Le blog de l'Errance

La vie m'étonne chaque jour : le pouvoir des mots, la beauté de l'amour et du corps dans l'intimité et la magie de l'anodin quotidien… J'aime être en vie et vous le dis.

08 mars 2008

Instantané 23 - Déballage (partie 2)

Je ne sais pas très bien par quoi commencer. Il y a tant à dire, tant à dire de lui, de nous, de ce qui a changé en moi depuis notre rencontre…
— Je ne peux pas vous parler de moi, de mon état actuel, sans vous parler de lui, de nous, de notre histoire. Je ne sais plus si je vous l'ai déjà dit… Yan est le fils de mon meilleur et plus ancien ami. Je le connais donc depuis sa naissance, pour ainsi dire… Jusqu'ici, vous voyez, il n'était rien d'autre que le petit de Jean-Louis, un môme, quoi. Mais l'été dernier, peu de temps après l'enterrement de mon frère, j'a passé deux semaines avec eux tous à la campagne : Jean-Louis, sa femme Solange et leurs deux enfants, Yan, seize ans, et la petite Cloé, 4 ans. Je n'avais pas revu Yan depuis plus de deux ans et, mon Dieu, il avait tellement changé… Il n'avait plus rien d'un enfant. J'ai vu devant moi, tout à coup, un magnifique jeune homme, gentil, attentif aux autres… solaire… Evidemment, il était inenvisageable qu'il se passe quoi que ce soit entre nous, vous pensez bien! Pourtant, j'y ai pensé dès que je l'ai vu. Il s'est passé un truc dès qu'on s'est regardés. Ca fait tellement cliché de dire ça! Pourtant c'est vrai. On a eu envie l'un de l'autre dès qu'on s'est vus. Pendant presque tout le séjour j'ai résisté à ses signaux. Il n'était pas question que je cède à la tentation sous le toit de mon meilleur ami, avec le fils de mon meilleur ami. Mais Yan sait ce qu'il veut. Il est entêté comme personne. Il me voulait et il m'a eu. La veille de mon départ… Puis il m'a parlé de ses sentiments pour moi… Et, comment vous dire? J'ai compris ce qu'il me disait. C'est bête à dire, mais chaque mot qu'il m'a dit m'ont atteint. Auparavant, toutes les fois où l'on me parlait d'amour, je rejetais tout ça. Ca ne m'intéressais pas ou ça me faisait peur. Je ne sais pas, ça me rebutait à tout point de vue. Là non. Il m'a touché comme personne ne m'avait jamais touché. Ca a été un séisme.
Je me remémore notre première fois au bord du ruisseau. Je me souviens de tout, de la teneur de chaque minute, de la lumière, de la brillance de ses yeux, de l'odeur du soleil sur sa peau, du bruit de l'eau près de nous et de ses soupirs de plaisir… Je me souviens de tout, de chaque infime détail.
— Je crois que je n'ai jamais eu plus peur de toute ma vie. C'était la première fois que je ressentais quelque chose d'aussi fort. Il a réveillé quelque chose en moi… Quelque chose dont aujourd'hui encore j'ignore l'ampleur. Vous voyez, il m'a parlé d'amour et j'y ai cru. Parce que c'était lui. Et peut-être aussi parce que je n'en avais jamais eu besoin autant qu'à ce moment de ma vie où j'étais si vulnérable. J'y ai cru. C'est quand nous avons fait l'amour, j'ai su que quelque chose en moi était radicalement changé. Je me reconnaissais à peine dans ma manière de… C'était incroyable. J'ai eu des attentions, des gestes que jamais je n'avais eu l'inspiration d'accorder à qui que ce soit avant lui… Il m'a bousculé dans ce que je croyais être. Tout en lui m'a tiré vers le haut dès le départ.
— Expliquez-moi pourquoi cela vous a fait si peur.
— Parce qu'il m'a désarmé! Je m'étais toujours protégé de tout, et des sentiments en premier, et là j'ai senti que c'était inutile. Et je vous dis ça aujourd'hui comme si c'était limpide mais, croyez-moi, sur le moment je n'ai rien compris à ce qui m'arrivait. Je n'aurais pas su dire, sur le moment, si c'était une catastrophe ou au contraire un miracle… A vrai dire, à l'époque, je penchais plus pour la première option. Mais il est des choses contre lesquelles on ne lutte pas. Vous imaginez : un mec débauché et moralement usé de quarante-deux ans et un gamin sincère de seize ans! Vous voyez un peu le tableau! C'était voué à l'impossible. Une folie! Pourtant j'y ai foncé tête baissée.  La joie d'être avec lui à remplacé ma peur et mes doutes à une vitesse inimaginable. Je n'ai jamais été quelqu'un de très raisonnable mais tout de même… Pendant des mois on s'est vus en cachette.
Je revisualise des instants. Je revois son visage radieux lorsqu'après de longs jours l'un sans l'autre je lui ouvrais la porte, qu'on se déshabillait, que nous savions s'avance le plaisir lumineux qui nous attendait. Je souris. Elle note d'une écriture fine et illisible quelques mots.
— Comment décririez-vous ce qui a pu changer en vous à cette période?
— Je vous dis, ça a été un véritable séisme. Tout a changé. Ma manière de vivre, mes envies, ma manière de penser et de me penser. J'ai compris ce que signifiait "être heureux", tout simplement. Je planais, j'était grisé… Et sans rien prendre d'illicite, pour une fois… J'étais amoureux pour la première fois.
— Il est étonnant de voir comme votre visage a changé depuis que vous me parlez de votre compagnon.
— Si vous le connaissiez, vous comprendriez pourquoi je souris. Je ne suis pas une seconde à la hauteur de ce qu'il me donne. Pas une seconde… Vous savez, il m'a mis en face de ce que j'étais vraiment : un pauvre mec, un paumé desséché du cœur qui est passé à côté de tout ce qui était important. Il l'a fait sans le vouloir, sans même en avoir conscience. Depuis le début il voit en moi ce que j'aurais pu être, celui que j'aurais pu devenir si je n'avais pas pris un chemin aussi foireux… Lorsque quelqu'un vous renvoie une telle image de vous-même, si belle, si flatteuse, vous n'avez pas d'autre choix que de tenter de vous y conformer. Vous voulez devenir cette image, cet être digne d'amour. Il me comprend comme je n'arrive pas à me comprendre, il m'accepte et m'aime comme je n'arrive pas à le faire. Il me déculpabilise. Mais vous savez, je ne me fais pas d'illusions. Je sais que je le perdrai un jour. C'est cette perspective qui aujourd'hui me rend si souvent malade d'angoisse et qui pèse tant dans notre relation.
— Et qu'est-ce qui vous fait penser que vous le perdrez?
— Le bon sens.

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Posté par kitty78 à 19:34 - LE DÉGEL (roman en cours) - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

Ah, le bon sens ! Il me connaît, et pourtant je sais combien il est utile voire vital de l'oublier parfois !
Très bien écrit une nouvelle fois.

Posté par Cornus, 08 mars 2008 à 23:15

Cornus > Effectivement, pour certains aspects de la vie plutôt irrationnels, prenons au hasard l'amour, il est clair que tout le bon sens du monde est bien inutile!

Posté par Kitty78, 09 mars 2008 à 14:49

passage

passage par e blog de PY
le bon sens ?
impossible en amour
quel que soit l'ge des partenaires
et c'est tant mieux^!!!

Posté par jeanne_01, 16 mars 2008 à 08:22

il y avait une fois deux hommes qui se fréquentaient depuis deux mois. Sur une toute petite île, au delà de laquelle il n'y a rien, ils se dirent leur amour. L'un d'eux connaissait cette île depuis fort longtemps, elle le titillait, mais il avait toujours, sans raison apparente, repoussé le moment d'y aller, comme si elle lui réservait quelque chose et qu'elle attendait son heure. Quelque chose d'inoui car il n'avait jamais vraiment vécu cette échange de mots. Quelques jours plus tard, le bon sens le rattrappa, il vivaient à 600 km l'un de l'autre, il demanda, qu'allons nous faire de tout çà? L'autre lui dit, serein, les solutions existent toujours... aujourd'hui leur maison s'achève, pas si loin de l'île.

Posté par karagar, 16 mars 2008 à 08:50

Jeanne > Nous sommes d'accord. C'est sans doute ce qui fait les charmes de ce sentiment : la rationalité n'y a pas sa place…

Karagar > Une si belle histoire ! Aurais-je osé l'écrire? ;))

Posté par Kitty78, 17 mars 2008 à 08:30

Qu'est-ce que le bon sens? Sinon un masque pour cacher ce qui fait de nous des être humain, une insulte envers la diversité humaine.

Posté par Loran, 21 mars 2008 à 05:02

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