21 juin 2008
2 poèmes pour le prix d'un
Blues parisien…
Je cours, fourbue, pressée,
dans la foule sous-terraine,
la foule au mille visages…
Alors je pense à vous
chemins de terre humides
que je n'emprunte plus.
Le soir à l'heure aveugle,
sous les néons blafards,
face aux rails crasseux,
je songe à toi la Mer,
à ton horizon bleu,
à ton air iodé
que je ne respire plus.
Le nez toujours tendu
vers ce ciel trop pâle
griffé de tant d'avions,
je rêve de sommets,
de pureté bleue et blanche…
Lassée des escaliers
de métal tranchant,
je voudrais sous mes pieds
les prairies de là-bas
et porter au plus loin,
mon regard fatigué.
************************************************
Le jardin abandonné après l'averse
Le parfum du chèvre-feuilles,
insaisissable, obsède…
Près du grillage,
la neige du seringat
confettise le bitume mouillé…
Je m'arrête.
Je regarde les hautes graminées
du jardin abandonné.
L'éclat inversé de notre grand soleil
brille dans chaque goutte
prisonnière des hampes alourdies.
Comme un millier d'étoiles au sol
en fin d'après-midi…
Et je me dis :
si je possédais ce jardin
en ferais-je quelque chose
de plus beau que cela?
Il y a du triangle d'or
dans cette constellation minuscule.
C'est certain.
07 juin 2008
C'est trop la vie…
Je quitte le boulot. Une heure de trajet m'attends et je suis épuisée par ma journée. On n'est que lundi en plus… 'Tain, j'ai oublié mon portable (je fouille dans mon sac comme une malade), ha non, il est là… 'Tain, j'ai grave mal au crâne, j'ai mal au yeux, j'en peux plus… C'est pas vrai, comment il fait froid! C'est quoi ce mois de juin pourri?… Bon, en même temps vu que je bosse, j'ai moins de regrets avec ce temps…
Évidemment, je viens de louper ce 'tain de RER C qu'il faut que j'attende 15 minutes dans cette station immonde… Pfffff… Quelle vie de merde…
Bon, rêvons de Yan et Yvan. Ils ont quelques jours à eux… Ils sont tous les deux seuls au bord de la mer. Ils profitent de leur temps avant de ne plus se voir pendant longtemps. Yan va partir en tournée… Ils n'abordent pas le sujet. Accord tacite entre eux… Il fait chaud, il fait beau et ils n'ont rien d'autre à faire que l'amour pendant cinq jours… Mh, ça va être sympa à écrire ça……… '
Tain, mais il fait quoi ce RER? Et ce mal au crâne qui empire… Faut que je change de métier, je ne supporte plus de regarder un écran d'ordi 10 heures par jour… Puis, faut que je pense à appeler E. Moi qui suis si heureuse de l'avoir retrouvée, elle va croire que je l'oublie déjà. En même temps elle écrit… Elle a autre chose à penser qu'à moi… Puis, il faut que L-P ne croit pas qu'on l'abandonne… Mais il le sait qu'on ne l'oublie pas. Enfin, j'espère… Et Mû qui me demande des nouvelles. Elle est trop adorable. Faut absolument que je lui écrive. Faut que je le fasse… Il faut que je prenne rendez-vous à la Poste aussi. Faut que j'y pense, ça urge… Merde, est-ce que j'ai pensé à dire à M que la cliente… Ha si, oui, j'y ai pensé. J'ai quand même mis 15 pages à dispo aujourd'hui, je n'ai pas chômé… Bon, il arrive ce train? Pfffff, encore trois minutes sur ce quai sordide…
Bon, où en étais-je? Oui, Yan écoute de la musique allongé dans un hamac. Peut-être dort-il… Yvan l'observe avec des sentiments partagés et intenses… Comment décrire ces sentiments? Il ne l'aime jamais tant que lorsqu'il est ainsi, loin de lui en pensée, absorbé par sa musique et ses projets, et pourtant ça lui fait quelque chose de savoir que Yan l'oublie si facilement… Faut que travaille ça…
Rhaaaa, il faut que j'écrive à Charles aussi. J'ai trop envie d'écrire à Charles une lettre longue comme ça… Faut que je prenne le temps. Faut que je lise attentivement les derniers posts de Karagar. Il est inspiré en ce moment, je le sens, je le sens… Faut que j'envoie ma dernière photo de rose à Cécile, ça lui fera plaisir… Puis toute les photos de sa petite à M, aussi. Elles sont réussies…
(j'ai pris entre-temps, comme chaque soir, le métro ligne 1 et j'arrive à La Défense pour prendre le RER A). '
Tain, c'est pas vrai, c'est quoi tout ce monde sur le quai? Accident voyageur, ils disent. Pfffff, génial! Je vais attendre je sais pas combien de temps et mon mal de tête qui empire. Je vais encore m'écrouler en arrivant à la maison. Ho, et il faut que j'appelle Lilia. Elle aussi elle va croire que je l'oublie. Faut que je me couche tôt ce soir sinon je ne vais pas tenir le coup… Non, mieux, faut que je prenne des vacances dès que je peux. Mais quand je pourrai? Et quand je pense à tout ce que j'oublie, ça me fait flipper. Faut que je note les chose, sinon… ect.
03 mai 2008
Grosse fatigue...
Heureusement qu'il n'y a pas que l'endettement, la menace d'expulsion de l'huissier et les amours qui se délitent…
Il y a aussi l'ineffable beauté des garçons, la convivialité et l'amitié retrouvée…
Puis toutes ces petites choses du présent auxquelles on se raccroche pour mettre du baume au cœur.
13 février 2008
Entre overdose et manque…
Quand je cours, fourbue,
Dans la foule souterraine,
la foule aux mille visages,
alors je pense à vous
chemins de terre humide
que je n'emprunte plus…
Le soir, à l'heure aveugle,
sous les néons blafards,
je songe à toi la mer,
à tes bleus horizons,
à ton air iodé
que je ne respire plus…
Le nez toujours tendu
vers ce ciel trop pâle
griffé de tant d'avions,
je rêve de sommets,
de pureté bleue et blanche
restée inaccessible…
Lassée des escaliers
de métal tranchant,
je voudrais sous mes pieds
les prairies de là-bas
et porter loin, très loin,
mon regard fatigué.
04 janvier 2008
J'avoue tout
J'avoue, en ce moment, je m'éparpille un peu. Fatigue due à l'absence de vacances et préoccupations professionnelles y sont pour quelque chose. J'ai l'opportunité de me mettre au statu indépendant courant janvier et ça me fait un peu peur. Toutes ces connaissances administratives et fiscales dans lesquelles je dois me plonger pour mettre les choses en route à ce niveau ne sont pas très en phase avec mon tempérament "tête dans les nuages"… Mais un peu plus de liberté vaut bien de se donner un peu de mal, n'est-ce pas? Je me fais violence pour apprendre à connaître tous les tenant et les aboutissants de cette nouvelle aventure!
Donc ne vous étonnez en rien de me voir ralentir un peu le rythme de mes posts ici.
En ce qui concerne Yan et Yvan, ne vous inquiétez pas, ils sont tous deux plus que jamais présents dans ma tête et mes carnets et vous allez très vite les retrouver. J'ai encore beaucoup à dire d'eux. La vie commune est un drôle de défi avec ses charmes et ses difficultés que chacun des deux va éprouver à sa manière. La musique et la scène qui pour Yan étaient jusqu'ici un vague désir, vont devenir une véritable passion et prendre donc une place de plus en plus importante dans sa vie. Le début d'une carrière prometteuse dans ce milieu semble même s'annoncer pour lui, avec tous les risques et changements que cela comporte. Yvan, toujours entravé par les démons de l'angoisse et de l'amour propre trop faible, embourbé dans ses questions existentielles, saura-t-il le suivre dans cette aventure? L'un fonce vers l'avenir, quand l'autre prend du recule sur lui-même au point d'entreprendre une psychothérapie. La question qui prédomine : comment vont-ils faire pour rester en phase?
Vous saurez bientôt tout ça :))
Merci en tout cas de votre fidélité et de votre attention, chers lecteurs. C'est à vous que je dois d'avoir conservé mon impulsion car la persévérance n'est pas mon fort en temps normal, en dehors des liens d'amitié et d'amour. Cela va sans dire ^^
Meilleurs vœux à toutes et à tous!
13 décembre 2007
Impression
Hier, treize heures environ, accompagnée de mon copain qui partait sur Paris en même temps que moi, je prends mon RER habituel (en ce moment je fais du 14h-21h) et voilà-t-y, dans ce soleil blanc de décembre qui traverse le wagon de part en part, voilà-t-y pas, disais-je, que mes yeux se posent sur un visage connu et inconnu à la fois… Nom d'un chien, me dis-je, mais c'est Yan!
Il a environ 18 ou 20 ans, il est assis à côté d'une femme d'une cinquantaine d'année à l'expression douce, sa mère sans doute vue leur manière de se parler et, de dos, un jeune homme brun d'une trentaine d'année participe à la conversation, vraisemblablement le fils aîné. Ils parlent anglais tous les trois. Une famille britanique en balade en France, me dis-je. Ils sont descendus à Étoile, peut-être pour se promener sur les Champs…
Le jeune mec, je vous assure, c'était physiquement Yan, sauf qu'il avait les yeux bleus. Il avait sa dégaine, vêtements sans apprêts particulier, regard intelligent, cheveux châtain clair un peu trop long… C'était lui. Je n'en croyais pas mes yeux.
Dans les transports en commun, je croise des centaines de personnes chaque jour et, quand je lève le nez de mes carnets, plusieurs dizaines de regards croisent le mien quotidiennement. Il me semble logique que je tombe un beau jour sur Yan ou Yvan tels que je les imagine.
Ça fait un peu bizarre, je vous l'accorde, mais en voilà un de fait ^^
Il a dû se demander pourquoi je le regardais comme ça, héhé!
19 novembre 2007
Novembre
Sous mes bottes de fausse parisienne
défile le triste bitume
ponctué de pluie froide
C'est novembre à Monceau
Sous mon pas qui se hâte
l'odorante expiration des dernières feuilles de platanes
laisse l'empreinte éphémère
de leur mort certaine
C'est novembre à Monceau
et c'est l'heure de rêver à une vie moins grise…

19 octobre 2007
L'intérim, c'est le pied!

Entre missions intenses et repos, chaque lendemain est imprévisible. J'adore ça! J'aurais dû choisir cette vie bien avant. Dans chaque nouveau lieu des surprises, des gens différents, une ambiance unique. Depuis juillet j'ai découvert le 17e arrondissement de Paris, avec son délicieux Square des Batignoles, puis, à 2 pas de chez moi, sur les bord de Seine une entreprise dont j'ignorai l'existence. Et la semaine qui vient je me retrouve dans le 20e… Encore des gens et une atmosphère nouvelle à découvrir.
La vie professionnelle ne m'ennuie plus. Si c'est pas une bonne nouvelle, ça!
Je n'aurais pas cru, mais on dirait que l'errance me convient aussi dans la vie pro… On m'aurait dit ça… Comme quoi, on n'a jamais fini de se découvrir.

Photos : anamorphoses dans les locaux de la dernière boîte où j'ai bossé, y en avait partout sur murs et plafonds, ça m'a fascinée
14 octobre 2007
Pourquoi le blog?
Comme je pense que ça intéressera pas mal de blogeurs, je vous donne à lire ici le mail que j'ai envoyé en réponse à la demande d'interview que voici :
"Désolé de vous polluer la
cétégorie commentaires...
mais nous sommes des étudiants en école de commerce et nous devons pour
un projet en cours de marketing analyser les motivations des auteurs de
blogs.
Accepteriez vous de nous expliquer pourquoi avez-vous créé ce blog, ce
que vous visez en vous livrant ainsi, quelle est l?image que vous
voulez véhiculer de vous-même ? Avez-vous théorisé le concept du moi,
avez vous un objectif en écrivant ce blog ? Qu?est ce que cela vous
apporte ?
Nous vous serions extrêmement reconnaissants de votre collaboration.
En vous remerciant par avance,
Sophia, Mathias et Christophe.
"
Sof4ever18@gmail.com
Chers Sophia, Mathias et Christophe,
Vos questions sont intéressantes et, croyez-moi, bien des blogeurs se les posent entre eux ou à eux-mêmes sans toujours trouver de réponses claires. Les motivations nettes, en matière d'introspection, n'existent de toute façon jamais véritablement…
Je dirais que les motivations qui poussent quelqu'un à faire un blog sont à peu près les mêmes que celles qui poussent quelqu'un à tenir un journal intime, à cette différence près que, dans ce contexte du web, on rencontre un lectorat, anonyme certes, mais lectorat tout de même. Autrement dit, on se confronte à l'autre plutôt que de rester en vase clôt avec soi-même. De mon point de vue, il s'agit là, à la base, d'un acte constructif et enrichissant puisqu'il fait aller vers l'autre et même, dans certains cas sortir de l'isolement. Le blog, de part son aspect anonyme, permet en effet à beaucoup de s'exprimer sur des sujets délicats ou très intimes jamais abordés ailleurs, même pas auprès de proches.
Mais dans l'absolu, la vérité c'est qu'il existe à peu près autant de motivations qu'il existe de blogeurs! Donc, assez de généralités! Je me contenterai de vous parler de mon cas comme vous me le demandez.
J'écris depuis que j'ai une vingtaine d'années (je vais en avoir 35 dans quelques jours), d'une part de manière "utilitaire", c'est-à-dire pour m'éclaircir les idées, contrer la confusion, et d'autre part, pour le plaisir de jouer avec le pouvoir des mots (poésie, histoires). Il y a deux ou trois ans, j'ai pris l'habitude d'aller sur quelques blogs dont la sensibilité et la qualité me touchaient et, petit à petit, l'idée a fait son chemin. "Pourquoi pas moi?" me suis-je dit.
J'ai eu l'idée de l'intituler "mon errance" par souci d'honnêteté envers mes éventuels futurs lecteurs (sous entendu: "Toi qui erres sur le web, tu es perdu et tu en as fait ta philosophie? Et bien moi aussi. C'est notre point commun"). J'ai commencé par mettre en ligne des poèmes et textes courts déjà écrits longtemps auparavant. A ce moment là, je n'avais aucune attente précise quant au blog. C'était histoire de voir, ça n'avait pas grande importance à mes yeux… À vrai dire, je doutais même que qui que ce soit ait l'idée de venir me lire.
En tout état de cause, à aucun moment mon but n'a été de me "livrer" ou de m'épancher sur mes soucis personnels, pas plus que de faire partager les anecdotes de ma vie quotidienne. Je n'ai pas le talent pour cela, d'une part (j'aurais été affreusement ennuyeuse), et d'autre part je ne suis pas prête pour cet exercice difficile qu'est celui de se dire aux autres, un exercice qui réclame une fascinante impudeur que je ne possède pas (ou pas encore). En revanche, je prise ces blogs intimistes plus que tous les autres, surtout lorsqu'ils sont bien écrits et émanent d'une personnalité généreuse…
Diffusément, j'avais envie d'échanges intellectuels, peut-être pour renouer avec un aspect de la vie estudiantine qui me manquait dans ma vie active…Et surtout, je souhaitais me remettre à écrire.
Avec le recul, je me rends compte que je comptais inconsciemment sur cette idée du blog pour retrouver l'envie et la motivation pour cela.
J'ai été comblée au-delà de mes espérances puisque mes écrits ont attiré quelques personnes fidèles et que cela m'a poussée à entamer sérieusement un roman qui n'était jusqu'ici qu'à l'état d'hypothétique projet. Je ne m'attendais pas à une telle émulation entre blogeurs. c'est un fait : l'appréciation de certains passants habitués devient précieuse, alors que soi-même l'on devient précieux (toute proportion gardée, bien sûr!) pour un autre blogeur que l'on aime aller commenter. L'échange est véritable et a un réel impact sur la vie de tout les jours, sur la motivation à s'exprimer et à partager. J'ai ressenti un vrai sentiment d'ouverture à l'autre, moi qui suis assez peu liante dans la vie dite "réelle". Et je ne pense pas que j'aurais eu le courage de m'atteler à ce projet d'envergure, la rédaction d'un roman, sans l'attention et la réactivité de mes quelques lecteurs.
Ce roman j'y pense tous les jours, je l'écris tous les jours, voilà pourquoi ça fait bien longtemps que je ne fais plus de distinction entre vie virtuelle et vie réelle. Les deux se nourrissent l'une l'autre, les deux possèdent leur importance propre. Le blog est une part de ma vie et n'est pas "en dehors" ou "en plus" de ma vie. Et, là-dessus, je pense que pas mal de blogeurs me rejoindront.
Au sujet du concept du "moi" et de l'image que je souhaiterais véhiculer de moi par ce biais, que vous dire? Si on découvre une part de ce que je suis en filigrane, à travers ce que je donne sur ce blog, je vous avouerais que je me soucie peu de l'image que je renvoie. A ce sujet, rien n'est prémédité. On aime ou non ce que j'ai à donner, on me prends comme je suis ou on passe son chemin. C'est tout. Je n'ai pas pour but de plaire ou de séduire. J'ai pour but d'échanger, de provoquer des réactions. Dans cet optique, l'image de soi n'a que peu d'importance, je pense. Ce qui m'intéresse c'est d'entrer en contact, sur le plan intellectuel et émotionnel, avec des gens qui se seront reconnus ou qui auront été touchés par mes mots (ou images, d'ailleurs).
Après, je suis toujours très flattée, et très étonnée, que l'un de mes lecteurs exprime le souhait de me connaître davantage ou, à l'inverse, qu'il réponde à ma curiosité de lui ou elle. Pour vous dire, grâce à mon blog, j'ai rencontré en chair et en os trois personnes que je n'aurais pas rencontrées autrement. A chaque fois cela fut avec une grande émotion. Cela s'est fait spontanément. Moi qui n'étais pas du tout une habituée du web, j'ai été la première surprise de pouvoir nouer de réels liens aussi sincères que désintéressés par ce biais. On se rencontre par simple curiosité de l'autre, pour poursuivre un dialogue déjà entamé via les blogs ou le mail.
Ainsi, mon tout premier commentateur est devenu un ami (et quand je dis "ami", je pèse mes mots car je compte mes amis véritables sur les doigts d'une main!). Après quelques commentaires pertinents de sa part, je lui ai écrit un mail, puis un dialogue riche autant que vif s'est amorcé immédiatement entre nous. Pendant une année entière, nous avons débattu sur l'amour, les autres, le sens de la vie, par mail toujours, et nous avons eu envie de nous rencontrer pour poursuivre de vive voix. En tout bien tout honneur, bien sûr, est-il besoin de le préciser?
Par la suite, au printemps dernier, une lectrice que mes écrits émouvaient, de passage à Paris, a souhaité me rencontrer. Le temps d'un repas nos avons discuté à bâtons rompu, sur la même longueur d'onde toutes les deux, comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Depuis elle a, elle aussi, ouvert un blog et nous nous écrivons régulièrement dans un esprit d'estime réciproque. Plus récemment encore, j'ai pris un café avec l'un de mes très fidèles et très attentifs lecteur de mes nouvelles et de mon roman en cours. A cette occasion, j'ai mieux pris conscience combien les histoires que j'avais plaisir à écrire étaient susceptibles d'atteindre ou d'émouvoir d'autres personnes qui pouvaient s'y reconnaître en partie à travers leur vécu. J'y réfléchis encore à l'heure qu'il est…
J'espère avoir en partie répondu à vos questionnements.
Bon courage pour vos études et n'hésitez pas à me faire part de vos conclusions. Cela m'intéresserait.
Cordialement
Cécile (kitty78)
04 octobre 2007
La cliente
Deux associés partagent la pièce où je travaille en ce moment. L'un, la
quarantaine, me fait un peu penser physiquement à Bernard Henry Levy,
il manie l'anglais à la perfection et travaille dans l'import-export
(et que je t'envoie un mail au Japon, et que je te programme une
semaine à Cannes pour me trouver des rendez-vous intéressants dans les
soirées VIP, etc.), l'autre, la trentaine, est graphiste comme moi,
parisien branché mais pas trop (lunettes carrées, jean à la mode taille
super basse) qui appelle ses potes "mon lapin" quand son portable
sonne… Mais ils ne sont pas vulgaires, ni l'un ni l'autre, et semblent
partager une vraie entente… Bref, ils sont plutôt sympas tous les deux,
ils coopèrent bien, sont mesurés comme j'aime.
Hier, 13 heures pétantes, la cliente que les deux compères attendent
avec quelque anxiété arrive. Je précise que tous les gens qui sont
passés par cette pièce où je travaille m'ont tous dit "Bonjour" ou
"Salut, ça va?", sans exception. Elle non. C'est la grande dame qui
arrive, la tête haute. Elle passe comme si j'étais invisible. D'emblée,
je me dis "Oh, ça, ça a l'air d'être un beau spécimen". Je souris
discrètement car je sens que je vais avoir droit à une jolie pièce de
théâtre. Je lui donne entre 45 et 50 ans. C'est une femme racée, encore
belle, au corps svelte très entretenu (jambes lisses et bronzées juste
comme il faut, cheveux longs lâchés avec cette négligence toute bobo
typique des gens qui respirent le fric à dix kilomètres). Elle porte de
jolis escarpins (de marque, j'imagine) et une robe courte grise d'une
coupe sobre (idem)… Elle arrive donc, crépitante d'ondes négatives,
telle une reine gonflée de son importance – ou plutôt devrais-je dire,
telle une business woman qui sait combien de pognon elle pèse au
dollars près – et vient à la rencontre des deux hommes qui l'attendent.
Serrage de mains, "Ho, vous êtes pile à l'heure!", et blabla et blabla,
"Je vous propose qu'on aille déjeuner maintenant, si cela vous
convient", "Oui, parfait" et gnagna et gnagna… Ils partent. Moi je vais
me balader, je prends des photos de la Seine, je rêvasse, comme d'hab…
14 heures et quelques : retour du trio. Il est question de relooker le
packaging de la ligne de produits cosmétiques dont la dame est
l'ambassadrice et la créatrice et aussi d'un important salon, à la fin
de l'année, où elle aura son stand. Beaucoup de sous en jeu, beaucoup
de poissons à attraper, donc beaucoup de pression… "Bon, par quoi, on
commence? On vous montre les maquettes?" propose le plus âgé. Là, elle
le coupe direct pour embrayer sur un sujet "qui fâche" et dont il vaut
mieux se débarrasser avant de rentrer dans le vif du sujet, à savoir la
soi-disante incompétence d'une collaboratrice, qui serait "dépassée par
les événements". Elle n'en parle pas 5 ou 10 minutes, non, elle lui
tient la jambe avec ça pendant 20 bonnes minutes! "Humainement, bien
sûr, je n'ai rien à lui reprocher, mais moi, je ne peux pas travailler
avec une équipe de bras cassés, vous comprenez. Il va falloir aviser de
sa place dans l'entreprise. Je suis désolée, mais lorsqu'on a des
problèmes de compréhension, on fait une tâche plus à son niveau ou on
se forme. Moi ce n'est pas mon problème." Et blabla et blabla et que je
te crache mon venin comme ça pendant que son interlocuteur balbutie de
pitoyables "oui, bien sûr, mais tout de même…" J'avais mal pour lui et
pour la fille incriminée. Ses oreilles ont dû siffler la pauvre!
Après cette entrée en matière qui m'a confirmé le caractère imbuvable
de ce personnage si proche de la caricature, voilà nos deux compères
qui lui montrent leurs jolies maquettes montées, leurs croquis, leurs
différentes propositions, le tout agrémenté par un joli discours
cohérent et argumenté en duo. Elle regarde, les laisse parler, puis
décrète, comme ça, d'une voix assurée et sans appel : "Ça ne me plaît
pas." Là, grand silence tétanisé… Je vous épargne les explications
imparables qu'on dû trouver les deux collaborateurs malmenés pour la
raisonner et la faire sortir, sans y parvenir plus que ça, de sa
logique basique "j'aime/je n'aime pas"! J'avais du mal à me concentrer
sur mon boulot tellement l'air était saturé de tension. Un moment, elle
leur propose une photo de jeune femme à mettre en évidence sur la
notice explicative de ses produits de beauté. Les deux homme regardent,
"Elle est très jolie, très fraîche, mais je pense qu'on passe à côté de
la cible là. Vos produits concernent les femmes de trente ans et plus
qui se préparent une belle peau pour les années à venir et là vous me
proposez une toute jeune fille de 18 ans"… "Oui, vous avez peut-être
raison… Mais j'ai fait poser ma fille de 20 ans…Ça m'évitait de payer
un mannequin, et comme je l'avais sous la main, j'en ai profité!", "Ah,
c'est votre fille? Elle est vraiment très jolie", "Oui" (sourire ravi)…
A plusieurs reprise ils sont obligés de la flatter grossièrement pour
calmer le monstre qui gronde à chaque instant. Elle passe du coq à
l'âne, n'écoute rien, contredit pour le plaisir de contredire, s'entête
à faire des suggestions absurdes. L'épouvantable mégère les épuise de
minute en minute! Pendant la conversation, elle évoque un moment la
recherche de nouvelles molécules pour les crèmes de soins du visage,
"parce que vous comprenez, lorsque les ressources s'épuisent, il faut
en retrouver de nouvelles. Par exemple, le maïs marche très bien en ce
moment. Tenez, d'ailleurs, quand on voit comment le cours du maïs monte
en ce moment, les Mexicains vont bientôt crever de faim, ha ha ha!"
(elle glousse pendant que les 2 autres sourient jaunes).
Croyez-le si vous voulez, mais l'infernale garce est restée tout
l'après-midi! À 18h30, quand je suis partie, elle était encore devant
l'écran, assise à côté du graphiste à lui faire faire des modif et des
essais… Si besoin était, ce triste spectacle m'a confirmé combien la
pire vulgarité se cache sous un raffinement apparent. Lorsqu'on
rencontre ce genre de personne on comprend mieux pourquoi le monde
tourne comme il tourne, c'est-à-dire la tête à l'envers…
Ce matin, le plus âgé a demandé à l'autre : "Alors, tu n'as pas fait de cauchemar?", le plus jeune a rigolé en répondant qu'il avait bien dormi malgré tout, "Et toi?", "Moi, je suis resté énervé toute la soirée et j'ai mal dormi". Moi, je leur ai dit que j'avais compati, puis je leur ai demandé s'ils avaient beaucoup de clients dans ce style. Il m'a dit que non, qu'elle c'était le pompon et que malheureusement, comme ils étaient une société jeune et que cette femme était leur plus gros client pour l'instant, ils n'avaient pas le choix. Pour se coltiner des gens comme ça, il faut être quand même sacrément motivé!!















