Ouf, malgré la grève j'ai pu prendre mon RER normalement. Autour de  19 h, ce n'était pas trop perturbé sur la ligne A. Je pourrai donc passer comme prévu au Super U prendre quelques bricoles. Entre les rayons, pressé comme moi, je remarque un garçon brun, 25 ans environ, d'une charmante prestance. Il me semble qu'il m'a vu le regarder, je n'en sais trop rien.

Bon, quelques endives, de la pâte brisée pur beurre pour une tarte aux pommes, une tranche de fourme d'Ambert. Aux boissons, je le croise à nouveau. Il un air très sérieux et les pommettes légèrement roses, style, "je fonce vers mon but, je n'ai pas que ça à faire". Adorable… Je continue mon petit tour avec un grand sourire intérieur, crème fraîche, chips… Je me dis que tout est pour le mieux, qu'à tout âge de ma vie, je pourrai regarder les beaux garçons car il y aura toujours de beaux garçons.

Puis, je ne le fais pas exprès (quoique, à la réflexion…), je me retrouve juste derrière lui à la caisse. Sait-il que je crois savoir qu'il sait que je l'ai remarqué (petite pensée spéciale, ici, pour Julip)? Charmée, je rêvasse, le regard ailleurs. Oups! Il me rentre presque dedans. "Pardon." Il a oublié quelque chose. Trois secondes ne ce sont pas écoulées qu'il revient avec une canette de  bière. La jeune caissière, une brune souriante dont j'admire toujours les yeux bleus magnifiques maquillés de noir, lui passe ses articles. Puis vient mon tour. Alors que lui finit de remplir ses sacs, ma crème fraîche arrive à ma portée. Tiens, que font ces cotons tiges à côté du petit pot de crème? Je regarde tour à tour la caissière, puis le garçon. "Ces cotons tige ne seraient pas au monsieur? Monsieur, ce ne serait pas à vous, par hasard?" Je les lui tends. Il est tout confus, rougit, alors qu'il n'y a vraiment pas de quoi. La jeune femme est embarrassée. "Mince, je les ai comptés comme l'un de vos articles, madame…", puis, s'adressant à mon voisin : "Cela vous ennuierait, monsieur, de rendre un euro quarante-neuf à la dame? Je pourrais éviter une manipe compliquée". Tout emprunté et rosissant, il a déjà sorti une pièce de deux euros qu'il me donne. "Je n'ai qu'une pièce de deux euros…" dit-il. Moi, je n'ai que quelques ridicules piécettes de cuivre en poche, comme d'habitude. Je le lui dis. Il parle d'une manière inattendue, un peu précipitée, avec un petit cheveux sur la langue. Moi qui me disais que ce devait être le genre de minet qui se la pète — pardonnez l'expression — avec sa jolie frimousse, il m'a l'air en fait tout timide ce garçon!
"Pour cinquante centimes, c'est pas grave. Ils m'auront coûté deux euros au lieu de un euro cinquante, ces cotons tige." Moi aussi, je finis par rougir et on rigole.

Bref, voilà comment je me retrouve avec une dette de cinquante centime envers un charmant mec brun que je recroiserai peut-être.

Ah, vous, les garçons, quand vous vous y mettez, vous êtes vraiment trop craquants!