes posts ici.
En ce qui concerne Yan et Yvan, ne vous inquiétez pas, ils sont tous deux plus que jamais présents dans ma tête et mes carnets et vous allez très vite les retrouver. J'ai encore beaucoup à dire d'eux. La vie commune est un drôle de défi avec ses charmes et ses difficultés que chacun des deux va éprouver à sa manière. La musique et la scène qui pour Yan étaient jusqu'ici un vague désir, vont devenir une véritable passion et prendre donc une place de plus en plus importante dans sa vie. Le début d'une carrière prometteuse dans ce milieu semble même s'annoncer pour lui, avec tous les risques et changements que cela comporte. Yvan, toujours entravé par les démons de l'angoisse et de l'amour propre trop faible, embourbé dans ses questions existentielles, saura-t-il le suivre dans cette aventure? L'un fonce vers l'avenir, quand l'autre prend du recule sur lui-même au point d'entreprendre une psychothérapie. La question qui prédomine : comment vont-ils faire pour rester en phase?
Vous saurez bientôt tout ça :))
Merci en tout cas de votre fidélité et de votre attention, chers lecteurs. C'est à vous que je dois d'avoir conservé mon impulsion car la persévérance n'est pas mon fort en temps normal, en dehors des liens d'amitié et d'amour. Cela va sans dire ^^
Meilleurs vœux à toutes et à tous!

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