< Début de l'histoire

flo©Parker_Fitzgerald— Divorcer ? Toi et maman ? Mais, mais, enfin… Mais, pourquoi ?

Je crois qu’elle a pâli. Elle fait les yeux ronds comme des soucoupes, on veut parler en même temps, on s’interrompt en même temps.

Il est dix-huit heures ici et il fait nuit. De l’autre côté de l’océan, de l’autre côté de l’écran de l’ordinateur, il est six heures de moins, il fait jour, et Flo s’affole. Elle m’a parlé d’elle, comme d’habitude, de sa vie canadienne, de ses amis, de ses activités, puis, fatalement, un moment, il a fallu qu’on en vienne à moi. Elle a voulu savoir pourquoi j’ai cette tête de déterré, pourquoi je n’ai pas suivi Claudia et Bastien chez ma belle-mère pour les vacances de février. Je lui ai donc répondu franchement, sans détour. Flo déteste les détours. Je lui ai dit que j’étais très fatigué par le boulot, que ma chef m’avait obligé à prendre une semaine de congés, je lui ai également dit que sa mère et moi pensions nous séparer et qu’on avait commencé à parler divorce.

— J’ai rencontré une autre personne. J’aurais préféré t’en parler de vive voix…

— On parle de vive voix, là, papa. Vous deux, pour moi, c’était à la vie à la mort, enfin ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Je te dis, je suis tombé amoureux de quelqu’un d’autre.

— Mais, tu es avec maman… Je… Vous vous entendez hyper bien, vous vous aimez ! Tu ne peux pas avoir trouvé mieux qu’elle ! J’hallucine, il suffit que je m’en aille quelques mois pour que tout se barre en sucette !

— Flo…

— En plus, tu as vu ta tête ? Ta nouvelle copine, elle n’a pas l’air de te rendre très heureux si tu veux mon avis.

— Écoute, ma puce, c’est compliqué. Je crois que je vais te laisser. Je voulais seulement que tu sois au courant.

— Ha, non, ne te défile pas ! Tu ne vas quand même pas couper après m’avoir lâché une nouvelle pareille ! Tu m’en as trop dit ou pas assez. Dans quel état est maman ? Pourquoi elle ne m’a rien dit ?

— C’est dur pour elle. Attends qu’elle ait envie de t’en parler, ne la bouscule pas.

— Papa, écoute-moi bien. Tu déconnes à plein tube, là. Tu vas aller à Chartres, chez mamie, retrouver maman et Bastien, et tu vas leur dire que tout est fini, que tout revient à la normale, que ce n’était qu’un moment de faiblesse, un coup de folie passagère… Ça arrive. Ce n’est pas si grave. Elle te pardonnera.

— Flo… Ce que je vis avec cette personne est très fort, c’est incroyable et je…

— Je t’interdis de quitter maman. Tu ne peux pas nous faire ça !

Elle a les poings serrés sur son bureau, regarde un instant ailleurs, sans doute vers une fenêtre, furibonde. J’ai soudain une forte envie de pleurer. J’arrive heureusement à la maîtriser.

— Il faut que je vive ce qui m’arrive jusqu’au bout. Je n’y peux rien.

— C’est qui cette nana ? Elle a intérêt à être vraiment exceptionnelle, parce que si je la tenais, là, je te jure… Pourquoi tu as l’air malheureux, alors, si c’est si génial avec elle ?

— Déjà, ce n’est pas une nana, mais un garçon. Et, si je suis malheureux c’est pour un tas de raisons : je me suis engueulé avec lui, je fais souffrir ta mère, je ne sais plus trop où j’en suis…

— Attends, attends. Je n’ai pas compris. Tu peux répéter ? Fait-elle, les sourcils froncés, visiblement persuadée d’avoir mal entendu.

— C’est un garçon, me contenté-je de répéter.

Elle fait le même geste que sa mère l’autre soir, elle met ses mains devant sa bouche et reste là, les coudes sur son bureau, à digérer l’annonce en me fixant avec stupéfaction. Je l’entends marmonner « c’est pas vrai, je rêve, je rêve ». Le meilleur ami de Flo, Bruno, est gay et je sais qu’elle n’a aucun problème à ce sujet, à la base.

— D’accord… Je vois. Ça vient de sortir : mon père est homo. Super. Donc, c’est sexuel ton histoire ?

— Ne le prends pas mal, ma belle, mais je ne crois pas que ça te regarde.

— Papa ! Tu sais, ça ne sert à rien de faire le coincé avec moi.

— Il n’y a plus de respect…

— On s’est toujours tout dit. Parle-moi. Déjà à Noël, je t’ai trouvé bizarre, mais là, rien que de voir la tête que tu as, je m’inquiète comme une malade. C’est qui ce mec ? Il ne t’a pas fait de mal, au moins ? Je veux dire, en dehors de t’avoir fait péter les plombs.

— Je ne pète pas les plombs le moins du monde. Et, pour te répondre, c’est loin de n’être qu’une histoire de sexe. C’est tout ce qu’il y a de plus sérieux. Nous voulons vivre ensemble.

— C’est pas possible, je rêve, répète-t-elle en se passant la main sur le front… Donc, si je te suis, vous voulez vivre ensemble mais vous vous êtes déjà engueulés, c’est bien ça ?

— J’ai dit son nom à ta mère et à ton frère alors qu’il voulait rester incognito.

— Ah, d’accord ! Et à moi tu ne me le dis pas ? S’insurge-t-elle.

— Je n’ai pas envie d’aggraver mon cas.

— Tu as peur de lui ou quoi ?

— Bien sûr que non. J’ai surtout peur que ça le blesse encore plus.

— Pourquoi Maman et Bastien sauraient qui il est et pas moi !

— Je n’ai rien eu à leur dire, ils ont deviné tous seuls.

— Allez, c’est bon, dis-le moi ! Dis-le moi, sinon je vais cuisiner Bastien jusqu’à ce qu’il cafte.

— Ce n’est pas beau le chantage.

— Oui, mais là, c’est un cas de force majeure.

— Ha, Flo, Flo, Flo. Bon, promets-moi de le garder pour toi.

— Je ne vois pas qui ça intéresserait, à Montréal, sans vouloir te vexer.

— Promets.

— Ok ! Promis, s’exclame-t-elle en levant les yeux au ciel.

— C’est ton cousin, Matteo.

— Matteo ? Mais, il n’est pas homo, Matteo, si ?

— Ah, si. Si, si, je t’assure, il l’est.

— Ça alors, troisième scoop du jour.

— Troisième ?

— Divorce de mes parents, coming out de mon père, Matteo gay aussi, ça fait trois pour moi. La vache, ça fait beaucoup d’un coup.

— Je sais. J’ai hésité à t’en parler, puis je me suis dit…

— Non, tu as bien fait, tu as bien fait…

Elle se recueille, l’air ailleurs. Connaissant son tempérament de feu, je suis tout de même soulagé de la voir conserver un calme relatif. Je n’en attendais pas moins d’elle.

— Ecoute ma puce, je vais te laisser. On reparlera de tout ça plus tard, dis-je pour la faire sortir de sa perplexité silencieuse.

— Tu es tout seul à la maison depuis combien de temps ?

— Depuis que ta mère et ton frère sont partis, vendredi. Claudia ne veut plus de moi dans ses pattes. C’est logique. Elle aussi, elle a besoin de réfléchir à la situation pour digérer tout ça… Ça va lui faire un peu de bien d’être quelques jours chez sa mère avec Bastien. Enfin, j’espère.

— Mais, et toi, comment tu vis tout ça ?

Cette attention soudaine me surprend et me touche profondément, tellement, en fait, que ma gorge se serre. Elle est la première personne à se montrer spontanément soucieuse de ce que je ressens.

— Ça va, papa ? Tu ne vas pas te mettre à pleurer ? Ne me fais pas ça. C’est si dur ?

Je sors un mouchoir, me mouche, histoire d’enrailler le processus lacrymal…

— Excuse-moi… Tu es adorable de t’inquiéter pour moi.

— C’est normal.

— Je suis en plein chaos, en réalité. Je me sens à la fois heureux, malheureux. J’ai peur d’avoir fait une grosse connerie, mais en même temps, je ne regrette rien. En plus, je ne dors pas bien, en ce moment… Je n’ai pas l’habitude de dormir seul, je crois que c’est à cause de ça.

— Mais, et Matteo, qu’est-ce qu’il fabrique à te laisser comme ça ? C’est peut-être plus sérieux pour toi que pour lui, non ?

— Non. Il est seulement mort de trouille à l’idée que sa mère apprenne pour lui. Claudia et Bastien m’ont donné leur parole de ne rien dire à Paula, pourtant. J’ai eu beau essayé de le rassurer là-dessus, il n’y a rien eu à faire. Enfin, je ne suis pas trop inquiet. Quand il va voir que rien ne se passe, il va se calmer. Ça va se tasser.

Elle me considère avec un drôle d’air, un drôle de petit sourire. Ça signifie peut-être qu’elle commence à se faire à l’idée.

— Tu sais que tu m’épates ? Fait-elle, péremptoire.

— Ha, bon ?

— D’un côté, ça me rend folle que tu oses faire ça à maman, et d’un autre côté, ça me scie que tu assumes un changement pareil, comme ça, tout à coup.

— Ce n’est pas tout à coup. Ça a commencé en septembre.

— Tu m’aurais dit, j’ai plaqué mon job pour partir faire le tour du monde, ou pour monter un groupe de musique pop, sérieusement, ça m’aurait moins étonnée. Tu réalises tous les changements que ça va impliquer pour toi de vivre sans maman ?

— Je commence à le réaliser. Je me sens très seul… Matteo m’avait prévenu que dire les choses haut et fort risquait de faire le vide autour de moi…

— Le vide, il ne faut peut-être pas exagérer non plus, mais c'est vrai que ce n’est pas toujours facile d’être pédé, même de nos jours. Tu sais, j’écoutes les malheurs de Bruno depuis ses quatorze ans. Il a morflé plus d’une fois, le pauvre.

— Matteo aussi. Il va bien Bruno ?

— Oui, ça a l’air. Aux dernières nouvelles, il a un copain sérieux. C’est la première fois que ça lui arrive, ça lui fait bizarre.

— Tant mieux.

— C’est fou, quand j’y pense. Jamais je n’aurais imaginé que tu sortes un jour de tes petites habitudes bourgeoises, et encore moins de cette manière.

— Ne commence pas à politiser les choses, Flo. Je sais ce que tu penses de la bourgeoisie. Je suis le même, et mes petites habitudes bourgeoises, comme tu dis, vont rester les mêmes.

— Alors, ça, ça m’étonnerait. Admets-le que tu ne vois plus la vie de manière aussi désespérément basique qu’avant.

— Je… Oui, bon, c’est vrai que ça bouscule tout ça, mais…

— Si tu avais voulu garder ta vie comme elle est, tu nous l’aurais caché à tous, voire peut-être même à toi-même…

— Tu ne crois pas si bien dire. En réalité, je crois que c’est ce que j’ai fait jusqu’ici… Mais là, je n’ai pas eu le choix. Je suis tellement amoureux que je ne vois pas comment j’aurais pu le cacher. On ne peut pas faire abstraction de ce genre de choses. J’ai l’impression de ressentir les choses comme j’aurais dû les ressentir quand j’avais ton âge.

— Tu n’étais pas amoureux à vingt ans ?

— Non, je ne pensais qu’à mes études.

— Tu jouais ton rôle d’étudiant brillant, conditionné à mort par tes parents. Voilà ce que c’est d’être trop obéissant, on passe à côté de soi-même ! Maintenant tu te réveilles. Mieux vaut tard que jamais. Si ça pouvait aussi sortir maman de sa petite bulle catho…

Ah, la franchise décoiffante de ma fille ! Je ne m’y ferai jamais.

— Pitié, Flo, laisse donc ta mère dans sa bulle, si elle en a envie.

— Mais moi, ça me plairait bien que maman s’ouvre un peu à autre chose que ses patients et sa paroisse… Je pourrais peut-être enfin m’entendre un peu avec elle et parler d’autre chose que de la pluie et du beau temps. Ce qui t’arrive va forcément la faire se remettre en question. Même si ce n’est pas facile, elle va forcément évoluer un peu…

— Flo… Ta mère est comme elle est. Elle respecte tes choix et tes goûts, alors essaye d’en faire autant avec elle. On en a déjà assez souvent parlé.

— Oui, bon, je sais, je m’emballe. En tout cas, pour toi, ça me rassure que ce soit Matteo qui t’ait tapé dans l’œil. C’est quelqu’un d’adorable. Hé, hé ! Tu vas voir ce que c’est de vivre avec un artiste, se moque-t-elle.

— Je le vois déjà…

Elle se tourne vers quelqu’un hors champ, dit quelques mots en anglais.

— Je vais devoir te laisser, papa, il faut qu'on aille préparer le vernisage. Je te rappelle demain, même heure, ok ?

— Non, je t’appellerai, moi, plutôt. Dans quelques jours.

— Bon, comme tu veux, mais si tu déprimes trop, ne reste pas tout seul, d’accord ?

— Ne t’inquiète pas pour moi, va. Ça va aller. Et, tu sais, ça me fait du bien de voir que tu prends tout ça du bon côté.

— Ben, j’avoue que ça me fait quand même drôle. Tu peux te vanter de m’avoir étonnée ! Il va me falloir un peu de temps pour me faire à l’idée, mais bon, c’est ta vie… Je n’ai pas à te juger. Et pour moi, ça ne change rien : tu es mon père, point. J’ai besoin de vivre des choses, tu as besoin de vivre des choses, on a tous besoin de vivre des choses. On n’a qu’une vie. Et je me dis que maman est forte. Quand elle aura accusé le coup, elle rebondira, elle a de la ressource… Et la foi…

— Oui, je l’espère.

— Elle n’est pas trop en colère contre toi, ça va ?

— Etonnamment, non. Je dirais qu’elle est plutôt assommée, la pauvre.

— J’imagine.

— Bon, je te fais un bisou. Si Matteo te fait souffrir, dis-lui de ma part qu’il ne perd rien pour attendre.

— Matteo est un ange. Il ne me fera pas souffrir.

— Il a intérêt. Je t’embrasse.

— Je t’embrasse aussi, ma belle. À très vite.

Je reste longtemps immobile, absent, devant l’écran soudain inexpressif. Je me rends compte que j’ai les paumes moites de stress. Flo, mon adorable vif argent, possède cette liberté de penser qui m’a toujours fait défaut. Cet esprit de révolte qui gronde en elle depuis l’adolescence, malgré l’atmosphère paisible dans laquelle nous l’avons élevée, m’impressionne. C’est quelque chose que je lui envie. Je crois bien que c’est son opinion qui m’importait le plus.

J’ai toute une soirée de solitude et de calme devant moi. Il ne faut pas que je reste à broyer du noir. Matteo m’avait promis de m’appeler aujourd’hui et je n’ai toujours pas de nouvelles. En réalité je suis terriblement inquiet. J’ai peur d’avoir perdu sa confiance.

Je me couvre et pars au garage. J’ai décidé de tout ranger, trier, jeter. Ça m’occupera. En plus, les encombrants passent lundi matin, c’est l’occasion d’alléger tout ce fourbi accumulé depuis dix ans. Au bout d’une bonne heure à m’activer, en soulevant des vielles planches de bois de récupération que je ne réutiliserai sans doute jamais, je tombe sur le grand miroir cassé que je ne m’étais pas résolu à jeter. Une seconde, mon reflet me fait l’impression d’être celui d’un autre. Je ne sais pas si c’est la lumière un peu blafarde de l’ampoule, ma barbe inhabituelle ou mes traits tirés, mais je me reconnais peine. Je reste là comme un idiot à me fixer moi-même. J’ai l’impression d’avoir pris dix ans d’un coup ces derniers temps. J’ai l’air d’un bûcheron hirsute qui vient de traverser trois mois de solitude dans le Grand Nord canadien… Franchement, je fais peur à voir. Il faudra que je mette ce miroir sur le trottoir lui aussi. Puis, il faudra que je me rase. Je sors dans le jardin une énième fois pour y entreposer le bric-à-brac à jeter. La nuit est silencieuse. Il s’est mis à neiger. Les gros flocons espacés et légers comme des duvets sont si beaux que je reste dehors à les regarder tomber tout doucement sur la pelouse abîmée pas l’hiver. Je m’assois sur le petit banc de pierre et sors une cigarette. Je me suis assez sali pour ce soir. J’arrête. En plus, j’ai faim. Je vais me faire une omelette. Je vais peut-être même regarder la télé… Non, je vais plutôt regarder du porno gay sur Internet… Non plus, je serais encore plus déprimé ensuite… Je vais me faire à manger, rentrer du bois pour un feu de cheminée et on verra bien.

Une demi-heure plus tard, j’ai mangé et mon feu flambe à fond. Une angoisse froide me monte dans la poitrine. J’ai la sensation d’avoir basculé dans une dimension qui n’est pas la mienne. Je vais à la fenêtre pour regarder la neige tomber. C’est à ce moment là que mon téléphone mobile vibre dans ma poche de jean. C’est le nom de Matteo qui apparaît sur l’écran.

— Salut. J’attendais ton coup de fil.

— Salut Christian. Tu vas bien ?

— Tu me manques.

— Pareil. J’ai absolument besoin de te voir.

— Quand tu veux.

— Tu fais quoi, là ? Je te dérange ?

— Non, pas du tout. On peut se voir ce soir. Je peux te retrouver à Paris.

— Et bien, en fait, je suis devant ta grille.

— Pourquoi tu ne me l’as pas dit tout de suite ? Je viens t’ouvrir.

— Christian. Je n’ai pas vraiment envie de croiser Claudia, tu comprends, mais il fallait que je vienne, je…

— Je suis seul à la maison. Claudia est chez sa mère pour une semaine avec notre fils. J’arrive, ne bouge pas.

— Ok.

Le temps de mettre la main sur les clés, de remettre mes chaussures et de traverser le jardin enneigé jusqu’à l’entrée, la joie et l’excitation me submergent. Cela fait sept jours que je ne l’ai pas vu, que je ne l’ai pas touché. Je lui ouvre. Il est sous son parapluie déjà couvert de neige, emmitouflé et grelottant. J’en déduis qu’il a dû mettre un bon bout de temps avant de se décider à faire mon numéro. Je l’entraîne vite au chaud.

Je n’ai pas encore cerné son état d’esprit. Je le laisse accrocher son manteau, se mettre à l’aise.

— Ça te tente, un verre de bon Bordeaux ? Dis-je, en m’apprêtant à partir à la cuisine.

Il ne me répond pas, s’approche tout près. Mon rythme cardiaque devient frénétique. On s’enlace, on s’embrasse.

— Je m’excuse pour cette semaine… J’ai déconné, dit-il.

— Je n’aurais pas dû dire ton nom.

— Non. Ils sont ta famille. Je n’ai aucun droit de te demander de leur cacher. C’est moi qui ai un problème. J’ai beaucoup réfléchi. Si j’ai peur que ma mère sache pour moi, je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même. J’avais besoin de te le dire en face. C’est pour ça que je suis venu. Ça ne pouvait pas attendre. La vérité c’est que je suis jaloux de ton courage, reconnaît-il avec une moue contrariée.

Il me regarde attentivement, me passe le pouce sur la barbe.

—  Ce que tu es beau, murmure-t-il, sans transition.

— Non, je ne suis pas beau… Je suis vieux, pas lavé, pas coiffé, pas rasé et pas habillé.

Il sourit.

— Mmm, à l’état sauvage, comme j’aime.

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Photo © Parker Fitzgerald