Je vient de quitter mon boulot. Mon RER pris à Vincennes comme chaque soir arrive à Nation. Mes yeux errent distraitement sur le quai répugnant, ce quai tout noir, immense, avec ses inénarrables sièges rouge années 70 qui courent tout du long. Et, de l'autre côté de la vitre, tout près de moi, je vois passer un corps nu. Mon cerveau a du mal à capter l'info. Et quand je dis nu, c'est entièrement nu. Un très beau corps masculin d'homme noir, grand, svelte et jeune. Il marche calmement, l'air de rien. Aussi naturellement que s'il était vêtu, en fait.
Mon train s'apprête à repartir, avance un peu puis freine. Ca y est, tout le monde a remarqué l'homme nu. C'est l'émoi. Sourires, gène ou visages scandalisés fleurissent de toute part. "C'est à cause de "lui" que le train s'arrête", dit quelqu'un. Les portes du train se rouvrent et davantage de personnes montent. Et sur le quai, juste dans mon champ de vision, j'assiste à la neutralisation de l'homme nu par un agent de la sécu RATP qui lui intime l'ordre de s'asseoir sur l'un des hideux sièges rouge. L'homme nu obéit. Je ne voir plus que le bas de son corps dépasser. J'ignore si c'est de la provocation, du délire ou de l'exhibitionnisme, mais il se touche les parties ostensiblement. Deux minutes passent ainsi, entre étonnement amusé, indifférence et indignation, puis un pompiers affublé de trois autres flics arrive vers le trublion. Le pompier déplie une couverture de survie, vous savez cette étoffe métallisée toute dorée dont on couvre les accidentés, et lui tend afin qu'il s'en couvre. Il se l'attache autour des reins alors que les représentants de la loi semblent tenter de le faire parler. Du wagon où je me trouve, je vois tout mais n'entends rien. Je ne perçoit que de vive exclamation de colère venant du jeune homme nu.
Enfin, sous les yeux toujours sidérés des usagers, le jeune provocateur (fou? désespéré?), digne et droit, suit les deux des agents de sécurité qui l'encadrent. Ils passent devant le wagon où je me trouve. Je me rends compte que ce garçon n'a sans doute pas plus de 20 ans, qu'il est vraiment beau et que ses yeux sont emplis d'une colère terrible.

Ainsi paré de sa couverture dorée qui le couvre de la taille aux pieds, il me fait penser à un jeune pharaon qui se serait égaré dans notre espace temps…