AP_09_09aJ'écris chaque jour des phrases irrépressibles, des poèmes, des parcelles infimes ou clé d'un roman débuté il y a trois ans, des nouvelles, des dialogues, parfois sur le papier, parfois dans ma mémoire vive pas toujours fiable… Pourquoi?

Dans un premier temps, je dirais que c'est pour me distraire, comme m'écarterait de ma ligne de vie fatalement unique une bonne séance de cinéma (ceci expliquerait d'ailleurs pourquoi j'y vais si peu) ou un bon roman (…et pourquoi je lis si peu, mais là, honte sur moi) et, dans un second temps, pour évacuer certains éclaircissements nécessaires, ces deux buts se mêlant parfois de la plus imprévisible façon.

Comme je le disais il y a dix ans dans la conclusion de mon mémoire de fin d'étude, c'est plutôt étrange que dans cet environnement déjà débordant de bruit, de formules lourdes de sens et de bavardages qui est le mien, environnements de la cité tentaculaire qui m'effraie et du milieu professionnel de la "communication" qui m'épuise par la seule force de son insondable vacuité, c'est étrange, disais-je, que je puisse encore avoir besoin des mots. Est-ce qu'il ne serait pas plutôt vital d'apprendre à me taire, à faire le vide, à méditer plutôt que d'en rajouter une couche, au demeurant sans aucun doute insignifiante, avec ma petite voix?

Parfois je me dis que dans ce monde bruyant, écrire et se taire, c'est peut-être pareil. Mais je ne le pense pas vraiment. Trop d'âmes brillantes sont réduites au silence sur cette planète. Tout le monde sait cela. Comme on sait que bien de médiocres bavards feraient mieux d'aller s'enfermer dans leur chambre et d'y rester pour réfléchir… Attention, je ne dis pas que je suis une âme brillante, mais je travaille à me tenir loin de la médiocrité autant que faire se peut.

Après tout, les mots, même indubitablement chargés d'une part de pouvoir qui nous échappe, ne sont  qu'une matière première neutre dont on doit faire ce que l'on veut.

Moi j'ai besoin de faire vivre mes mots, mon choix de mots, de phrases, de pensées, d'évocations, d'images… J'en ai besoin sous peine que ma vie me semble "moindre".

Ecrire m'a permis de goûter aux vertiges de quelque chose que l'on nomme liberté, parfois même, via la poésie, de me trouver ailleurs en un nouveau "discible". Ecrire est le seul moyen que j'ai trouvé d'aménager en moi ce recul nécessaire chargé de l'oxygène qui me manque.

Il y a dix ans, toujours dans cette même conclusion de ce même mémoire, je disais cela : "Là où s'emmêle trop de sens, où se disputent trop de messages assourdissants, où tout signifie jusqu'à l'écœurement et la confusion, la conquête d'un espace de calme intérieur est le défi le plus difficile mais peut-être le seul important qui vaille encore la peine d'être relevé, le seul qui puisse me permettre de développer une perception nouvelle de la vie, une perception qui accepte l'idée de l'informulable, du non classé, du non formaté. C'est pour cette raison que manier les mots de façon à ce qu'ils ne signifient plus quelque chose de connu ou de compréhensible est peut-être l'unique manière possible d'inventer, d'atteindre de nouveaux horizons de pensée et peut-être est-ce l'unique voie vraiment enrichissante qu'il me reste à emprunter... Notre monde a besoin de renouveau, de nouvelles connexions neuronales. La poésie, la création pourrait les générer."

Je suis encore d'accord avec cela, dans les grandes lignes, toutes ces années après. Il n'y a que cette idée de "calme intérieur" qui me chagrine. Lorsque l'on veut écrire, ce n'est pas un espace de calme intérieur que l'on se ménage en soi, non, c'est quelque chose de plus lourd de conséquences que ça, c'est un replis, un retrait, une absence aux autres. Une sorte de gouffre… J'aurais dû dire solitude plutôt que calme. Cela eût été plus juste.

Aujourd'hui, si j'écris si peu à mon goût c'est que je n'ai osé encore faire le sacrifice d'une vie sociale qui est nécessaire à mon équilibre. Dans les deux prochaines années, je vais tout faire pour rééquilibrer un peu les choses, rendre à mes projets au moins une part de la place qu'ils méritaient à la base, que je jugeais qu'ils méritaient. L'avenir dira si je m'y tiens.

En tout cas, le peu que j'ai réalisé malgré le manque de temps, le boulot, la fatigue, les problèmes de fric ou les doutes, ce peu toujours perfectible qui me garde debout et à bien des égards me dynamise autant qu'il me frustre, c'est à vous que je le dois ces trois dernière années.

Donc merci, visiteurs d'ici.