Le blog de l'Errance

La vie m'étonne chaque jour : le pouvoir des mots, la beauté de l'amour et du corps dans l'intimité et la magie de l'anodin quotidien… J'aime être en vie et vous le dis.

01 avril 2008

Instantané 24 - Chez Anna

Isolé près du bar luxueux, j'observe les gens autour de moi et le lieu, un loft immense architecturé comme dans les publicités. Yan et Alex discutent ensemble. Nous ne sommes pas là depuis dix minutes qu'on dirait qu'ils se connaissent déjà depuis des lustres. Drôle d'impression… En même temps, ils sont musiciens tous les deux, ils sont du même monde et je ne devrais pas m'étonner de leur entente spontanée plus que ça. Je me rends compte avec une sorte d'effroi que j'ai déjà couché avec près de la moitiés des mecs présents dans mon champs de vision. Souvenirs, souvenirs… Il y a Julien qui m'a vu de loin et que je n'ai pas encore été saluer, Eric, évidemment puisqu'il est le jeune frère d'Anna, Alex donc. Ce fou de Jack est aussi de la partie, égal à lui-même, toujours à parader, les cheveux trop décolorés, la peau trop bronzée, les dents trop blanches. Il m'embrasse dans le cou sans manière et me présente la sublime créature métisse et le jeune gigolo à l'air blasé qui l'accompagnent.
— Alors, cow-boy! On me dit que tu es comme un moine, now? Moi, regarde, je m'éclate toujours et encore plus depuis que je connais Jessica et Kévin. C'est encore mieux à trois, la vie, you know? Me dit-il avec son accent anglais et son éternel sourire.
La soirée commence à peine et il a déjà trop bu. C'est bête, mais je suis content de revoir le compagnon de fête qui m'a entraîné dans un nombre incalculable de folles nuits et accessoirement dans mes expériences les plus limites.
— Tu nous manques à tous, tu sais? Quand reviens-tu faire la fête avec nous? Me demande-t-il.
— Peut-être plus tôt que tu ne crois, mais je serai accompagné.
— Oh, yes, je sais déjà.On m'a dit que tu es in love avec le beau gosse, là-bas. C'est vrai, alors? Toi aussi tu es piégé par le mythe?
— Le mythe?
— Oui, le mythe, l'amour, I mean! Je ne pensais pas que toi tu croirais en ce mensonge un jour.
— Tu as une drôle de manière de me dire que tu es jaloux, lui dis-je en riant.
Quelqu'un le hèle. Il se détourne non sans m'avoir fait son clin d'œil légendaire.
— A plus tard cow-boy. Je te surveille, tu sais!
Je cherche des yeux d'autre visages connus quand soudain des mains sorties de nulle part viennent me cacher les yeux en même temps qu'un parfum familier m'envahit. J'en lâche presque mon verre.
— Saluuuuuut, mon grand loup!
— Anna!
On se sourit, on s'étreint. Cela fait si longtemps.
— Alors, comment vas-tu? Ça va mieux, toi?
— Oui, la preuve, je suis là ce soir. Je te remercie pour tes mails. Ça m'a fait chaud au cœur.
— Ça compte ce genre de chose pendant les sales périodes.
Elle me considère attentivement.
— Tu as maigri.
— Un peu…
Elle me caresse la joue, ses admirables yeux noirs brillants de vitalité tout près des miens.
— Ça ne t'empêche pas d'être toujours aussi beau, mon salaud.
— Tu es superbe aussi, ma douce.
L'hommage la touche car elle me sait sincère.
— Tu sais, je repense souvent à nous deux et souvent je me dis que je regrette de ne pas avoir réussi à te convertir.
— Tu y as quand même réussi pendant six mois.
— Notre histoire m'a beaucoup marquée, tu sais?
— Moi aussi.
Elle chasse l'émotion qui a failli prendre le dessus sur sa jovialité un instant et reprend son air enjoué.
— Je vois que tu n'as pas perdu la main pour repérer le plus beau mâle au milieu d'une foule, fait-elle en suivant mon regard.
— Oui, Alex est toujours aussi magnifique.
— Mais non, voyons, je ne te parle pas d'Alex. Je te parle du sublime garçon à qui il parle.
— Ah…
Elle prend son air de conspiratrice et se rapproche de mon oreille.
— J'ai invité tellement de monde que je ne sais même pas qui c'est, mais à mon avis laisse tomber, il est hétéro. Je l'ai vu arriver avec une charmante demoiselle tout de noir vêtue et ils ont l'air plus qu'intime si tu vois ce que je veux dire. En plus, il m'a l'air un peu jeune pour toi, non?
Elle prend subitement une expression grave.
— Tu sais que je viens de fêter mes quarante ans? C'est terrible, terrible, fait-elle comme s'il s'agissait d'une catastrophe mondiale.
— Et moi mes quarante trois, ma chère.
— Nom d'un chien! Dire que ça fait plus de dix ans, nous deux. C'est dingue.
— Et oui.
— Bon, viens. Allons faire connaissance avec ce jeune homme. C'est bizarre, sa tête me dit quelque chose. Il est peu-être modèle. C'est sans doute l'un des amis VIP de Jack, encore. Ah, je sais! Je me demande si je ne l'ai pas vu poser dans le dernier Vogue.
Je la freine dans son élan en riant.
— Laisse-le donc tranquille. Dis-moi plutôt comment tu vas, où tu en es. Tu ne m'avais pas menti. Ton nouveau mec a l'air d'être plein aux as.
Elle regarde autour d'elle comme si elle découvrait l'endroit pour la première fois.
— Oui, tu as vu ça. Tout est à Francis. C'est bien la première fois de ma vie que je tombe amoureuse d'un homme riche. C'est un peu dur à gérer parfois. J'ai tellement l'habitude de galérer. Enfin, je ne vais pas me plaindre! Je regrette qu'il ne soit pas là ce soir, il a dû partir à Singapour en urgence. Et ne me demande pas ce qu'il fait. Tout ce que je peux te dire c'est qu'il est dans la haute finance. Il a déjà essayé de m'expliquer, il n'y a rien à faire, j'y comprends goutte. Il est adorable, tu sais. Il s'extasie sur tout ce que je fais. Il va nous aider à trouver une galerie digne de ce nom pour qu'on expose notre travail à Alex et moi. Je te montrerai, on n'est pas mécontents du fruit de nos efforts.
— Tu parles de photo, là?
— Oui. Je t'en dirai plus tout à l'heure. Allez, viens, on va embêter le beau gosse. Je veux savoir qui c'est.
— Je sais qui c'est, moi.
— Ha bon?
— C'est Yan.
— Yan? Ton Yan dont tu me parlais dans tes mails?
J'acquiesce. Prise au dépourvu, elle marque un temps d'arrêt en le déshabillant du regard.
— Et tu me laisses déblatérer comme une vieille folle depuis tout à l'heure? Tu aurais pu me le dire tout de suite, fait-elle faussement outrée en m'infligeant une petite tape comique sur le bras.
Sans transition, elle reprend le visage le plus sérieux.
— Tu n'as pas menti. Il est sublime. Tu me présentes? Il sait pour nous?
— Il sait tout sur nous, sur toi, sur tous les gens que je connais dans cette pièce.
— Je vois, vous ne vous cachez rien.
— Ce n'est pas ça. J'ai besoin qu'il sache vraiment qui j'ai été avant lui.
Elle sourit.
— Donc, c'est vrai, tu es vraiment amoureux comme le sont les gens amoureux? C'est bien vrai de vrai?
— Et oui!
— J'aurais voulu que ça soit moi qui t'inspire ça.
— Ça a été moins une.
— C'est ça. Moque toi.
— Mais, je ne me moque pas! Tu as été la seule nana à me détourner des mecs aussi longtemps. Crois-moi, c'est que j'étais bien accro à toi.
— Redis-moi ça encore, fait-elle, enjôleuse.
— Allez, viens donc, dis-je en la prenant pas la taille. Ah, et pendant que j'y pense, si tu veux être copine avec lui, deux règles à respecter scrupuleusement : ne lui dis pas que tu le trouves beau, ne lui fait même pas comprendre, et ne lui parle pas de son âge.
— Quel âge, au fait?
— À ton avis?
— Je dirais… Je ne sais pas, dix-huit, dix-neuf… Vingt grand maximum.
— Bon, et bien on va dire que c'est ça.
— Yvan, dis-moi son âge, enfin, s'indigne-t-elle.
Je soupire et me résigne.
— Dix-sept.
Je ne lui laisse pas le temps de réagir, je l'entraîne vers les deux garçons d'un bras ferme.

> Suite

Posté par kitty78 à 09:30 - LE DÉGEL (roman en cours) - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

Je t'envoie un bol d'air iodé.
Je vois que tu bosses !
Pensée amicale

Posté par , 02 avril 2008 à 13:55

J'ai un peu hésité à faire ce comm. Mais bon, allez, soyons courageux et sincères (hihihi). Donc là, désolée mais je ne marche pas du tout. L'amoncellement de clichés est tel qu'on y cherche un possible 2ème degré, une satire de milieu branché parigot, mais non, le style n'est pas au pastiche et ça ne serait pas dans le ton du reste de l'histoire. Bref, tes personnages m'ont fait éclaté de rire tellement ils sont caricaturaux, dans leurs postures, dans leus dialogues, alors c'est difficile d'avoir de l'intérêt pour ce qu'ils ressentent.
Ne m'en veux pas !!!!!!!

Posté par klegdouarn, 02 avril 2008 à 19:15

Enfin si d'ailleurs, tu peux m'en vouloir !

Posté par klegdouarn, 02 avril 2008 à 19:15

Ouhhh !

Elle est bien sévère ta copine tout d'un coup!
Je trouve cet épisode tout à fait dans le climat général de ton roman.
Mais ça me fait flipper : ces gens trop beaux, trop à l'aise, trop "performants", trop tout... je me dis que je ne pourrai jamais entrer dans leur cercle. Ils me prendraient pour un vilain petit canard.

Bizous

Mathys

Posté par zwelthus, 03 avril 2008 à 22:44

Mû > Merci, j'en aurais bien besoin d'air iodé!!

Kleger > Tu as une réaction on ne peu plus saine à ce qui se dégage de cette scène. Dans la version définitive du roman, le perso de Jack aura été développé à en amont et cette scène présente sera elle ussi plus longue. Ces personnages sont en effet des caricature. Si je ne fréquente pas ce milieu dans ma vie perso, je croise pas mal de beau spécimen dans mon boulot (milieu puant de la pub). Tu aurais été présente à cette soirée d'Anna, sans doute aurais-tu tout aussi bien éclaté de rire tant tout ceci t'aurais semblé ridicule. Et à coup sûr tu ne serais pas resté dix minutes. Et moi areil. :))

Mathys > Tu aurais pu rajouter à ta liste "trop superficiels" et "trop cons". Ce monde qu'à fréquenté Yvan par le passé et avec lequel il renoue vaguement à l'occasion de cette soirée chez une ex n'a rien de plus captivant qu'une mauvaise pièce de théâtre de mon point de vue. Ces gens qui ne savent que parader ne sont souvent distrayants que bien peu de temps pour qui attend autre chose de la vie et des relations humaines.

Posté par Kitty78, 06 avril 2008 à 09:50

La Radoteuse

Ma réaction n'était pas d'ordre moral, donc ni saine, ni pas saine, là n'est pas le sujet, et elle n'était pas non plus d'étonnement, je sais bien fichtre que ce genre de personnage existe, il m' ariive même figure-toi, à l'occasion d'en croiser des spécimens (rarement, ouf!!!) ! Elle était purement littéraire, ou esthétique si tu préfères.Je crois qu'une des difficultés de l'écrivain c'est de se trouver toujours à un point stratégique par rapport à ses personnages, entre la symbiose et le regard distancié, et ceci à chaque page, à chaque ligne. Et je sais, c'est une vraie difficulté

Posté par klegdouarn, 06 avril 2008 à 10:09

Kleg > Je prends bonne note ta remarque que j'avais effectivement mal comprise. Il faudrait, je pense, réflexion faite, que je m'attarde davantage sur ce que ressent Yvan face à ces gens très "dans le paraître" (comme lui était avant, en fait) qu'il a perdu l'habitude de fréquenter. Cet instantané, sans doute, est-il tout simplement trop illustratif et pas assez développé.

Tu parles de rapport aux personnages, ça c'est un sujet sensible et passionnant. Moi le nerf essentiel de ma ligne de conduite par rapport à eux est l'absence de jugement. Même pour Eric, le bôgosse simplet, même pour Solange, la femme un tantinet manipulatrice, même pour ce Jack fêtard caricatural usé par trop d'abus, j'ai une tendresse comparable à celle que je ressens pour mes deux héros Yvan et Yan. J'essaye de les montrer sous leur jour le plus réaliste en m'effaçant. Peut-ête même ai-je fait le chois de ne pas être la narratrice pour cela : mieux laisser vivre mes personnages comme ils se présentent dans ma tête… Je ne sais pas si je suis très claire… Je crois que je parle d'objectivité alors qu'un écrivain se doit de n'être que subjectivité… O_o

Posté par Kitty78, 06 avril 2008 à 16:02

C'est vrai que ça donne l'impression que Yan "achète" tout ça. (et toi du même coup) Comme si c'était un idéal. C'est un peu comme si ça manquait de "sombre". Mais ça pourrait créer un effet intéressant de contraste, dépendant de la suite...

Posté par Pierre-Yves, 06 avril 2008 à 18:03

Pierre-Yves > Je crois voir ce qui vous chiffonne toi et Kleger. Je me suis peu concentrée sur les impressions d'Yvan et j'ai laissé la part belle à un dialogue somme toute plutôt insignifiant. Je vais "remettre les pendules à l'heure" dans la suite de ce dialogue, promis!
:)

Posté par Kitty78, 07 avril 2008 à 08:13

A te lire, je suis de plus en plus convaincu que tu as été un homme homosexuel dans une vie antérieure ou parallèle.
Cette soirée mondaine est très bien croquée, on sent les artifices hypocrites sans réel parti pris de ta part, me semble-t-il... En tout cas, moi j'imagine ça exactement comme ça.

Posté par Lovedreamer, 18 avril 2008 à 11:12

Lovedreamer > La scène est en réalité beaucoup plus détaillée dans la version finale (qui n'est encore que dans ma tête). Elle est sensée révéler plus précisément l'univers que fréquentait Yvan avant de péter les plombs.
Si le temps ne me manquait pas tant en ce moment, j'aurais déjà écrit tout les développements de mes instantanés et même la fin du roman que je commence à percevoir de plus en plus précisément.

Posté par Kitty78, 19 avril 2008 à 17:01

Poster un commentaire