12 novembre 2009
Félix a un blog maintenant :)
21 septembre 2009
Robin - Partie 10 (nouvelle)
Il n'était pas loin de quatre heures du matin quand, après mille hésitations, vagues d'angoisse et pointes d'exaltation, Charles Edouard se décida à pousser la porte de la chambre de son colocataire. Il y entra sur la pointe des pieds et, tout frémissant dans son beau pyjama de soie, s'assit au bord du lit. A la lumière de la lampe de chevet restée allumée, le visage à demi caché dans son bras replié, Robin dormait à poings fermés, une main abandonnée sur son ventre nu. Ce n'était pas étonnant, vu l'heure. Cela laissait encore un peu de temps à Charles Edouard et il en fut soulagé. Il contempla le tableau saisissant de sensualité qu'offrait le bel endormi. Dire que lui, Charles Edouard, Marquis de la Bressonnière — si ce titre avait encore un quelconque sens aujourd'hui —, descendant de trente générations de nobles seigneurs et glorieux chefs militaires auteurs de tant de hauts faits, fils aîné de feu Louis de la Bressionnière et de sa veuve, née Marie-Elisabeth de Chavigné, lui, donc, se trouvait là, dans la chambre d'un garçon, la sueur aux tempes et le bas ventre en émoi. C'était invraisemblable et pourtant… L'idée, la seule idée de le toucher, de le respirer, de découvrir ses attentes, le renversait. Il en avait besoin, il en avait envie, tellement envie. Il ne pouvait plus ne pas le reconnaître. Et, s'il n'arrivait toujours pas à se faire à la vision de cette intimité imminente — impensable transgression —, en revanche, il parvenait encore moins à se l'ôter de la tête — sublime transgression. Il n'avait plus le choix. Il ne lui restait qu'à se défaire de si peu d'entraves, au fond… Il aurait d'ailleurs été bien en peine de dire en quoi celles-ci consistaient précisément. Deux fois déjà il avait connu sa bouche. Le besoin de la connaître encore, puis de découvrir le reste, s'était fait plus pressant chaque jour. Il avança la main, lui effleura la joue, le cou, l'épaule, le cœur en vrille, le bonheur à vif. Lorsque Solène, la toute première fois, l'avait regardé, il s'était senti tout pareil à maintenant, au bord d'un précipice attirant, prêt à céder au vertige.
Robin, qui possédait le sommeil lourd d'un enfant, ne sentit ni les caresses, ni le baiser qu'on lui déposait sur le front, ni même qu'on se glissait dans son lit.
Comme chaque fois qu'il se couchait avec en tête une heure de levé programmée, il s'éveilla quelques minutes avant que ne retentisse le réveil. Il sourit en découvrant Charles Edouard endormi à ses côtés. Le simple fait de le voir là, même si c'était à l'autre extrémité du lit, à cinquante prudents centimètres de lui, récompensait sa patience. Le fastidieux apprivoisement avait donc porté ses fruits. Il allongea le bras et lui caressa les cheveux.
— Salut, murmura-t-il dès qu'il le vit ouvrir les paupières.
— Salut, répondit Charles Edouard.
Le garçon se laissa aller à la joie de se familiariser avec son visage ensommeillé, attendant simplement qu'il déposât les toutes dernières armes de sa crainte. Enfin, il s'amadouait. C'était beau à voir. Ce fut même ce grand hésitant qui déclencha le premier l'étreinte en venant se blottir contre lui. Il se cacha dans son cou, se laissa enlacer et l'enlaça à son tour. Quelle satisfaction c'était, déjà, de connaître enfin son poids et sa chaleur, de glisser les mains dans son dos, sous le tissu, un simple geste dont il rêvait depuis des mois. Les deux garçons s'étreignirent ainsi un long moment avant de céder au baiser qui couvait. Alors, dans une fougue splendide, une fougue qui les mena jusqu'aux jambes emmêlées et aux corps empoignés, ils virent affluer, sous la pression de leurs lèvres, tout l'espoir, toute la faim et l'électricité qui s'amoncelaient en chacun d'eux depuis leur rencontre. Robin, loin de s'attendre à tant de fièvre de la part de cet homme si policé, s'abandonnait déjà. Charles Edouard se découvrit plus avide qu'il ne l'aurait cru. Mais, il faut dire, Robin sentait si bon la Vie et l'Amour, son corps le réclamait avec tellement de force. C'en était enivrant. Il se voyait déjà l'essouffler de plaisir, entrevoyait l'issue… Mais, alors que les prémices d'une franche excitation les emportaient déjà et que leur état à chacun ne faisait plus de mystère, Robin se figea. Son regard venait par hasard de croiser le cadran du réveil.
— Ne me dis pas qu'il est déjà cette heure là ! S'exclama-t-il.
Mais il était bel et bien neuf heures et quart.
— Merde, merde, merde ! Ça veut dire qu'il me reste trois pauvres quarts d'heure pour attraper mon train… Excuse-moi.
Se dégageant des bras de Charles Edouard, il jaillit du lit, le laissant là tout bête sous la couette, débraillé dans son pyjama déboutonné, ébouriffé et rose comme un gamin qui a chahuté. Ne sachant trop par quoi commencer, le garçon attrapa ses vêtements d'une main puis se prit le front de l'autre.
— Rha, il faut que je m'active grave, là ! Si je le loupe…
— Tu ne peux pas prendre le suivant ?
— Non. J'avais regardé : il est trois heures après et mes parents m'attendent de pied ferme pour déjeuner. Ça fait super longtemps que je ne les ai pas vus, tu comprends. Je ne veux pas leur faire faux bond, — il fit mine de humer une délicieuse odeur dans l'air — et je sens d'ici le bœuf bourguignon que ma mère commence à faire mijoter pour fêter mon retour.
— Je vois, fit Charles Edouard avec un sourire contraint.
Robin se rassit près de lui avec une moue ennuyée. Cette interruption, tout de même, c'était un peu rude pour une première fois.
— Je suis désolé.
— C'est de ma faute. Je me décide pile au moment où tu t'en vas.
Il se considérèrent, l'un et l'autre pareillement tiraillés par l'envie de se toucher encore. Robin s'en mordit la lèvre.
— Et si je t'emmène à la gare en voiture ? Suggéra Charles Edouard.
— Tu ferais ça ?
— Evidemment.
— Ça me sauverait carrément la vie ! Ça voudrait même dire que j'ai le temps de prendre une douche ! Ou plutôt que NOUS avons le temps de prendre une douche.
Sur ce, sans laisser à Charles Edouard le temps de réagir, il le saisit par la main, le tira hors du lit et l'entraîna dans son sillage.
— Viens.
— Mais, où… Qu'est-ce que tu veux faire ?
S'interrompant dans la course, Robin fit volte-face pour le rassurer et, accessoirement, pour le faire taire. Il lui prit le visage dans les mains et lui offrit un baiser doux et appuyé, le genre de baiser qui apaise et enflamme à la fois, qui vous fait perdre le fil de vos pensées, voire toute notion de vocabulaire.
— On va faire d'une pierre deux coups, murmura-t-il à un Charles Edouard subitement départi de toute velléité de résistance.
Arrivé à destination, c'est-à-dire dans la salle de bain, il le défit de son haut avec des regards comme des caresses puis s'agenouilla pour s'attaquer au bas. Charles Edouard eut alors un peu de mal à faire abstraction de l'emballement alarmant de son rythme cardiaque. Aux premiers baisers sur son ventre, il crut défaillir et dut se rattraper à la commode juste derrière lui pour ne pas chanceler. Quand, pour finir, une langue décidée lui explora le nombril puis partit cheminer plus bas lui faire une très agréable démonstration de sa dextérité, il abdiqua. Les premières ondes d'excitation l'irradièrent si brutalement qu'il fit tomber la moitié des objets qui se trouvaient sur le meuble : boîte à cotons, brosse à cheveux et savonnette… Difficile de dire, du manque de temps ou de la hâte à jouir, ce qui teintait ainsi d'urgence cette première fois avec son cher Robin qu'il s'était toujours imaginée progressive et contemplative. C'était bien simple, ils n'avaient même pas eu le temps de bien se regarder.
Haletant — sans doute autant de désir que d'émotion —, il laissa passivement le garçon l'acculer sous la douche et entreprendre leurs ablutions. Il n'avait absolument pas le contrôle de la situation, se sentait complètement dépassé, et pour une fois, adora cela. S'il avait encore quelques traces d'appréhension, elles se diluèrent une à une aussi sûrement que la mousse du gel douche sous le ruissellement de l'eau. Il faut dire que découvrir les reliefs du corps de Robin pour la première fois avait de quoi laisser sans voix. Bref, parler n'était plus d'actualité et, de toute façon, ils avaient autre chose à faire de leur bouche. Si c'est un peu avec l'empressement de deux adolescents maladroits qu'ils poursuivirent dans la vapeur d'eau chaude ce qui s'était déjà précisé sous la couette, c'est bien avec l'indécence magnifique d'amants aguerris qu'ils l'aboutirent. Le peu de temps qui leur restait ne permettant, en effet, ni circonvolutions, ni ronds de jambes, le plaisir prit vite la tournure d'un orage prêt à crever le ciel et, lorsque Robin lui tourna le dos explicitement au détour d'une expiration, aux ultimes hésitations se substitua la spontanéité la plus lumineuse. Peu avant que la jouissance ne les libère, Charles Edouard se mit à appeler le Seigneur. Jamais cela ne lui était arrivé.
C'est dans un état second, silencieux, souriant et rêveur, qu'ils mirent à profit les dix minutes qu'il leur restaient pour s'habiller et prendre un mini-petit déjeuner.
Trois heures après avoir déposé Robin au départ de son train Charles Edouard se refaisait encore la scène en boucle, essayant de se souvenir de chacun de leurs gestes. Si cette première matinée d'amour avait laissé un goût de trop peu qui frôlait la frustration, il était clair, en revanche, que chacun l'avait vécue avec une ferveur suffisante pour alimenter une belle cohorte de rêveries pour le mois avenir.
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Cadeau !! * ^^
(rien à voir avec le texte ci-dessus, si ce n'est l'ambiance générale…)

Igor Dolgatschew et Dennis Grabosch (Alles was zählt, ép. 751)
*Cliquez sur l'image pour voir la vidéo. Il s'agit d'un extrait de la série allemande "Alles was zählt" (nom de la série en français : le rêve de Diana) qui passe en ce moment sur M6 (à une heure de grande écoute, incroyable ! ) et Teva. Parmi les chassés-croisés d'une quinzaine personnages dans la pure tradition du "soap", l'histoire de Deniz, lycéen de 17 ans, et Roman, patineur artistique de renom, forcément, a bien des points communs avec ce que j'aime écrire… Bon, et ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir une scène (homo)érotique aussi tendre. En plus, les deux acteurs sont vraiment craquants.
18 juillet 2009
Accès direct à mes nouvelles
Pour simplifier la vie de mes lecteurs passés, présents, futurs, voici ci-dessous les liens directs vers les histoires courtes que j'ai publiées ici.
Je signale pour mes éventuels visiteurs mineurs, que certaines scènes à caractère érotique dans ces nouvelles pourraient éventuellement les choquer.
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• >> Robin
Paris : sur fond de création artistique, la
rencontre improbable d'un petit génie du dessin et d'un aristocrate
travaillant pour un célèbre couturier.
Robin - partie 1
Robin - partie 2
Robin - partie 3
Robin - partie 4
Robin - partie 5
Robin - partie 6
Robin - partie 7
Robin - partie 8
Robin - partie 9
• >> Le violon
Un appartement parisien, l'été. Miguel est en colère contre Julien qui semble mettre sa passion pour la musique au-dessus de tout le reste.
• >> Dis-moi de rester
Septembre, au bord de l'Atlantique. C'est la fin des vacances pour Cathy, Simon et Sophie. Simon est fasciné par le mystérieux Alex qu'ils ont accueilli quelques semaines auparavant. Ce dernier, un matin, lui avoue sa séropositivité.
> Introduction… le séïsme
> Chapitre 1… c'est beau un homme qui pleure
> Chapitre 2… un baiser, un malaise
> Chapitre 3… Cathy, je l'aime
> Chapitre 4… merveilleux dégâts
> Chapitre 5… faire le vide
> Chapitre 6… l'homme blessé
> Épilogue… se consoler

Steven Turpin et Dusan Dukic in "Amnesia : the James Brighton enigma"
•>> Alors qu'il neige
Seuls dans la maison, un soir d'hiver, deux garçons, Samuel et Julien, se rapprochent.
• >> Le secret de Nico
Nico ne connait pas l'amour et en a terriblement peur. Vincent l'aime et va tenter de l'apprivoiser…
• >> L'impossible
Elysa quitte son suicidaire de copain, Will, après un drame de trop. Thomas, son ami d'enfance, va devoir le ramasser à la petite cuillère en ravalant son désir et ses sentiments pour lui, comme toujours, comme depuis 18 ans d'indéfectible amitié…
• >> Conte d'été
Julia et Martin se sont séparés il y a trois mois et se retrouvent pour discuter. Chacun a noué une nouvelle relation durant l'été. Alors que Julia vient de longuement parler de son nouveau copain, c'est au tour de Martin de raconter sa rencontre avec Cris.
• Gabi & Étienne
Gabi est une femme ou un homme? À vous de choisir.
>> Partie 1
>> Partie 2
Notes de l'auteur à propos des 2 personnages > ICI et > LÀ
• Sous le signe de la pluie
Quelque
part dans une région de France, se noue une histoire d'amour, tout en
douceur et prudence, entre un professeur d'éducation physique et l'un
de ses élèves lycéens.
>> Partie 1
>> Partie 2
>> Partie 3
>> Partie 4
>> Partie 5
>> Partie 6
>> Partie 7
31 mars 2009
Variante
Faute d'avoir le temps d'en faire de nouvelles, voici une image déjà connue des lecteurs du Dégel, retravaillée autrement, recadrée, colorée différemment… Bref, une tentative de faire du neuf avec du vieux (histoire de ne pas perdre la main… et la motivation).
31 mars 2008
Parenthèse
Je poste moins en ce moment pour cause de boulot et accumulation de fatigue et stress (soucis financiers…) mais j'avoue Google exagère! Ils ont osé glisser des pubs dans les commentaires de mon dernier post. J'en reviens pas!! Ils font ça dans les blog à l'abandon d'habitude!
Donc, en attendant le prochain instantané du Dégel qui voit notre Yvan renouer avec une vie sociale et qui est presque prêt (je devrais vous le mettre en ligne demain ou mardi), je vous offre une image.
J'ai pensé à ceci histoire d'évoquer le printemps…

Ou à ma minette car je sais que pas mal d'entre vous aime les chats…
Puis j'ai opté pour celle-ci finalement…
Je ne sais pas vous, mais moi, ça me parle plus :)
30 novembre 2007
Je ne les présente plus…
En attendant la suite écrite, je vous offre cette illustration.
Bon, oui, je sais, vous vous dites, rhoooo, c'est toujours la même chose, ils sont encore dénudés et ont, une fois de plus, les yeux fermés, mais, c'est promis, la prochaine fois, je les représente dans un contexte moins, disons… sensuel… Sinon, vous allez finir par croire qu'il n'y a que leurs baisers qui m'inspirent… Ce qui n'est pas vrai. Si j'avais des tas d'heures rien qu'à moi, je vous ferais Yvan, dans la lumière d'un soir bleuté, fumant à la fenêtre de sa chambre, ou Yan marchant dans la rue aux côtés d'Héloïse et animé par une conversation passionnée, ou encore, nos deux compères riant simplement ensemble à la terrasse d'un café… J'aimerais bien aussi les dessiner au moment où ils se revoient pour la première fois, dans la réserve de la librairie… et au soleil de leur premier été, au bord du lac du Salagou, en train de se tourner autour… et Yan à Annecy, quand il attend Yvan en écoutant de la musique… et quand Eric fait une scène à Yvan dans la rue, ce soir pluvieux de septembre… Enfin bref, ce ne sont pas les idées qui manquent. Vous l'aurez compris, j'aimerai faire, au final, un roman illustré. Mais au train où je vais, il me faudra des siècles! Que c'est frustrant. Je le ferai, c'est sûr, mais quand je vois le temps que me prend une seule planche où il n'y a même pas de décor, ça me file le vertige!
17 octobre 2007
Y & Y
Extrait d'un dessin en cours…
10 juillet 2007
Sous le signe de la pluie - partie 3
Les beaux jours étant revenus, les deux compères avaient déserté leur café habituel, lui préférant les chemins verdoyants de la campagne environnante. Nicolas, à son corps défendant, avait très souvent accompagné son père à la chasse et, de ce fait, connaissait chaque bois, chaque sentier, chaque pré à la périphérie de la ville. Ils prenaient leur vélo et s'arrêtaient pour marcher lorsque le chemin recherché s'offrait à eux. Abdel savourait ces instants. Il était fier de constater combien son jeune disciple, car ainsi voulait-il le considérer, avait changé depuis qu'ils se fréquentaient. Il était détendu, plus souriant. Il avait cessé de parler de l'homosexualité comme d'une maladie détestable dont il aurait aimé se guérir et ouvrait davantage son esprit à chacun de leur débat. Abdel lui parla beaucoup de ses années adolescentes dans la banlieue nord de la capitale, de ses pires bêtises, de la guerre ouverte avec la police, de la misère ambiante mais aussi de cette chaleur humaine que jamais il n'avait retrouvé ailleurs. Il lui expliqua notamment combien il avait souffert de devoir se cacher derrière une image de petit dur pendant toutes les années où il y vécut afin de ne pas subir les foudres des lois machistes et indubitablement homophobes qui régissaient les relations masculines dans la cité. Nicolas, qui n'avait jamais entendu parlé des cités parisiennes que par la télévision, se montrait toujours captivé pas les témoignages de son aîné. En comparaison, sa vie provinciale lui paraissait de la dernière fadeur même si, en ce qui concernait l'homophobie ambiante, il ne se jugeait finalement pas mieux loti. Se découvrant toujours plus de points communs, ils échangeaient ainsi leurs souvenirs et expériences respectifs dans une complicité qui semblait vouloir s'affirmer chaque jour. Redoutant cependant qu'Abdel finisse par le considérer comme son petit frère, et aussi parce que le sujet l'obsédait, Nicolas abordait aussi souvent que possible le sujet de la sexualité. Abdel, alors, ne se troublait pas et répondait aussi doctement qu'un sexologue aux interrogations de son jeune compagnon.
Ce jour-là, alors qu'ils se baladaient sur un chemin blanc bordé de prairies, Nicolas venait justement de lui faire quelques confidences sur ses désirs soi-disant honteux et sa culpabilité. Il était bien conscient d'avoir été plutôt cru dans ses propos et cette conversation pour le moins osée avait suscité dans l'air une tension sexuelle palpable. Il y était question notamment de point G masculin et de plaisirs solitaires. Bref, de quoi émoustiller même un sage comme Abdel qui, de nature pudique, cacha son trouble dans l'humour et le rire.
— Dire que je suis en train de parler de ça avec mon prof de gym. C'est bizarre quand on y pense…
— Ça ne me dérangerait pas qu'on change de sujet…
Nicolas lui donna un léger coup de coude complice.
— Héhé, tu rougis.
— Mais non, je ne rougis pas.
— Si, si, tu rougis.
— Petit branleur, va!
— Ho, toi, comment tu me parles! Tu me cherches?
— C'est toi qui me cherches.
Abdel commença à simuler de manière comique des prises de karaté démonstratives et agitées auxquelles répondit Nicolas sur le même mode et ils finirent par éclater de rire.
— Hou là, regarde ce qui nous arrive dessus.
Ils pointèrent le regard ensemble vers le ciel de l'ouest où grossissait un énorme orage. Le vert tendre des prés encore ensoleillés et constellés de coquelicots contrastait de son éclat avec la masse anthracite qui arrivait sur eux à toute vitesse.
— Même en courant, on atteindra jamais le bois avant que ça nous tombe dessus, dit Nicolas.
Ces mot à peine prononcés, de grosses gouttes tièdes, très espacées les unes de autres vinrent s'écraser sur le sol crayeux du chemin, y dessinant autant de taches brunes larges comme des pièces de monnaie.
— La petite grange, là-bas, c'est le seul endroit où on peut s'abriter, dit Nicolas en pointant son doigt vers le nord.
Effectivement, à environ trois cent mètres, à la frontière de deux pâtures, se trouvait un petit abri de bois pour y stoquer du fourrage. Ils enjambèrent prudemment les barbelés et, les jambes fouettées pas les hautes herbes coururent jusqu'au petit abri. Mais la pluie s'intensifia si vite qu'ils l'atteignirent trempés jusqu'aux os.
Trop occupé à reprendre son souffle, Nicolas ne vit pas Abdel oter son tee-shirt qu'il étala sur une botte de foin après l'avoir essoré.
— Nico, donne-moi ton haut. On va faire sécher sinon c'est un truc à attraper la crève.
Pris de cours par la vision du superbe torse nerveux et dessiné d'Abdel, le garçon s'exécuta et lui tendit son vêtement trempé sans dire mot. Ils s'admirèrent discrètement. Nicolas se détourna pour regarder le déluge. Il venait de réaliser que le fameux moment idéal, le moment tant espéré était peut-être bien celui-là même. Oui, les conditions présentes étaient parfaites pour provoquer un peu les choses. Malheureusement, il se sentit pris d'une crise de timidité tout à fait malvenue. Peut-être était-ce le fait de se trouver lui-même à demi-nu près de lui, peut-être était-ce à cause de cette distance constante qu'Abdel mettait entre eux, toujours est-il que le garçon sentit une vague de déroute l'étreindre.
— La vache, ça tombe bien. Je ne sais pas combien de temps on va rester coincés ici, dit Abdel, debout à côté de lui, regardant la pluie battante comme lui.
Ils s'absorbèrent en silence dans leur contemplation. Depuis le début de la balade, la tentation d'un baiser travaillait Abdel. Elle s'était brusquement imposée à lui une heure auparavant et n'en démordait plus. Comme à son habitude, et parce que c'était sa philosophie de vie, il avait laissé les choses suivre leur cours et voilà, aujourd'hui, où ce cours le menait : à l'envie d'un baiser. C'était impérieux comme la soif lorsqu'on vient de traverser un désert. Sans réfléchir davantage, il posa la main sur l'épaule nue de Nicolas. Celui-ce se tourna vers lui, surpris pas ce contact inattendu. Abdel le regarda bien au fond des yeux, juste le temps qu'il comprenne, et lui déposa sur la bouche un baiser bref et délicat. Ils se considérèrent ensuite, l'un incrédule, l'autre souriant légèrement, tous les deux plus bouleversés qu'ils ne s'y seraient attendus
Sous le signe de la pluie - partie 4
Partie 3
— Tu es si étonné que ça? interrogea Abdel, haussant la voix tant le fracas de la pluie était violent.
— Non. C'est que je venais de faire un vœux et hop, il se réalise la minute d'après.
Ils rapprochèrent leur corps et leur visage et s'embrassèrent longuement, cette fois. Le tonnerre crépitait de plus en plus près, les bourrasques de vent s'énervaient et la pluie ne semblait vouloir décolérer. Ce déchaînement des éléments naturels donna à ce baiser un goût d'exceptionnel que ni l'un ni l'autre n'était prêt d'oublier. Abdel n'avait plus embrassé personne depuis trois longues années et la douceur de cette bouche émue le transporta. Nicolas, lui — si l'on exceptait le baiser volé quelques mois auparavant dans les vestiaires du gymnase—, embrassait pour la première fois et jamais il n'aurait imaginé que ce simple contact puisse se révéler d'un tel pouvoir. Lorsqu'ils s'interrompirent, il en resta pantois tant le désir s'était infiltré partout en lui. Ce qu'il ignorait, c'est que son partenaire avait mis toute son âme dans ce baiser fervent. Il l'avait conçu inoubliable, bien conscient que c'était pour lui sa première fois. S'abreuvant de joie à la contemplation du visage chamboulé du jeune garçon qui ne pouvait plus détacher son regard de lui, Abdel se mordit la lèvre inférieure, résistant avec difficulté à la tentation de remettre cela. Mais Nicolas, le pris de vitesse. Il voulait, sans surprise, savourer cette fois, et bien sentir en lui la confirmation de certains délicieux éveils. Lui tenant doucement le visage, c'est lui qui mena le tendre assaut, lui qui, le premier, provoqua le duel de leurs langues. Abdel, qui pourtant croyait maîtriser la situation, fut investi à son tour par la crue du désir. Il aurait été tentant de l'assouvir ici, dans la paille piquante et l'odeur de foin humide, mais aucun des deux ne provoqua l'événement. Le plus jeune était trop occupé à découvrir les paysages des ses émois nouveaux et le plus vieux trop heureux de sentir infuser en lui des sentiments et des désirs trop longtemps remisés. De plus le jour commençait à décliner et la pluie — qui, si elle avait faibli en intensité semblait vouloir persister — avait bien refroidi l'atmosphère.
— Tu as la chaire de poule.
— Oui, ça commence à cailler.
— Ça n'a pas l'air de vouloir s'arrêter. Je crois qu'on ne va pas avoir le choix. Il va falloir y aller.
— Oui.
Ils n'arrivaient plus à se quitter des yeux, chacun montrant sans vergogne son désir et son éblouissement à l'autre. Nicolas osa passer sa main sur la poitrine d'Abdel, découvrant combien sa peau était douce. Ce seul geste lui fit battre le cœur encore plus vite.
— Je ne pensais pas que ça faisait un effet pareil d'embrasser, dit-il.
Prenant ces mots, à juste titre, pour une invitation, Abdel lui pris le menton et l'embrassa une nouvelle fois. Il voulait encore le sentir défaillir sous la pression savoureuse car il adorait ça. Les lèvres et les joues plus rouge, les prunelles, sans doute par contraste, plus bleues, la beauté du garçon s'était soudain épanouie comme son sang bouillonait sous sa peau pâle.
— Tu me fais craquer, murmura Abdel en l'étreignant.
Peu familier des gestes de tendresse, le garçon marqua un petit temps d'hésitation avant de refermer à son tour ses bras sur le corps désiré. Puis il se laissa peser contre lui, humant avec délice le parfum vivant de sa peau.
— Je resteraiscomme ça des heures, dit-il.
— Moi aussi, tu me réchauffes, plaisanta Abdel.
— Je crois que je suis amoureux de toi.
Avant de lui répondre, le jeune homme desserra leur étreinte afin de lui faire face.
— Il y a certains mots qu'il ne vaut mieux pas utiliser prématurément, lui dit-il avec un sourire ému.
— Je suis sincère. C'est vrai, tu sais. Je suis dingue de toi.
— Je sais que tu es sincère. Mais je préfère qu'on laisse un peu les choses se faire d'elles-mêmes avant de se faire de grandes déclarations, c'est tout.
— Je comprends.
Ayant toujours du mal à réaliser ce qui venait de se passer, Nicolas le regarda de très près, très attentivement et, comme pour mieux y croire, baisa encore trois fois, brièvement, ses lèvres merveilleuses, ses lèvres douces qu'il voulait bien lui laisser.
— Tu fais quoi ce soir?
Abdel plissa les yeux, l'air de réfléchir intensément.
— Attends, je ne sais plus. Je crois que j'ai prévu de faire des choses pas très catholiques avec un garçon…
— Je vois. Et quel genre de choses? répondit Nicolas en riant.
— Je ne sais pas, on n'a rien précisé… Des caresses, des baisers, peut-être plus. Ça sera comme il veut.
— Ça sera plus, bien plus, l'interrompit Nicolas, affolé de s'entendre prononcer cela, comme dépassé par sa propre spontanéité.
— On pourrait passer la soirée ensemble.
— Même la nuit si tu veux. Mon père s'est absenté jusqu'à mardi. Je dois nourrir les chiens deux fois par jour, c'est ma seule obligation pour les trois jours qui viennent.
— Vive mai et ses jours fériés!
Ils remirent leur tee-shirt, toujours humide, et s'en retournèrent sous la pluie désormais fine et serrée. Nicolas tremblait. Il n'aurait su dire si c'était de froid, de nervosité ou de joie. La prairie qu'ils durent retraverser en sens inverse s'était si bien changée en vaste éponge avec toute cette eau, qu'ils atteignirent le chemin le jean couverts de boue et d'herbe jusqu'à mi-cuisse. Comme le chemin descendait et parce qu'ils avaient hâte de se retrouver au sec, ils coururent jusqu'à la route où leurs vélos couchés dans l'herbe les attendaient. Alors qu'ils enfourchaient leur deux-roues, Abdel lui décocha ce sourire tuant qui le rendait si beau. Nicolas, essouflé, trempé et heureux comme il ne se souvenait pas l'avoir été un jour, se laissa porter par cette vague de félicité puissante. Il l'adorait. Oui, parce qu'il avait ce sourire, parce que sa bouche avait ce dessin émouvant, parce que sa voix était tendre, parce que son cœur et ses mains voulaient le découvrir, lui, le petit pédé refoulé, puceau de surcroît, pour tout cela et pour un tas d'autres raisons ineffables, il l'adorait. Légers, insouciants comme des enfants, ils parcoururent sous la pluie toujours battante, les six kilomètres qui les séparaient du domicile d'Abdel.
09 juillet 2007
Sous le signe de la pluie - partie 5
Ils pédalèrent vite. La peau rougie par la fraîcheur ambiante et l'effort, les muscles échaudés, ils ne mirent pieds à terre qu'une fois à l'abri, dans le garage de l'immeuble où résidait Abdel. La porte de l'appartement à peine refermée, celui-ci entreprit de se déshabiller tout en se dirigeant vers la pièce à côté.
— Il n'y a pas à dire, ça fait du bien d'être au sec, dit-il avec enthousiasme.
N'osant le suivre ni l'imiter, Nicolas, le regarda disparaître derrière la cloison. Étourdi par la centaines de questions qui lui voltigeait dans la tête, il demeura indécis, debout au milieu du salon clair et agréablement décoré. À peine eut-il le temps d'admirer la multitude de plantes vertes et d'observer de plus près les trois superbes poignards en argent ouvragé accrochés au mur, tout incrustés de turquoise, que son hôte revint vers lui tout sourire, nu dans son slip blanc, superbe de prestance.
— Tiens sèche-toi la tête, lui dit-il en lui tendant une serviette éponge.
— Merci, fit Nicolas, soudain repris d'une crise de timidité, se maudissant de se sentir si empoté face à la décontraction presque énervante d'Abdel.
— Ça te dit un petit thé à la menthe?
— Heu… Oui.
— Mais avant, viens, je vais te prêter des vêtement secs.
Il l'entraîna dans la chambre et ouvrit l'armoire afin qu'il y choisisse un haut et un pantalon. La pièce aux stores baissés était peu éclairée. On entendait la pluie derrière les vitres. L'esprit toujours confus, le jeune garçon prit un jean et un pull un peu au hasard alors qu'Abdel, virevoltant, était déjà reparti dans la salle de bain, juste à côté, pour y faire couler un bain. Il tentait d'imaginer les minutes qui allaient suivre. Il se sentait nul. Il se disait que jamais il ne serait à la hauteur. Il avait peur aussi de franchir le pas, de découvrir qu'il aimait ça, d'avoir cette confirmation redoutée pour un être comme lui, un être n'aspirant qu'à la discrétion et à la norme. Leurs baisers, déjà, avaient été si bons… Il referma l'armoire et déposa les vêtements soigneusement pliés sur le lit juste derrière lui.
— Je fais quoi de mes fringues? interpella-t-il Abdel qui s'affairait toujours dans la salle de bain.
— Mets-les par terre avec les miennes, je vais faire une machine.
Il avisa le petit tas de vêtement mouillés au pied du lit et y ajouta son tee-shirt. Face au miroir de l'armoire qu'il venait de refermer, il entreprit de déboutonner son jean puis s'interrompit. Jamais encore il n'avait eu l'occasion de se regarder dans un si grand miroir. Cette vision ne le rassura en rien car il n'était pas sûr de se trouver beau.
— Tu t'admires?
Attendri, Abdel le regardait se regarder sans rien dire depuis une demi-minute.
— Non, pas vraiment! À côté de toi, je me sens moche.
Il le rejoignit et, se positionnant derrière lui, considéra leur reflet.
— Tu rigoles! Tu as un visage adorable et un corps de danseur.
— Tu trouves?
Abdel, frôlant le dos de son invité, suivit de son index la ligne de ses pectoraux puis de ses abdominaux sans lui toucher la peau.
— Mais, oui. Regarde, tu as une musculature très apparente et peu volumineuse, comme les danseurs de classique. Et ce sont les plus beaux corps, crois-moi.
— Mon père me répète sans arrêt que je suis trop maigre.
— Ton père n'y connaît rien.
Abdel se laissa porter par ce que lui inspirait sa peau et l'odeur de ses cheveux. Il lui déposa derrière l'oreille un baiser doux d'apprivoisement et fit poursuivre le cheminement de sa main qui ne se contentait plus de frôler, passant sur le coton du jean, puis remontant du bas ventre au cou. Nicolas, fasciné, regardait glisser sur lui cette main à laquelle il s'abandonna. Puis, il en interrompit la course nonchalante, sans même l'avoir prémédité, et la guida là où il brûlait de la sentir moins furtive. Obéissants, les doigts enveloppants et lascifs se révélèrent d'un effet des plus délectables. Comme il lui fallait leur faciliter la tâche, Nicolas ne se posa plus la question de savoir s'il devait se déshabiller ou non. Il était enfin arrivé au moment tant rêvé et tout lui parut simple tout à coup. Il fit glisser au sol son jean et son caleçon. Il aima se voir nu, en érection, dans les bras de cet homme qui s'enivrait de la douceur de sa nuque et de son plaisir naissant, mais il n'avait pas prévu combien son excitation bondirait à le sentir aussi distinctement bander contre lui. Tout à cette sensation merveilleuse, il ferma les yeux. La faim venait de le saisir. Cette faim, ressentie comme honteuse et si souvent haïe depuis l'éveil de sa libido, ne lui parut plus si laide car, enfin, il allait pouvoir l'assouvir par l'entremise du plaisir d'un autre. Les choses prenaient un sens. À l'instant où il ressentit l'épanouissement intense de son corps qui semblait se déployer jusqu'à la douleur, tout le reste passa au second plan : leur image séduisante dans le miroir, la chaleur de ses baisers sur sa nuque, sa poitrine douce contre ses omoplates, ses mains partout sur lui… Parce que c'était dans l'ordre des choses, il se cambra un peu et lui pressa les fesses afin qu'il se collât plus étroitement à lui, que la contagion du désir ait lieu, qu'il comprenne au plus vite. Abdel, plutôt surpris par tant de fièvre, n'avait pas prévu que les événements aillent si loin, si vite. Il serra plus fort le corps bouillant du garçon dont le visage pâmé, dans le miroir, était transfiguré par l'envie de jouir, et n'eut pas d'autre choix que de se soumettre à l'affolement brutal de son propre désir. Peut-être pour se dégriser ou, au contraire, peut-être pour y lire certaines confirmations, Abdel voulut renouer avec son regard bleu et le fit pivoter face à lui. Mais à peine eut-il le temps de capter ses prunelles, que Nicolas se jeta sur sa bouche et le défit de son slip d'un seul geste. Abdel interrompit le baiser en lui prenant le visage entre les mains.
— Tu es si pressé? On a tout notre temps, tu sais.
N'ayant plus aucun mot disponible, Nicolas le considéra, éperdu de désir. Il lui prit les poignets afin qu'il libère son visage et se remit à l'embrasser, têtu, mais cette fois avec bien plus de ferveur que de précipitation. Il aurait voulu lui dire simplement "encule-moi", mais il n'était pas prêt à prononcer ces mots à haute voix, ces mots honnis toujours tus jusqu'ici et tant de fois pensés.
— J'ai besoin… Je veux te sentir.
— Dis comme ça, forcément…, murmura Abdel en regardant avec tendresse son visage chamboulé, irrésistible.

















