29 juillet 2009
Morceaux choisis (pardon…)
Comment ne pas être bercé par ces mots qui chantent ? …
"Afin de réaliser son objectif de gestion, le fonds xxxxxxxx sera investi principalement en titres obligataires privés, exclusivement émis en Euro, par des émetteurs de la zone euro ou non et qui bénéficieront au moment de leur acquisition d’une notation d’au moins BBB- (Investment Grade).
A partir de l’analyse de notre scenario économique central et de nos anticipations sur les marchés de taux, nous mettons en œuvre dans la construction du portefeuille des stratégies :
- d’allocation crédit (exposition au marché du crédit, allocation sectorielle, géographique, entre catégorie de notation et niveau de séniorité),
- de sélection de titres,
- de positionnement sur la courbe des taux afin de tirer avantage de sa déformation (applatissement, pentification de la courbe),
- d’exposition aux taux d’intérêts, afin de profiter au mieux de la hausse du marché ou de réduire les pertes en cas de baisse de ce dernier,
à l’intérieur d’une fourchette de sensibilité comprise entre 3 et 6.
L’exposition du FCP xxxxxx au marché du crédit sera en permanence de 80 % au minimum. Le fonds pourra être investi en titres obligataires souverains dans la limite de 20 % maximum.
Notre processus de sélection des titres repose sur la prise en compte conjointe de critères financiers et extra-financiers. Notre démarche se fonde sur un double constat : un émetteur ne peut en effet être performant dans la durée sans une bonne gestion sociale et environnementale ; en parallèle, une bonne gestion sociale et environnementale n’est pas soutenable en l’absence de performance économique. L’analyse extra-financière des émetteurs, sous l’angle ESG (Environnemental / Sociétal / Gouvernemental) permet de compléter l’analyse financière traditionnelle et ainsi d’appréhender la véritable valeur d’un titre en identifiant les opportunités, les risques et les éventuelles destructions de valeurs pesant sur ces émetteurs.
Dans le cadre des stratégies développées, le gérant peut avoir recours à des investissements en OPCVM de droit français ou européens coordonnés, dans la limite de 10 % de l’actif de l’OPCVM (OPCVM monétaires compris).
De plus, les opérations portant sur les instruments dérivés et sur les titres intégrant des dérivés tels que les contrats à terme, les options de taux, les swaps de taux, le change à terme, les CDS seront effectués dans la limite de 100 % maximum de l’actif de l’OPCVM.
Le recours à ces instruments servira à piloter l’exposition du fonds au risque de taux et de crédit à l’intérieur de la fourchette de sensibilité et au risque de crédit (80 % d’exposition maximum) ou à la mise en œuvre de stratégies d’arbitrage au sein d’un secteur ou d’un émetteur.
Pour plus de détails sur les actifs utilisés par l’OPCVM, veuillez vous reporter à la note détaillée de l’OPCVM."
J'aime tout particulièrement "séniorité" et "pentification"…
(quand le boulot devient une telle punition — à savoir, corriger des documents financiers imbuvables — on se console comme on peut, que voulez-vous!).
Oh, et aller, encore un petit, pour la route :
"Risque de taux : Les fluctuations des instruments obligataires détenus en portefeuille répondent aux variations de taux d’intérêt. L’ampleur de ces fluctuations est fonction notamment de la maturité de chaque obligation. Ainsi, l’exposition du portefeuille sur les taux des différents pays/devises peut varier selon les convictions/anticipations et impacter la valorisation du portefeuille. Le risque sur les taux d’intérêt est mesuré par un indicateur nommé sensibilité. Le niveau de la sensibilité du portefeuille est variable dans le temps en fonction des anticipations.
Notons également que, pour un même pays/devise, les taux d’intérêt sur plusieurs maturités peuvent évoluer de manière différente. La stratégie d’arbitrage de la courbe qui consiste en un positionnement du portefeuill sur telle maturité plutôt que telle autre représente une autre composante du risque de taux, également gérée activement par nos équipes de gestion.
Enfin, chaque titre obligataire présente des caractéristiques techniques propres qui, au-delà de sa seule maturité, influencent de mainère complexe la variation de sa valeur face à des mouvements de taux d’intérêt. Ces éléments participent également à la plus ou moins grande volatilité des performances du portefeuille face à des variations de taux."
Et certains se demandent encore pourquoi le Monde en est là où il en est !
22 août 2008
Le clochard et l'innocent
Mau le clochard et Vic l'innocent discutent au soleil d'automne, sur un banc public, près d'une gare RER parisienne.
— Dis-moi, Mau, pourquoi ces gens courent-ils ?
— Tu vois bien, pour attraper leur bus.
— Ils pourraient ne pas courir et attendre le suivant.
— C'est vrai, oui, mais ils sont pressés.
— Donc on pourrait dire que ces gens ne courent pas après un bus mais plutôt après le temps.
— Oui, on pourrait dire ça…
— Mais, Mau, toi qui es vieux et qui sais tout, pourquoi les gens courent-ils après le temps ?
— Et bien dans ce cas précis, c'est parce qu'ils ont hâtent de retrouver les obligations réconfortantes de leur foyer.
— Les obligations réconfortantes de… Mais, Mau, dis-moi. Comment des obligations peuvent-elle être réconfortantes ?
— Et bien parce qu'elles rassurent et qu'un repos mérité leur succède.
— Donc, au fond, ce n'est pas après leurs obligations que les gens courent, mais après le repos ?
— Et bien oui, ce n'est pas faut.
— C'est étrange.
— Qu'est-ce qui est si étrange, Vic?
— Et bien, que les gens courent pour se reposer. Tu m'avais dis un jour, souviens-toi, qu'il n'y a de repos que dans la mort.
— C'est vrai, oui.
— On pourrait donc dire que ces gens courent après la mort ?
— Effectivement, effectivement, tu n'as pas tort.
— C'est vraiment étrange.
— Tout est étrange mon petit Vic, tout est étrange…
— Et toi, Mau, pourquoi ne cours-tu pas comme eux?
— Parce que je n'ai besoin ni de repos ni de temps. Je n'ai que ça. Et puis, j'ai couru, tu sais, lorsque j'étais jeune. Exactement comme eux.
— Pourquoi as-tu cessé ?
— Un jour je me suis dit que ça ne valait pas la peine. Le prix à payer était trop cher pour finalement bien peu de réconfort et de repos.
— Le prix à payer?
— Oui. Courir du matin au soir peut user autant que la rue, gamin, crois-moi. J'ai 75 ans, tu vois, et je ne serais sans doute pas arrivé à cet âge si j'avais continué.
— Tu ne regrettes pas?
— Quoi donc?
— De ne plus être comme eux?
— Et bien, mon jeune ami, à la vérité, lorsque je les regarde, j'oublie mes quelques regrets — et je n'en ai pas tant — et je me dis que je préfère attendre la mort que de lui courir après.
18 septembre 2006
Antonin Artaud a écrit...
"Cette douleur plantée en moi comme un coin, au centre de ma réalité la plus pure, à cet emplacement de la sensibilité où les deux mondes du corps et de l'esprit se rejoignent, je me suis appris à m'en distraire par l'effet d'une fausse suggestion.
L'espace de cette minute que dure l'illumination d'un mensonge, je me fabrique une pensée d'évasion, je me jette sur une fausse piste indiquée par mon sang. Je ferme les yeux de mon intelligence, et laissant parler en moi l'informulé, je me donne l'illusion d'un système dont les termes m'échapperaient. Mais de cette minute d'erreur il me reste le sentiment d'avoir ravi à l'inconnu quelque chose de réel. Je crois à des conjurations spontanées. Sur les routes où mon sang m'entraîne il ne se peut pas qu'un jour je ne découvre une vérité."
Antonin Artaud (à André Gaillard) - Fragments d'un Journal d'Enfer (1926)
26 août 2006
Mieux vaut en rire qu'en pleurer
Ma définition du mot "humain" (pensée spéciale pour Argile Rouge)
Être humain :
Créature se nourrissant essentiellement de sens, vivant et se reproduisant dans un monde insensé…
On ignore encore comment l’espèce parvient à prospérer dans un habitat dénué de son aliment principal.
De sérieuses études sont actuellement en cours à ce sujet.
Exemple de questionement typiquement humain:
La seule chose qui pourrait donner un sens à la vie ne serait-ce pas de comprendre enfin pourquoi elle n’en à pas ?
Hé hé, vous mesurez l'absurde de la situation ^^
Oui, je sais, c'est un tantinet nihiliste, mais avouez qu'il y a du vrai, non?
28 mai 2006
Dialogue de sourds ?
Tristana, l'autre jour, parlait d'ange. Ça m'a rappelé ceci…
— Je vois que tu joues enfin le jeu.
— C'est que je sais que je n'ai pas le choix. Mais je n'arrive pas encore à m'y résoudre vraiment. Les lois, le FISC, la retraite, la sécu, tout ça c'est intouchable, je le sais bien, inévitable, le squelette de notre société, l'une des moins invivables sur cette planète. Mais, franchement, ça me fais sérieusement vomir.
— Si tu le voulais tu aurais le choix.
— Ah, tu parles d'un choix ! Être un mouton bien obéissant ou un parasite, un être inexistant ou un mendiant, un sédentaire assis à vie ou un baroudeur en fuite! L'un ou l'autre, c'est, de toute façon, pathétique.
— … Je constate que c'est toujours la joie de vivre dans ta petite cervelle. Rappelle-toi que tu as choisi de vivre, s'il te plaît. Tout de même.
— Alors là, tu ne me feras jamais croire cela! Si c'est vrai, je suis une masochiste en puissance!
— Arrête un peu veux-tu? Il n'y a pas que la douleur et la déroute en cette vie.
— Encore heureux!
— Il y la créativité…
— Cela, je le sais car c'est mon unique raison de vivre, mais je ne comprends pas qu'elle ne touche pas tout le monde.
— Ah, pardon! Tout le monde, sans exception, est un créatif en puissance… Potentiellement.
— Potentiellement? Génial. Toi qui n'es pas humain, dis-moi, je t'en prie, arriverons-nous jamais à nous débarrasser de tous ces systèmes artificiels qui nous étouffent ?
— La réponse est contenue dans ta question.
— ?
— Tu viens de dire "systèmes artificiels" et non systèmes tout court.
— Oui, et alors?
— Et alors? Mais, enfin, regarde autour de toi, regarde ce qui existe sans l'humain, regarde un arbre, par exemple. Tu ne peux que constater : l'anarchie ordonnée.
— Anarchie ou ordre, mais pas les deux.
— Non, non, je ne peux pas te dire mieux : anarchie ordonnée.
— Bon… Mais, moi, ce que je te demandais, c'est notre monde actuel, là, va-t-on enfin réussir à le rendre moins stérile, moins … con.
— Attends, tu plaisantes? Stérile, le monde actuel?
— Ne joue pas sur les mots. Tu vois ce que je veux dire.
— Mais, bien sûr que vous y arriverez! Avec le cerveau dont vous disposez, ça serait malheureux.
— Mais, dans combien de temps?
— Le temps? C'est quoi ça?
Je soupire.
— Le dialogue est vraiment impossible avec toi.
— Ah, oui, le temps; Bien sûr, je le remets. C'est un concept que je fréquente rarement, excuse-moi. Donc, combien de temps? Je n'en sais rien, moi. Personne ne le sait. Ça n'a d'ailleurs pas grand intérêt. Tu te poses cette question simplement parce que tu crois que ta vie est limitée.
— Désolée, mais rien ne me prouve le contraire.
— Une seconde ou une éternité, c'est pareil. Ce que tu dois te demander, c'est une amélioration du monde ne pourrait-elle ne pas se révéler stérilisante, au final?
— Cela dépend de ce que tu mets sous le mot amélioration.
— Et bien, dis-moi, toi, qu'y mettrais-tu?
— Je n'ai pas de réponse à une telle question. Tu le sais bien… J'imagine que ce à quoi pourrait ressembler la vie se trouve dans la poésie et dans le spectacle de la nature.
— N'oublie pas que c'est le monde réel qui suscite la poésie. Et de quoi te plains-tu, la nature existe bel et bien, non?
— Je me suis mal faite comprendre. Moi, je ne voudrais même plus que la poésie ait à exister sur le papier ou dans les mots. Je voudrais qu'elle constitue la vie même!
— Es-tu bien certaine que ce n'est pas déjà le cas?
— Alors-là, je ne te suis plus du tout. Parle-t-on bien du même monde?
— La poésie EST la vie et la vie EST la poésie, je te l'affirme. Seulement, c'est vrai, peu d'entre vous s'en sont rendu compte, c'est tout.
— C'est tout? Mais, pourquoi personne ne s'en rend compte? Pourquoi personne ne fait-il de sa vie le poème quelle est forcément? Regarde, mais regarde donc, ne vois-tu pas à quel point la vie est un calvaire quand elle est autre chose qu'un poème?
— Quand elle est quoi, par exemple?
— Je ne sais pas, moi : une réussite financière, un jeu absurde, ou un outil bête et méchant…
Il me sourit, d'un sourire plein de chaleur angélique…
— Allons, ne t'inquiète pas. Vous avez encore une mauvaise vue, mais ça va venir, ça va venir…
Puis il s'éclipse.
Me voilà bien avancée…
23 mars 2006
Mes anges se disputent
Il me parle de son incomparable vois silencieuse. Il me dit : “N’oublie pas que la vie est une chose rare et belle sur laquelle il est indigne de cracher. Honore-la. Ne méprise pas ce qu’elle t’offre. Ce serait une erreur. Regarde cette abeille énivrée par le pollen jaune-orange de ce crocus violet, regarde comme cela existe. Ne ferme pas les yeux. Ne t’enferme pas. Refuse l’idée que la vie t’a été offerte par hasard. Tu sais bien que c’est faux. Peut-être l’avais-tu oublié. Hé bien moi, je te le rappelle. Trouve toi-même la formule qui te convient pour honorer la vie. N’oublie pas de le faire, c’est tout. Tu me demandes ce que c’est qu’honorer la vie ? Mais voyons, cela aussi tu le sais depuis toujours ! Pourquoi te complais-tu ainsi dans l’oubli ? Honorer la vie, c’est seulement l’aimer, la vivre selon ton désir.”
“N’écoute pas ce mièvre imbécile !”, me crie un autre d’un ton tout aussi convainquant. “Ou écoute-le, mais retiens bien aussi ceci : la vie n’est pas un charmant cadeau, elle est l’épreuve la plus dure. Et tu vivras et vivras des vies sans les comprendre tant que tu n’auras pas triomphé de cette épreuve. Pour la surmonter il te faut cesser de souffrir de ne pas comprendre. Dans une situation aussi déroutante qu’est le fait d’être vivant et d’en avoir conscience, il est extrèmement difficile de trouver la paix. Tu comprendras que je ne te mens pas en regardant tes congénères autour de toi ; et toi-même, d’ailleurs, regarde comme tu es déroutée. Je compatis… Moi aussi je suis passé par là. Peu d’êtres trouvent le repos avant celui de la mort. Si cependant tu y parviens, alors tu auras gagné. Gagné quoi ? Mais, le bonheur d’exister sans plus avoir à vivre, bien sûr. Tu verras, tu m’en diras des nouvelles ! L’autre a beau dire, que la vie est une chose merveilleuse… L’existence sans la nécessité de la vie, c’est autre chose ! Abandonne ta dérisoire prétention à vouloir expliquer ce qui n’a pas d’explication. Soumets-toi avec sagesse à ton épreuve. Et surtout, surtout ne te laisse pas détruire par l’agitation des vivants, autour de toi. Le plus difficile dans la condition humaine est de posséder la conscience d’être vivant. C’est tellement inutile à l’être vivant, en fin de compte ! Excuse-moi, j’en ris, mais c’est tellement tragicomique ! Tu dois comprendre que cela constitue le noyau dur de l’épreuve : vivre en en ayant conscience empêche à coup sûr d’exister. Celui qui sait enfin exister sans être aliéné par ce qu’impose la condition vivante, celui-là est fin-près pour quitter définitivement la vie et, enfin, exister sans elle.”
Le premier intervient. “ Pourquoi lui dis-tu tout cela ? Tu vas la troubler encore plus qu’elle ne l’est. ”
“ Parce qu’elle est capable de m’entendre ”, répond l’autre.
“ Oui, certes, mais pas encore de te croire. Et lui révéler tout cela, ce n’est, à mon avis, que jeter une pierre de plus dans l’étendue liquide de sa perplexité, ce lac immense dont la surface est déjà tant altérée par tant de pierres, chaque jour. ”
L’autre bougonne et ils disparaissent.
Que faire maintenant de ces intuitions invérifiables ?








