Sous les mouvements du ciel, la démarche solaire,
Je les vois chaque jour, furtives inaccessibles,
Fouler le doux matelas d'un confort hérité
Sans jamais ralentir pour sourire ou rêver,

Trop occupées qu'elles sont à dénicher le Prince…

Issues d'une lignée de beautés affûtées,
Elles lancent maintes grâces sous nos yeux fatigués
Et leurs regards lointains à la gemme changeante
évitent ne plonger dans ceux d'un autre rang.

Se laisser admirer est leur seule bonté…

Les jambes somptueuses sur leurs talons pointus,
Elles se parent d'atours tissés d'or et de soie—
trois fois la paie d'un pauvre, hiver comme été —
Et ne frayent jamais qu'avec ceux de leur clan.

Il est si mal vu de mélanger les sangs…

Elle sont blondes ou bien brunes, voluptueuses ou sveltes,
Leur visage a l'éclat de leur avenir radieux
Sirènes adolescentes ou nobles quadragénaires,
Elles traversent la vie ignorant ses écueils

Car l'échec est proscrit au sein des forteresses…

Ce n'est qu'à l'heure tardive, à l'heure des adieux,
Lorsque les héritiers ont quitté le nid d'or,
Que les désillusions et leurs quelques regrets
Les privent de leurs ailes, les font vieilles femmes seules

Et marquent enfin leurs traits d'un peu profondeur…

princesse