< Début de l'histoire

Ruggero Palazzo

— Je suis tellement content d’être venu. C’est officiel, je ne peux plus me passer de toi, me dit Matteo.

— À vrai dire, j’ai craint l’inverse toute la semaine.

Il m’embrasse avec cette ferveur qui n’appartient qu’à lui. Le désir fait briller ses prunelles plus encore qu’à l’ordinaire. J’aime tous les signes de l’éveil sensuel chez lui, sa façon de respirer plus intense et de laisser parler son silence plus explicitement que ses mots.

— J’ai eu quelques jours d’angoisse où j’ai été d’humeur plutôt sombre — demande à Ludmila —, mais en réalité, je n’ai pas réussi à t’en vouloir… C'est vrai, quoi, si je suis lâche, tu n’y es pour rien.

— Comme tu y vas ! Tu n’es pas lâche, voyons. Tu fais un blocage. Il y a forcément une raison à ça.

­— Sans aucun doute.

Il arrange le col de ma chemise à carreaux dont j’ai défait les deux premiers boutons tout à l’heure en revenant du garage. L’air de rien, il glisse son index dans l’échancrure pour me toucher la peau et jouer avec quelques uns de mes poils. La concupiscence qui émane de lui suffit à me mettre dans tous mes états en un clin d’œil. Je lui soulève le menton pour m'emparer de sa bouche. On fait durer notre baiser, on le laisse se déployer. Je ne touche plus terre. Il semblerait que cette semaine de séparation nous ait mis aux abois autant l’un que l’autre. Sans quitter mes lèvres, il dégrafe mon pantalon et me le baisse d’un coup. Sa détermination ne prête à aucune résistance, à aucune discussion. Dans la foulée, avec une lueur d’extase dans le regard, il me libère de mon sous-vêtement pour m’empoigner. Je le devine pressé. Ça m’excite prodigieusement. Pendant qu’il me caresse, je l’embrasse passionnément. Ce don qu’il possède pour m’affamer de lui relève de la magie. C’est comme si plus rien n’était grave, comme si je retrouvais une insouciance enfantine. Je n’en finis pas, à son contact, de me libérer et de m’étonner des réactions de mon propre corps. Sa spontanéité primaire me donne des ailes.

Puisqu’on n’a pas le temps de penser à un autre endroit, on s’allonge là où nous nous trouvons, à même le tapis, lui toujours habillé, moi à moitié défroqué. On s’y enlace comme on lutte et on s’y embrasse comme on joue. Je n'arrête pas de sourire tellement je suis rassuré et heureux. Je n’ai pas encore fini de déboucler sa ceinture qu’il me demande de le prendre avec une impatience qui frise l’anxiété. « Tes désirs sont des ordres », je lui dis. Faisons fi de tout préliminaire, donc. Je le retourne sous moi, le dénude juste ce qu'il faut. J’ai sa peau nue sous mes mains, enfin ! Sa malléabilité en dit long sur sa soumission. À mon tour de défaillir d’impatience… Il se soulève un peu sur les genoux pour mieux se livrer. C’est la première fois qu’il y a urgence au point qu’on ne prenne même pas le temps de se déshabiller. Il s’essouffle rien qu’à me sentir humecter nos chairs prêtes à s’unir, et geint de soulagement en griffant le tapis lorsque je prends possession de lui.

Je ne pensais pas me comporter un jour avec une bestialité aussi débridée, mais c’est lui qui m’y incite, ses suppliques, ses reins creusés, le plaisir sur son visage. La rudesse de nos gestes me semble plus exquise que la plus suave des caresses. Il veut jouir sans attendre, me presse d’y aller fort comme si c’était vital. Son désir sauvage et son extrême réactivité, me font perdre la tête. Je l’assaille sans pitié. Il ne me faut pas plus de deux minutes de cette folie pour me retrouver en nage dans mes vêtements qui me gênent, mais je ne m’interromprai pas pour les ôter. Par contre, je ressens vite le besoin de mieux voir son visage. Je le libère, le retourne sur le dos, le débarrasse de son pantalon qui lui entrave encore les jambes. Avant que j’aie pu faire un geste de plus, il se redresse, l’œil flamboyant.

— Mets-toi sur le dos, m’enjoint-il, en se débarrassant de son pull hâtivement..

J’obéis, il m’enfourche, me reprend en lui. La danse du ventre qu'il m'inflige me procure des sensations renversantes. Il fait de moi son jouet, l’outil parfait de son plaisir. J’aime ça qu’il prenne le contrôle. Sa délectation à me sentir en lui me subjugue. Et j'aime le son de sa voix qui lui échappe au gré des éclats jouissifs qui le traversent. Il atteint déjà ce retranchement intime où il n’est plus qu’à ses sensations. Je le dévore des yeux avec l’impression d’être un voyeur. Mais, il s’immobilise, revient à lui, me sourit, se penche pour m’offrir un baiser. J’ai envie de l’assaillir, envie de le faire crier. J’intervertis nos positions.

— Je suis à toi, profite à fond, m’encourage-t-il avec une joie vraiment belle à voir, une joie provocante.

Les bras sous la tête et les jambes détendues, il a l’air de quelqu’un qui s’offre au soleil. Je souris en me disant que c’est moi, ce soir, le soleil. Avant de l’exaucer de mes assauts, je prends enfin le temps d’ôter mes vêtements et, au passage, je m’offre le plaisir de le faire frémir d’une brève, mais très lente, fellation. Si je m’écoutais, je le ferais venir ainsi, mais c’est autre chose qu’il attend de moi.

Quand je le reprends, en appui sur mes bras, nous savons tous les deux que tout va vite s’achever. Je me cogne à lui comme un sauvage. Il s’en mord les lèvres, s’abandonne, ferme les yeux, laisse aller sa tête en arrière en me griffant les flancs. Sur ses traits, la douleur et la béatitude se livrent un duel fascinant. Il me dit que c’est bon, qu’il m’aime, me répète en haletant d’y aller toujours plus fort. Le plaisir et l’effort physique, me font frôler la crise cardiaque. Heureusement que j’ai le cœur solide ! Soudain, il m’attrape la nuque et m’impose son plus intense regard.

— Viens avec moi.

Ces mots à peine prononcés, il se cabre et sa jouissance nous éclabousse. Je n’ai plus à me retenir. Quel bonheur ! Quel plaisir ! Je l’embrasse en m'immobilisant progressivement dans sa chaleur.

On ne peut pas dire que nous aillons pris le temps de nous savourer comme des amoureux dignes de ce nom, mais, mon Dieu, que c’était bon ! C’est la seconde fois qu’il me fait ainsi me plier à l’urgence de son désir et ça me plaît décidément beaucoup.

On reste allongés côte à côte au milieu de nos vêtements éparpillés sur un rayon de deux bons mètres. Jamais de mémoire je n’ai senti mon cœur aussi présent dans ma poitrine. On a tous les deux le même sourire jusqu’aux oreilles. Il jette un coup d’œil satisfait sur son ventre mouillé. Je me colle à lui, lui baise la tempe.

— C’était vraiment bon, dit-t-il, avec son air le plus amoureux.

— Pour moi aussi, mais…

— Mais ?

— Maintenant que tu es calmé, ça te dirait qu’on fasse l’amour pour de vrai ?

Il éclate de rire et, comme à chaque fois qu’il rit, j’ai l’impression que plus de lumière éclaire l’espace où nous sommes.

— Je t’adore, Christian !

Nous ramassons nos vêtements et montons à la chambre d’ami pour nous y aimer, nous donner du plaisir autrement que comme des animaux sauvages en période de rut… Cette fois, on prend tout notre temps et laissons la part belle à tous les plus divins préliminaires.

Une heure après, il s’est tellement donné qu’il s’assoupit sous mes yeux. Je ne sais pas combien de temps je reste à l’admirer… Je réalise que nous allons nous réveiller ensemble demain. Ce sera notre premier matin ensemble. L’idée m’émeut tellement que des larmes de joie me viennent au bord des paupières.

Je le laisse dormir et pars prendre une douche. Je me rends compte que je crève de faim. L’omelette de début de soirée me semble loin. Allez, pommes de terre sautées aux oignons et aux lardons. Je me lance. Et tant pis s’il est minuit.

Ma poêlée est dorée comme il faut lorsque mon amant magnifique pointe son nez dans la cuisine.

— Ça sent tellement bon que ça m’a réveillé.

— Je m’y attendais. Tu arrives à point, c’est prêt.

Je vais chercher une bonne bouteille à la cave et on mange comme des ogres. On savoure le bonheur d’être ensemble. Je me sens bien comme il m’est rarement arrivé de l’être. Le spectre de la déprime a disparu.

Après manger, on veut retarder le moment où le sommeil nous séparera. On va s’asseoir au coin du feu dont je ranime les braises aisément. Il neige toujours à gros flocon dehors. Tout est devenu blanc. Matteo a la tête sur mon épaule, callée à l’angle de mon cou. Je voudrais que le temps stoppe sa course. Je me remémore ce matin angoissé de novembre, dans la salle de bain, où nous nous sommes donnés l’un à l’autre après tous ces mois de tension.

— Je repensais à notre première fois, dis-je.

— J’en serais mort sur place de ne pas pouvoir te toucher ce jour là. Je n’en pouvais plus. J’avais atteint mes limites.

— Pourquoi tu as pleuré après ?

Il hésite à répondre.

—Tu sais, moi, je pleure pour un oui ou pour un non. Un bel accord au piano et hop, c’est parti…

— Sérieusement, qu’est-ce que tu as ressenti ce jour là ?

Il prend le temps de rassembler ses pensées en fixant le foyer de la cheminée où s’ébattent des flammes pas très grandes, mais bien vivaces.

— J’ai su dès le départ que je te plaisais. Ça m’a troublé tout de suite. La première surprise passée, je me suis juré que rien n’arriverait. Devenir un briseur de ménage, très peu pour moi, et surtout pas de votre ménage. Vous m’avez ouvert votre porte en toute confiance tante Claudia et toi… — Il s’interrompt un instant avec l’air de revivre des choses. — Mais bon, ça m’a travaillé, et travaillé… Plus je t’observais, plus tu m’attirais.

— Tu m’as observé ?

— Oh, oui ! Et plus je t’ai observé, plus je t’ai aimé. Il n’y avait plus que toi dans mes fantasmes.

— Sans rire ?

— J’aurais dû m’éloigner, mais au fond j’avais trop envie que ça arrive nous deux. Ce jour où j’ai craqué avec toi, je m’en suis voulu à mort. Je me suis dit que je n’étais qu’un égoïste qui venait mettre le chaos dans ta vie. J’en étais malade. J’ai aussi pleuré parce que… En te voyant prendre ton plaisir, j’ai réalisé que j’étais amoureux de toi encore plus que je le croyais, mais j’étais persuadé que ça ne nous mènerait nulle part. Vous formez un couple tellement solide…

— Formiez…

— Oui, enfin, je ne pensais pas faire le poids, tu vois… Et toi, tu as ressenti quoi ce jour là ?

— Je me suis senti vulnérable et démuni. Mon érection et moi, on aurait voulu disparaître sous terre. Et, en même temps, j’ai été soulagé que tu viennes enfin vers moi. Je n’en pouvais plus non plus de me contenter de rêver de toi ! Je commençais à devenir dingue de frustration.

— J’aurais dû partir de chez vous bien plus tôt pour que rien n’arrive.

— Non, il aurait plutôt fallu que je ne pose jamais les yeux sur toi.

­Il me regarde malicieusement.

— Je t’ai tapé dans l’œil à ce point là ?

— Que oui ! Je t’ai vu et la seconde d’après j’étais raide amoureux.

— Raide amoureux, hein ?

— Oui, enfin, sans jeu de mots graveleux…

— Ça m’a vraiment surpris de découvrir que tu avais un penchant pour les garçons.

— Ça n’a pas pu te surprendre autant que moi ! Et bon, en réalité, c’est principalement pour toi que j’ai un très fort penchant.

— Ce n’est plus à démontrer, en effet, fait-il en riant.

Ce que je l’aime ! Ce que je peux l’aimer ! C’est tellement fort que je ne sais même plus comment lui dire.

­— J’ai toujours rêvé qu’on me regarde comme tu me regardes en ce moment, soupire Matteo avec bonheur.

— Ce fameux matin, tu m’as fait ta déclaration…

— Oui, toi aussi, sourit-il.

— Je ne m’y attendais pas du tout, ça m’a stupéfait.

— Moi aussi. Ça prouve à quel point on est dépassés par ce qui nous arrive.

Je le vois penser à tout ça avec un sourire ému, puis tout à coup il me plante à nouveau ses yeux au fond de l’âme.

— Je n’avais jamais ressenti quelque chose d’aussi fort pour quelqu’un. Je suis souvent, trop souvent, tombé amoureux, mais c’est la première fois que j’ai la conviction que ça peut marcher. C’est la première fois que j’ai le sentiment que tout est simple.

— Simple ?

— Oui, je veux dire entre nous, sur le plan sentimental. On ne peut pas en dire autant de la situation, c’est sûr… À propos, Claudia tient le coup ?

— Ça a l’air. Elle est plus philosophe que je ne l’aurais cru. Mais, c’est quand même dur.

— J’imagine. Elle doit m’en vouloir à mort. Je me demande ce que je lui dirais quand je la reverrai.

— C’est encore prématuré, mais ne t’inquiète pas trop. Elle est toujours ouverte au dialogue.

— À sa place j'aurais la haine…

— Je peux te poser une question ?

— Oui.

— Qu’est-ce qui te plaît tant chez moi ? Je te le demande parce je n’en finis pas de m’étonner qu’un beau et brillant jeune homme comme toi s’intéresse à quelqu’un comme moi.

Il lève un sourcil perplexe, partagé entre agacement et tendresse amusée.

— Qu’est-ce que tu entends par « quelqu’un comme moi » ?

— Et bien un père de famille assagi, un cadre quelconque… Un mec basique, quoi.

— C’est comme ça que tu te vois ?

— C’est comme ça que je suis… Je n’ai pas ton charisme. Je n’ai pas la fibre artistique comme toi, tout ça…

— On s’en fout de la fibre artistique. Ce n’est pas l’essentiel. Je connais des artistes surdoués qui sont de vraies plaies humainement parlant. Tu possèdes des qualités rares. Tu es quelqu’un de clair avec toi-même, de fondamentalement honnête. J'aime ton visage, j'aime ton corps, et tu as un regard franc que j’adore. Tu es quelqu’un de pur…

— De pur ?

— Ces dix dernières années, j’en ai entamé des relations intimes, et crois-moi, la majorité des gens sont égoïstes, nombrilistes, inconséquents, parasités par un tas de problèmes d’ego… La plupart ne s’intéressent qu’à eux-mêmes et ne comprennent rien au sens du mot « partage ». Je ne sais pas, je suis peut-être sorti avec des gens trop jeunes, trop immatures, ou trop obsédés par l'idée d'imiter des stars du porno… C’est ce que je me dis… Toi tu as élevé deux enfants qui sont plein de vie et équilibrés, tu as su rendre une femme heureuse pendant vingt ans, tu t’es construit une vie sereine et stable. Pour moi, c’est admirable. Quand je pense que tu es prêt à sacrifier tout ça pour moi, ça me file le vertige. Ça serait plutôt à moi de m’étonner ! Et d'ailleurs, c'est le cas.

— Mais…

— Et je ne te cache pas que j’adore ta manière de faire l’amour, ajoute-t-il.

— C’est un détail qui ne m’a pas échappé, dis-je en riant.

— C’est un détail qui en dit long sur qui tu es.

— Ah, oui ? Comment ça ?

—Pas un seul de tous les gars avec qui j’ai pu coucher ne t’arrive à la cheville. Et je ne dis pas ça pour te flatter, c’est la vérité. Sans vouloir m’immiscer dans votre vie intime à Claudia et toi, ça se sent que tu sais prendre soin du plaisir d’une femme. Ce côté attentionné que tu as, j'en profite à fond, mais, j’ai envie de dire que c’est presque trop, parfois. Tu devrais penser davantage à ton propre plaisir.

— Ça, je compte sur toi pour me l’apprendre. Les vieilles habitudes ont la vie dure. C’est vrai que Claudia m’a bien "éduqué", et quand je dis ça, je ne parle pas que de sexe ! J’ai eu une discussion avec elle à ce sujet, ça ne lui a pas beaucoup plu. C’est de ma faute, selon elle. J’aurais dû m’imposer, soi-disant. La bonne blague… Les femmes ! Quand tu te plies à leur volonté c’est que tu manques de caractère, quand tu leur résistes d’une manière ou d’une autre, tu n’es qu’un macho qui veut les dominer. Va comprendre !

— Moi, je ne rêve que de ça que tu me domines.

— C’est ce que j’ai l’impression de faire quand tu me le demandes, non ?

— Disons que tu es sur la bonne voie, fait-il malicieusement.

— Tu… Tu ressens quoi quand je te… Quand…

— Que du bonheur. Tu comprendras quand tu le vivras.

— Qui te dit que ça arrivera ?

Il me fixe sans répondre. Je me mets à rougir.

— Bon, je reconnais que de te voir prendre ton pied de cette manière, forcément, ça m’interpelle… Ça rend curieux, c’est sûr. Mais je ne suis pas certain que…

— Rien ne presse. Ce genre de choses, il vaut mieux en crever d’envie avant de passer à l’acte.

— Ça doit faire mal quand même. Surtout la première fois.

— Pas obligatoirement. Tout dépend de ton degré d’envie et de la délicatesse de ton partenaire.

— Pour toi, comment tu l’as…

— Hou là, ne parlons pas de moi. À ce sujet, je ne suis pas du tout le bon exemple ! C’est un très, très mauvais souvenir, malheureusement. Je n’ai appris à aimer ça que bien plus tard, avec quelqu’un de plus attentionné et qui savait s’y prendre. Et j’ai appris à adorer ça très récemment, avec un homme qui s’appelle Christian. Toi, tu arrives vraiment à me faire partir loin!

Sur le coup, je ne sais même pas quoi dire tellement je suis touché et surpris.

— Tu es sincère ?

— Oh, oui, fait-il en s’alanguissant sur le dossier de manière terriblement sensuelle.

Il se passe une main sur le ventre, sous son pull, et se caresse la peau rêveusement, le regard un peu perdu vers le feu.

— Le jour où tu te lâcheras complètement, il y a des chances que j’en meurs de plaisir, fait-il, comme pour lui-même.

Je croyais avoir tout donné pour ce soir, mais à force, il commence à m’exciter, le bougre. Nos regards se captent et se comprennent. J’ai à nouveau une irrépressible envie de mélanger mon corps au sien et, manifestement, c'est réciproque. Il a quelque chose de presque inquiétant ce désir… Je déglutis en le buvant des yeux. Il approche son visage du mien et me baise les lèvres.

— Tu as l’air intimidé. C’est d’avoir parlé de sexe ?

— C’est vrai que je n’ai pas l’habitude, mais non… Disons que je me découvre un appétit sexuel — comment dire ? — à l’ampleur inhabituelle…

— C’est une fibre de toi qui ne demandait qu’à s’épanouir, fait-il en retirant son pull.

Je ne bouge toujours pas. Je reste à l’écoute de l’infernale envie qui investit mes nerfs. Matteo s’allonge, la tête sur l’accoudoir, une jambe dépliée sur mes genoux, l’autre au sol et il entreprend de se caresser sous mes yeux. Je me laisse hypnotiser par les mouvements de sa main qui va et vient doucement sur le coton du pantalon d’intérieur que je lui ai prêté. Bientôt, je n’y tiens plus, je l’aide à se dévêtir. À nouveau, il est nu devant moi. La lumière chaude du feu me fait redécouvrir sa beauté. Il ferme les yeux et entrouvre les lèvres lorsque je penche sur lui.

 

***


C’est un air de piano qui m’éveille. Je m’étire. Mon Dieu, je suis fourbu ! Je me souviens qu’on n’a pas eu la force de remonter à la chambre. On s’est endormis sur le canapé, sous l’unique couverture qui trainait là. Je me demande si cette fois, Matteo a trouvé que je le possédais complètement… Je ne peux pas m’empêcher de sourire. La ballade enlevée qu’il joue à côté n’exprime que félicité… C’est plutôt très bon signe. Dans la cheminée il n’y a plus que des cendres. Une lumière froide inhabituelle pénètre la pièce. Je me redresse un peu pour jeter un coup d’œil à la fenêtre la plus proche. Le peu que j’aperçois est totalement blanc. Et, en plus, on dirait qu’il y a du soleil. Je crois qu’une belle, une très, très belle journée s’annonce.

Photo©Ruggero Palazzo

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