Incroyable. Axel est déjà debout. Depuis que nous dormons ensemble, pas une seule fois je n'ai réussi à me réveiller avant lui. Pas une seule… Même après une nuit aussi merveilleuse que celle que nous venons de passer. C'est fou.

— Axel !

Un "oui ?" me répond de la cuisine. 

— Tu viens faire un câlin ?

— Je ne peux pas, j'ai les mains dans la pâte !

Les mains dans la pâte ? Voilà autre chose… Il a toujours une bonne excuse. Je referme les yeux et souris pour moi seul en me souvenant de nos gestes avant le sommeil, de nouvelles sensations renversantes, de l'émotion sur son visage, reflet de la mienne. Jamais je n'aurais imaginé prendre un tel plaisir avec un garçon. Je me demande si cela a été aussi magnifique pour lui que pour moi. Nous nous sommes endormis trop vite pour en parler. Allons nous assurer de cela. Je me lève, m'étire, enfile tee-shirt et caleçon, et vais me rafraîchir le visage à la salle de bain. J'ai une faim de loup, mais en pénétrant dans la cuisine, je me rends compte que c'est surtout d'Axel, de son corps charmant, de son bonheur, dont j'ai une envie folle. Je l'observe sans signaler ma présence de suite. Il est de dos, chantonne en étalant la pâte à tarte à l'aide d'un rouleau à pâtisserie. Les pommes sont déjà coupées.

— Salut.

Il sursaute.

— Ah, tu es là ? Salut. Tu as bien dormi ?

— Oui. Mais j'aimerais bien, un matin, connaître le bonheur de me réveiller auprès de toi.

— J'ai une sainte horreur de traîner au lit. Ça me fait démarer la journée de mauvais poil.

Il m'accorde un bisou sur les lèvres et retourne à son activité pâtissière. Hors de question que je me contente de si peu.

— Sauf qu'avec moi, on ne ferait pas que traîner, dis-je en lui coulant des bras tendres autour de la taille.

Je me colle à lui afin qu'il ne puisse ignorer l'effet qu'il me fait. Le menton sur son épaule, je le regarde placer la pâte au fond du moule. Il joue les imperturbables. Puisqu'il en est ainsi, passons à l'étape supérieure. Je lui dispense de délicats baisers sur la nuque, feaufile une main sous son haut, jusqu'à son sein.

— Max… Aide-moi plutôt à placer les quartiers de pommes au lieu de m'embêter.

Il ne cherche pas à se dégager, et je suis trop en forme, ce matin, pour rester sage. Je l'enlace de ma passion, balade mes mains sur son torse dont j'aime de plus en plus palper la fermeté, et attarde avec plus d'insistance mes lèvres sur son cou. S'amolierait-il légèrement ? Il lâche un soupir, mais comme je ne vois pas son visage, je ne sais s'il s'agit d'agacement ou d'abandon. La question m'éfleure à peine que j'ai déjà la réponse. Il se vrille soudain, m'attrape la joue d'une main enfarinée et me prend la bouche avec feu, tout cela en prenant soin que nos bassins demeurent en contact. Il recule même pour accentuer la pression entre nous. Ce mouvement, autant que ce baiser exigeant m'enflamment violemment. Frébrile, je lui ôte le bas pendant qu'il s'occupe du haut.

— Si on allait au lit ? dis-je en me dénudant à mon tour en trois gestes.

Mais, il reste immobile à m'attendre, en appui sur plan de travail. J'ai trop envie de lui pour insister. Il est beau, nu dans la lumière. Sa peau douce et pâle parsemée de quelques grains de beauté appelle mes peaumes. Je sens ses frissons sous mes caresses. Quand je me décide à lui saisir les hanches, il m'embrasse à nouveau comme un dingue. Il s'offre avec une joie égale à celle que je ressens à le posséder. J'ignore par quel miracle, mais je comprends son plaisir. Je sens tout, je le devine. Je regrette de ne pouvoir me délecter de son visage de face, mais c'est très excitant aussi d'être là tous les deux debout dans le matin clair. Voir son corps réagir au mien me comble, me porte. L'onde souple de ses muscles dorsaux sollicités par l'effort me captive. J'écoute son souffle défaillir… Quand il se met à gémir doucement, en rythme, ça me donne des ailes. Comme cette nuit, l'osmose se renouvelle et se prolonge

 

Une demi heure plus tard, on rigole sous la douche pendant que la tarte aux pommes cuit. Moi qui avais tellement de questions à lui poser, finalement c'est inutile. L'élan qui nous a emporté dans la cuisine m'a fourni les réponses que j'espérais. On attaque la tarte encore chaude avec un bon café. On dévore en se dévorant des yeux, heureux. Il a beau dire, Axel, le stade que vient d'atteindre notre intimité le fait rayonner. Je savais que c'était important de lui offrir l'épanouissement complet de notre entente sensuelle. Je le savais. Ce que j'ignorais c'est à quel point cela le serait aussi pour moi.

— Ce n'était pas le genre de ta sœur de faire l'amour dans la cuisine.

— Ah, non, ne commence pas à me parler pas de ta vie sexuelle avec Sara. Ça ne me regarde pas.

— Pardon… Tu as raison.

Il me fixe avec malice. Je suis presque sûr qu'il se remémore déjà ce que nous venons de partager.

— Tu n'as plus la trouille, hein, maintenant ?

— Je n'avais pas la trouille. De l'appréhension plutôt, c'est normal.

— Mais oui, c'est normal, fait-il tendrement. Moi aussi je stressais un peu.

— Ah oui ?

— Pour être tout à fait honnête, j'avais peur que ça ne fonctionne pas, que ça ne te plaise pas, que tu me compares à une fille. 

— Non, ce n'est pas comparable. 

— C'est aussi bien ? me demande-t-il avec une lueur d'appréhenssion dans le regard.

— J'ai trouvé ça… Pffff… Je n'ai pas les mots… Tu m'as trop ému, quoi.

Il lève les sourcils, apparemment surpris par ma remarque.

— Même la première fois que j'ai fait jouir une fille – et je peux te dire que je m'en souviens bien – ça ne m'avait pas bouleversé comme ça, ajouté-je. Cette nuit, c'était… Ton visage m'a… Tu m'as conquis. J'ai adoré te voir prendre ton pied. Tu étais trop beau. Et physiquement, j'ai rarement ressenti un tel plaisir.

Il boit mes paroles. Il me semble même qu'il en a les larmes aux yeux.

— Moi aussi ton émotion m'a fait beaucoup d'effet, murmure-t-il, tout chose.

— Ça confirme qu'on est sur la même longueur d'onde toi et moi.

— Amoureux, tu veux dire ?

— Amoureux, oui, c'est plus juste.

— Donne-moi tes mains.

J'obéis, il me les enveloppe des siennes avec solennité.

— Je dois t'avouer que jusqu'à cette nuit, j'avais des doutes sur nous deux. J'avais peur de n'être pour toi qu'une consolation, à cause de ma ressemblance physique avec Sara… Je n'osais pas trop… Comment dire ? M'emballer…

— J'avais un peu remarqué.

— Ces doutes et cette peur se sont envolés. Voilà. Je suis très amoureux de toi.

Il me presse les doigts pendant que je m'oublie dans le vert clair de ses prunelles.

— Moi aussi, je t'aime, dis-je.

Il me contemple comme si j'étais fascinant et adorable, me caresse le visage.

— Quand on va dire ça à ma sœur.

— J'y pensais, l'autre jour. Elle va être verte.

— Oui…

— E tje pensais aussi à mon pote Mathieu et à Marie-Aimée, sa femme. Je ne sais pas comment je vais leur annoncer ça.

— Invite-les à déjeuner ici. On se connait, en plus, eux et moi.

— Ce n'est pas une mauvaise idée.

— Dis-leur de venir vendredi soir, je finis tôt.

— OK, je vais les appeler. Ça va être cool ! dis-je en m'emparant déjà du téléphone.

— Dis-leur que je ferai un couscous.

 

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