SAM_3660J'ai encore rêvé du jardin. Enfin, c'était le mien sans être vraiment le mien. C'était immense, à la fois ombragé et lumineux. J'étais au milieu d'un parterre d'iris au faîte de leur beauté, des fleurs énormes, superbes, mauves, jaune d'or et bordeaux, toutes étincelantes de pluie. Ça me fait ça presque tous les matins en ce moment. Je me réveille dépossédé de mon jardin. Quand Matteo dort à côté de moi, j'oublie aussitôt, mais quand je suis seul, comme aujourd'hui… Je pose la question à mon fils à chaque fois qu'on s'appelle ou qu'on se voit : "Alors, il est comment le jardin?". Les plantes c'est loin d'être sa passion et il me répond ce qu'il peut. Dire que je rate le parfums des seringats, la beauté des roses rouge sombre du perron, la floraison de l'arbre de Judée et les iris, justement… Je me console en allant me balader au Luxembourg ou plus près de chez nous, au jardin Villemin. Je fais des photos, je discute avec les jardiniers municipaux…

Je décide de traîner un peu au lit. Voilà bien une non-activité dont je n'ai jamais eu l'habitude avant mes folles nuits avec Matteo. Il m'arrive de me dire que je me laisse trop aller. M'accorder une année sabbatique comme j'ai décidé de le faire, à mon âge, c'est sans doute risqué, voire complètement inconscient, mais ça m'est égal. Cela me fait du bien de penser à moi, de ne plus avoir de contraintes. Avec ce que j'ai perçu pour mon licenciement négocié, vu mon ancienneté, j'ai largement de quoi voir venir. Je pourrais vivre sans souci pendant trois ou quatre ans. En plus, Claudia va m'acheter ma part de la maison que ça me plaise ou non. Je pourrais ne plus jamais avoir à travailler si je voulais, même si pour le moral je ne suis pas sûr que tant de liberté me réussisse à long terme. Mais au moins je n'ai pas de pression et je vais avoir tout le temps de développer des activités personnelles, de penser à des voyages, de lire, d'aller au cinéma, de profiter des terrasses des cafés, bref de savourer le temps. Pour le moment, je me laisse porter par la vague et c'est très bien comme ça. Depuis que j'ai quitté mon emploi, je réalise à quel point il ne m'apportait plus rien, à quel point il faisait partie du schéma de mon ancienne vie. Il ne restait plus que cela à changer, et je l'ai fait. Même sans mon regretté jardin, la vie m'est tellement douce que j'en culpabilise presque parfois. Moi qui craignais de m'ennuyer, entre les travaux dans l'appartement, mes interminables vadrouilles dans les rues de Paris, la photographie, mon fils que je vois une fois par semaine au minimum et surtout Matteo, à qui je consacre mes plus belles heures, chaque jour m'apporte son lot de merveilles. En plus, il ne m'arrive plus d'être fatigué comme avant. Je me suis inscrit à la piscine et dans une salle de gym. Je me sens en forme comme si j'avais rajeuni et je n'ai jamais eu un tel appétit sexuel, ni jamais une activité sexuelle aussi intensive. Matteo et moi, à se sujet, sommes aussi insatiables l'un que l'autre. Donc, oui, c'est vrai, le jardin me manque parfois, mais s'il n'y a que cela à sacrifier pour connaître le bonheur de vivre ma vraie vie, et bien je m'en passe.

Je repense à hier, à la soirée, à l'attitude ambiguë de notre voisin et au plaisir avec Matteo. J'aurais tant aimé qu'il soit là ce matin, mais le lundi il a des cours particuliers à donner dans trois arrondissements différents. Ça lui prend la journée. On mangera peut-être ensemble ce midi. Je l'appellerai tout à l'heure. Je ferme les yeux en souriant. Le seul fait de penser à lui m'allume des envies tenaces. Alors que je m'apprête à les assouvir à l'aide de ma main droite, ça sonne à la porte. C'est Gaël, à tous les coups. Allez, c'est aussi bien, levons-nous, monsieur Legardien ! J'enfile mon haut qui traîne par terre et mon caleçon que je retrouve sous la couette au bout du lit. Quand je me croise dans le miroir, je me souris. Hirsute et froissé comme je suis, j'ai l'air d'un épouvantail heureux. On voit que ma nuit a été agitée. Je me recoiffe vite fait d'une main, retends mon tee-shirt, et vais ouvrir. Le salon est dans un état ! Teo a dû partir en catastrophe sans avoir le temps de ranger ne serait-ce qu'un verre ou de vider un cendrier… Enfin, le connaissant, même s'il avait eu le temps, il n'y aurait sans doute pas pensé.

C'est bien Gaël qui est là derrière la porte.
— Salut, voisin.
— Salut Christian. Je te réveille ? s'inquiète-t-il en voyant ma mise.
— Non, rassure-toi. Entre.
— Je ne vais pas te déranger longtemps. Je pense que j'ai oublié mon téléphone ici, hier.
Vu le désordre, on a plus vite fait de le faire sonner. Je l'appelle donc et la sonnerie retentit effectivement dans la cuisine.
— Ah, ça me revient. Je me suis isolé quand mes parents m'ont appelé pour mon anniv' et j'ai dû le laisser près du frigo.
On se retrouve tous les deux dans la cuisine où il récupère son bien. Mon dieu, ce foutoir ici aussi ! En voyant la montagne de vaisselle sale qui m'attend je me prends le front. Bon, je sais à quoi je vais consacrer ce qu'il reste de ma matinée. Gaël voit ma réaction.
— Tu veux que je t'aide à nettoyer tout ça ?
— Non, va, je vais m'en sortir.
— On ira plus vite à deux. Tu laves et moi j'essuie, ou l'inverse.
— C'est gentil, Gaël… Si seulement on avait la place pour un lave-vaisselle, crois-moi, on en aurait un depuis longtemps. Bon allez, ok, tu m'aides, mais avant j'ai besoin d'un café et de manger un truc. Tu as déjà déjeuné ?
— A moitié…

On nettoie déjà la table du salon et on s'y attable avec du café frais et le reste de framboisier d'hier. Gaël a son attitude taciturne habituelle. Je brûle d'envie de lui demander pourquoi il nous a espionnés cette nuit, mais je ne sais pas comment aborder la question. Et peut-être mieux vaut-il laisser couler.
— Tu as l'air songeur.
— Moi ? fait-il avec l'air de revenir à lui. Non… Il faut que je parte à l'ENSA dans une heure. Je pensais à mon cours.
Il me sourit timidement.
— Je vous remercie Matteo et toi pour la soirée d'hier. C'était cool.
— J'espère que ça t'a un peu changé les idées.
— Oui, me répond-t-il sur un ton bizarre, mi-nostalgique mi-grave, que je ne suis pas certain de bien interpréter.

Nos gestes sont efficaces et la vaisselle est vite lavée, essuyée et rangée, et ce, dans un silence monacal.
— Voilà, mission accomplie, conclut Gaël une fois la dernière assiette mise à sa place dans le placard.
— Et rondement menée, dis-je, satisfait.
Je lui prends le torchon trempé qu'il me tend et vais l'étendre à la fenêtre pour qu'il sèche. Quand je me retourne, il me fixe sans s'en cacher. Les reins contre le plan de travail sur lequel il s'appuie des deux mains, il est là, immobile, comme prêt à m'annoncer quelque chose de grave. Je m'adosse au frigo, bras croisés.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Rien.
Visiblement non, il n'y a pas "rien". Il veut me parler mais n'y parvient pas. Il se met à fixer ses pieds. Il n'a pas l'air non plus décidé à sortir de la pièce. Etrange face à face.
— Parfois, je me dis que je me sens un peu trop bien chez vous.
— Ah oui ? Comment ça ? On ne se sent jamais trop bien avec quelqu'un, si ? dis-je en lui souriant.
— Peut-être que si. Surtout quand ce n'est que tes voisins.
— C'est si grave de faire des ses voisins des amis ?
— J'imagine que non, seulement, depuis que je vous connais, je déteste encore plus me retrouver tout seul dans mon studio, avoue-t-il avec un moue ennuyée.

Moi, depuis que je vis avec Matteo, que je le vois toujours dans le don de lui-même avec moi, avec ses amis ou sur scène, que je vois combien sa chaleur et son charme sont appréciés, j'ai envie d'aimer tout le monde, de partager mon bonheur, de crier à tous que la vie est belle et aujourd'hui, à notre petit Gaël si souvent sombre, plus qu'à n'importe qui j'aimerais le crier. Je le sens sur le point de dire des choses importantes sans y arriver. Je vais l'y aider un peu.
— Je t'ai vu nous espionner cette nuit, dis-je.
Son sourire s'efface immédiatement, il ferme les yeux en murmurant "Et merde…"
— Qu'est-ce qui t'est passé par la tête, Gaël ?
— Je… J'ai… Je me suis réveillé en me disant que je serai mieux dans mon lit. Je n'avais aucune idée de l'heure, j'étais encore un peu bourré. J'ai entendu que vous ne dormiez pas et j'ai voulu vous souhaiter bonne nuit avant de retourner chez moi. Puis je vous ai vu… Ça m'a toujours bien émoustillé de vous entendre baiser de l'autre côté de mon mur, mais de vous voir en plein action… J'avoue… Whaou…
Il n'achève pas. Je me sens affreusement gêné. Je rougis, alors que c'est lui qui devrait être le plus confus de nous deux. A vrai dire, je ne sais pas du tout comment prendre ses aveux.
— Ce n'était pas prémédité. Je suis désolé, ajoute-t-il. Je n'aurais pas dû. Je comprendrais que tu m'en veuilles. Tu… Tu m'en veux ?
— Non. Il n'y a pas mort d'homme… Et j'aurais dû réagir quand je t'ai surpris. Je ne l'ai pas fait…
— Tu étais bien occupé il faut dire.
— Quand je l'ai dit à Matteo, après, il m'a presque reproché de ne pas t'avoir invité à nous rejoindre.
— Matteo est au courant ? Oh, non, la honte, fait-il en se passant la main sur le visage. Vous allez me voir comme un pervers, maintenant.
— Mais non, voyons. Lui, je te dis, ça l'a amusé.
— Super… Ça va beaucoup m'aider à améliorer l'image de pauvre mec frustré que j'ai de moi en ce moment. Il a un humour bien à lui, ton mec.
— Je crois qu'il ne plaisantait pas.
— Il sait bien que je ne suis pas gay.
— Heu, ça ce n'est pas un argument pour nous. Je te rappelles que je suis resté marié vingt ans et que Matteo a eu plus d'expérience avec les femme qu'avec les hommes…
— Oui, bon…
— Donc, comme ça, ça t'émoustille de nous entendre ?
Il opine, pas fier, et se met à considérer le vide avec une expression qui m'inquiète un peu.

Soudain – je n'en crois pas mes yeux ! – à mon grand désarroi, il fond en larmes. Je m'attendais à tout sauf à ça ! Je suis tellement surpris que je reste pétrifié contre mon frigo comme un imbécile et un impotent. Il est toujours dans la même posture, appuyé au plan de travail. Il ne fait rien pour me cacher ses larmes. Ma première stupeur passée, je viens à lui, lui presse les épaules.
— Voyons, mon grand, qu'est-ce qui se passe? Hé, ce n'est pas grave, va.
Mais il s'effondre complètement, et là je comprends qu'il y a autre chose. C'est à croire qu'il retient ce flot de chagrin depuis des lustres ! Je le prends dans mes bras. Que pourrais-je faire d'autre ? Au milieu des sanglots âpres qui le secouent violemment et résonnent tragiquement dans la petite pièce, je l'entends répéter "je ne suis qu'une merde". Moi, je lui dis, "Mais non, mais non…". Il pleure et pleure jusqu'à tremper mon tee-shirt. Je suis complètement dépassé. Le temps me semble long avant qu'il ne se calme enfin.
— Je suis désolé, dit-il en se détachant de moi le visage dégoulinant et les yeux gonflés.
— Arrête de dire que tu es désolé. Ça va aller, OK? Tout va bien.
— Ouais, on va dire ça, tout va bien. Tout va très bien, fait-il avec aigreur en s'essuyant les joues avec le bas de sa chemise.

Je ne vais pas lui laisser le temps de reprendre son air fermé et secret. Battons le fer tant qu'il est chaud. Il me laisse passivement l'entraîner au salon et asseoir sur le canapé. Je nous refais chauffer du café en priant qu'il ne s'enfuit pas pendant que j'ai le dos tourné. Mais non, je le retrouve dans l'exacte posture où je l'ai laissé, enfoncé dans le canapé, les mains sur le ventre et la mine abattue. Je lui tends sa tasse. Il l'accepte, y porte les lèvres.
— Ça va aller ?
Il acquiesce imperceptiblement.
— Parle-moi, Gaël.
Il lève les yeux sur moi et je les vois se remplir de larmes à nouveau. Ah, non, pas ça ! Je m'accroupis près de lui.
— Hé ! Ne pleure pas, mon grand, voyons. Reprends-toi. Dis-moi ce qu'il y a, dis-je, en lui posant une main que je veux consolatrice sur la joue.
— Pourquoi vous êtes si gentils avec moi, Matteo et toi ? fait-il en se retenant difficilement.
— Hein ? Comment ça ? On t'aime bien, c'est tout. Ecoute, Gaël, j'ai une fille qui a presque ton âge… Quand ça ne va pas, elle me parle. Je peux peut-être t'aider.
Il prend un petit temps de réflexion, pose sa tasse sur la table basse. Je m'assois à côté de lui, tout ouï, nourrissant bon espoir qu'il vide enfin son sac.
— Prends-moi dans tes bras, murmure-t-il.
Ça me laisse pour le moins interdit. Le temps que je trouve quelle réaction avoir, le voilà réfugié contre ma poitrine. Après tout… Je referme mes bras sur lui. Lui aussi m'enlace. La situation est de plus en plus bizarre, mais au moins, il ne pleure plus. C'est déjà ça.
— Merci, Christian, dit-il, la voix étouffée par l'étreinte.

On reste comme ça un petit moment dans les bas l'un de l'autre. Je donnerais cher pour savoir ce qui se passe dans sa tête. Après tout, je ne connais presque rien de sa vie, à ce garçon. Il a peut-être des blessures, des fragilités que j'ignore. J'ai envie de lui poser un tas de questions, mais je me retiens. Pour qu'il se remette à pleurer, merci bien. Je me sens plutôt démuni, en fin de compte.
— Je suis au bout du rouleau, articule-t-il enfin. J'en ai marre, marre de cette ville, marre de la solitude, marre de la fatigue.
— C'est une mauvaise période, peut-être, tenté-je. Trouve-toi une copine. Tu es beau garçon, tu es gentil, sensible… Il n'y a pas de raison.
— Non, je suis amer et distant. Personne n'a envie d'approcher un mec qui fait la gueule du matin au soir.
— Gaël, voyons… Nous on t'apprécie bien comme tu es.
Il se décolle de moi, mais garde une main à plat sur ma poitrine.
— Les filles sont inaccessibles dans cette putain de capitale de mes deux. Et les quelques unes qui le seraient sont déjà prises. Si j'avais une bagnole et de la thune, ce serait différent. Je ne retrouverais sûrement pas plus facilement l'Amour, le vrai, mais je me taperai n'importe quelle nana quand je veux… Au moins, je ne serais plus seul la nuit.
En parlant, il fait aller et venir sa main sur moi, du cou au sein et du sein au cou, comme sans y penser. Il a gardé son visage très près. Ça me stresse, mais je n'ose pas le repousser, de peur de le bousculer. Je commence quand même à sentir monter une drôle d'angoisse.
— Tu dis que tu veux retrouver l'amour ?
— Oui…
— J'en déduis que tu as déjà connu ça ?
— Oui, souffle-t-il.

Oups ! A nouveau des larmes qui montent et – oh, non ! – qui coulent sur ses joues. Il semblerait que nous approchions du point névralgique du mystère qui fait tant souffrir notre jeune ami.
— Ce que vous partagez ton mec et toi, moi aussi je l'ai vécu. Je ne vis que pour connaître ça à nouveau. Je n'y croyais plus trop jusqu'à ce que je fasse votre connaissance. C'est beau de vous voir ensemble. Vous m'avez redonné espoir.
— Tant mieux, dis-je, de plus en plus ému.
— Vous m'avez redonnez espoir, mais vous m'avez renvoyé à ma solitude aussi, à mon incapacité à aller vers les autres.
Pour le coup, je ne sais plus quoi lui dire. Je n'ose pas lui poser de question sur son amour passé. Perdu ? Disparu ? Je sens qu'il ne faut pas.

— Personne ne m'a touché depuis un an et demi. Personne ne m'a embrassé, dit-il, tout bas.
Il approche son visage encore. Je suis à deux doigts de le repousser mais quelque chose me retient. La compassion ? La curiosité ? L'émotion ? Je n'en sais rien. Il a fermé les yeux et me frôle les lèvres sans oser y apposer franchement les siennes.
— Gaël… Je… Je ne suis pas sûr que…
Il me dépose finalement un baiser furtif sur la joue, un second à la commissure des lèvres et, pour finir, un troisième sur la bouche. Je le laisse faire mais n'y réponds pas. Je ne sais définitivement pas comment réagir. Il n'insiste pas, reprend un peu de recul et m'impose son regard doux encore rougis.
— J'ai seulement besoin d'embrasser quelqu'un, me dit-il avec l'air de me demander une faveur.
— Ecoute, mon grand…
— Seulement un petit baiser, Christian. Un seul.
Mais maintenant, je sais bien où peut m'emporter le simple baiser d'un jeune homme. Comme j'hésite, il en profite pour remettre ça. Je me laisse faire. Après tout, ce n'est pas un crime. Il a faim, le garçon, et je ne peux rester très longtemps sans répondre à sa fougue. On quitte le mode baiser délicat, pour se rouler une pelle interminable, puissamment sexuelle. Quand on se dévisage à nouveau, je ne sais pas lequel de nous deux est le plus bouleversé.
— Tu appelle ça un "petit" baiser ? dis-je.

Enfin, à mon grand soulagement, il me libère de lui. Adossé dans sa position initiale, bras croisé sur le ventre, il se passe la langue sur les lèvres, songeur.
— Ça va mieux ?
Il me jette un petit coup d'œil.

— Je bande, fait-il, laconique.
Moi aussi je bande, qu'est-ce qu'il croit ? Il commence à vraiment me chauffer le sang, le jeune Gaël, avec ses secrets et sa prétendue frustration sexuelle. Une vague d'impatience me prend à la gorge et franchement, je ne sais pas ce qui me retient encore de me ruer sur lui.
— Gaël, dis-moi ce que tu attends vraiment de moi.
Il ferme les yeux, renverse la tête sur le dossier, pousse un soupir, déglutit.
— Toutes les nuits ou presque, je vous entends faire l'amour… Ma vie sexuelle se résume à me masturber en vous écoutant, l'oreille collé au mur. Toutes les nuits, je suis seul et je rêve qu'on me touche, je rêve de sentir la chaleur de quelqu'un contre moi. Vous m'avez ouvert votre porte…
Il se met à se caresser l'entrejambe. Mon cœur s'emballe. Où trouver la force de résister à la tentation de lui offrir un peu de plaisir ?
— Je ne suis pas gay, mais votre amour me trouble, m'éclabousse. En me rapprochant de vous deux, j'ai l'impression d'en avoir pris un peu avec moi. Mais je ne sais pas quoi en faire. Je n'ai personne à qui le donner. Tu veux que je sois honnête ? C'est simple, je me sens bien quand je suis avec toi ou avec ton copain. Rien qu'à vous voir, on a envie de vous aimer.
Il se caresse avec plus d'insistance, les yeux toujours clos. Une larme coule sur sa tempe. Ce garçon est peut-être un peu fou, un peu perturbé, un peu trop seul, mais nom d'un chien, il me touche. Je ne pensais pas être libéré au point de faire une chose pareille, mais mon instinct me trompe rarement.
— Déshabille-toi, dis-je avec douceur.

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