Le blog de l'Errance

La vie m'étonne chaque jour : le pouvoir des mots, la beauté de l'amour et du corps dans l'intimité et la magie de l'anodin quotidien… J'aime être en vie et vous le dis.

06 octobre 2006

Le Dégel 1 - Amicale franchise

Je suis comme un lion en cage. Son vieux visage fatigué empreint de résignation, Ziza me regarde aller et venir dans l’appartement, hors de moi. Elle ne cherche même plus à me calmer.

— Le décès de ton frère est peut-être le déclencheur, mais, moi, à mon avis, tu fais simplement ta crise de la quarantaine.

— Ma crise de la quarantaine?

Ça me laisse interdit. Je n’avais pas pensé à ça. Je me rassois.

— Tu crois?

— Ça n’aurait rien d’exceptionnel. Les hommes passent tous plus ou moins par là.

Sous ce nouvel éclairage, j’essaie de réfléchir à l’accéléré. Une crise ? Cette déprime qui me mine depuis bien avant que le cancer de Pierre ne se soit déclaré serait une crise ? Enfin, quoiqu’il en soit, ça ne change pas grand chose.

— Je ne sais pas. Tu as peut-être raison.

— Bien sûr que j’ai raison. Regarde-toi. Tu ne supportes plus rien de tout ce que tu aimais avant.

— Faux. Je ne supporte pas la connerie et ça toujours été comme ça. Je suis peut-être seulement un peu moins patient qu’avant.

— Écoute, je suis tombée sur Éric, lundi dernier et il m’a dit des choses qui m’ont un peu surprise, je dois dire.

Je sens que la tournure que prend la conversation va commencer à m’énerver sérieusement. Je me relève, une fois de plus, et recommence à arpenter la pièce.

— Je vois. J’imagine d’ici ce que ce petit con a bien pu te raconter ! Ne me le dis même pas, je ne veux pas le savoir.

Du coup, Ziza reste silencieuse ce qui me tape sur les nerfs encore davantage.

— Bon, vas-y. Il t’a dit quoi ce péteux ?

— Oh, rien de bien méchant, que tu étais plutôt imbuvable en ce moment.

Je ris, amer.

— Si moi je suis imbuvable, lui alors, lui…

M’interrompant sans savoir quoi dire pour terminer ma phrase sans intérêt sur un sujet sans intérêt, en l’occurrence Éric, ma dernière conquête en date, je me rassois une énième fois et approche mon visage de celui de Ziza.

— Je ne supporte plus tous ces petits cons, Ziza. Ils me ressortent par les yeux.

Elle reste imperturbable, ses prunelles bien plantées dans les miennes.

— Arrête de les fréquenter, alors…

Pourquoi ne me dit-elle que des choses que je n’ai pas envie d’entendre ? Je me recueille un moment. Un ange passe. Ma pensée décousue suis son cours tortueux.

— Il t’a dit quoi d’autre ?

Elle esquisse un sourire malicieux.

— Qu’en dehors de ton sale caractère, tu es un très bon coup.

Il n’en faut pas davantage pour faire repartir ma colère. Je tape du poing sur ma pauvre table qui ne m’a rien fait. Ziza sursaute et mon chat, Tom, détale pour aller se réfugier dans la chambre.

— Qu’est-ce que je te disais ! Ces petits mecs sont des inconséquents de première. En dehors de leur petit look de merde et du cul, il n’y a rien. RIEN, je te dis ! Je ne me souviens même plus de la dernière conversation valable que j’ai pu avoir avec un mec. C’est pour dire !

— Reconnais qu’ils faisaient ton bonheur il y a encore peu ces soi-disant petits mecs inconséquents, non ? Et que c’est autre chose qu’une bonne conversation que tu attends d’eux.

— Je te jure Ziza, qu’ils sont de pires en pires.

— Arrête, Yvan. C’est toi qui changes, pas eux. Ils sont jeunes et toi tu vieillis.

— Sympa. Merci de me remonter le moral.

— Laisse-moi finir. Tu vieillis, que ça te plaise ou non, et à mon avis, tu as besoin d’autre chose, maintenant.

— Pitié, avec tout le respect que j’ai pour toi, pitié, ne me ressers pas ton topo sur la relation sérieuse. Tu ne me caseras pas. J’aime mon célibat, un point c’est tout.

— Mouai… À d’autres. J’ai l’impression que tu essaies de te convaincre toi-même, là. Si tu ne trouves plus d’intérêt à tes relations superficielles avec des minets rencontrés en boîte, cherche ce que tu veux vraiment. Remets-toi en question.

Je me passe les mains sur le visage comme si cela allait m’éclaircir les idées et les laisse pressées sur mon front en soupirant.

— Je sais… Je sais… Tu as raison.

— Yvan, regarde-moi en face et dis-moi que la solitude ne te pèse pas.

Une sorte de soudaine petite déchirure déplaisante, en moi, m’informe que ces mots ont touché juste. Mais plutôt me faire torturer que de le reconnaître ! Je me confectionne en un clin d’œil la plus parfaite des mauvaises fois.

— La solitude ? Tu plaisantes ! C’est tout le contraire. J’en ai marre de voir du monde. J’en ai marre qu’on me tape dans le dos et qu’on me sourit. J’en ai marre de me réveiller dans un lit différent plusieurs fois par semaine. J’aimerais être quelqu’un d’autre et que tout le monde m’ignore, en ce moment.

Mais, ça ne prend pas, Ziza n’est pas dupe.

— C’est ça, fais ta star, pauvre victime de son succès. Tu sais très bien que je ne te parlais pas de cette solitude là et que fréquenter un tas de gens n’empêche pas d’être seul.

— Je ne fais pas ma star, mais j’ai l’impression qu’on me prend pour une pute, parfois.

Elle hausse les sourcils de surprise feinte.

— Écoute, mon chou, j’ai été pute, je n’ai pas besoin de te le rappeler, alors, à moins que tu ne te fasses payer, je ne…

— Mais, non ! Ce n’est pas ça, mais je me rends compte que mes relations ne se réduisent plus qu’au sexe.

— Et bien, voilà, on y vient ! Tu le reconnais toi-même. C’est tout de même ce que tu veux, non ?

— Je ne sais plus…

— Si tu couches à droite à gauche c’est que tu en as envie. Personne ne t’y oblige, tout de même ! Et, dis-toi ceci : quand tu en auras vraiment marre, tu passeras à autre chose. — Elle me scrute d’un regard empli de sagesse et de tendresse — Et, a mon avis, ça ne devrait pas tarder.

Je lui souris, tant bien que mal.

— Je pars dans le Sud, tu sais, dans la maison de campagne de Jean-Louis et Solange. Je me dis que ça m’aidera peut-être à prendre un peu de recul, ce petit séjour au vert, loin de la ville et de ses tentations.

— Ça ne peut pas te faire de mal, c’est sûr. Tu voudras que je te garde Tom ?

— Oui, comme d’hab’, et je te laisse l’apparte pendant les deux semaines si ça t’intéresse.

— Très bien, c’est une affaire qui roule.
 

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Posté par kitty78 à 14:03 - HISTOIRES DE GARÇONS QUI S'AIMENT - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

Coucou Kitty, j'ai enfin pris un peu de temps pour commencer ton récit (par le début cette fois-ci lol)... début prometteur, je vais poursuivre ma lecture tout bientôt. Tout cela m'interpelle, oui m'interpelle bcp... a t-on envie de solitude, d'amour, de sexe? ou des trois à la fois? jusqu'où nous pousse la tentation du vert et du calme? est-ce que les effets de ces séjours réparateurs se font sentir, réellement, pendant une longue durée?...

Posté par Olivier, 14 décembre 2006 à 16:31

olivier > n'hésite pas à me laisser toutes tes impressions tout au long de ta lecture. C'est toujours très instructif pour moi de connaître les réactions de mes quelques lecteurs. Merci de me consacrer un peu de ton temps!^^

Posté par Kitty78, 14 décembre 2006 à 23:38

Passer à autre chose, quand y en aura vraiment marre ; belle accroche, pour la lectrice paumée que yé souis. Accrochée, yé souis. Bisous !

Posté par Eva, 20 juillet 2008 à 11:03

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