Le blog de l'Errance

La vie m'étonne chaque jour : le pouvoir des mots, la beauté de l'amour et du corps dans l'intimité et la magie de l'anodin quotidien… J'aime être en vie et vous le dis.

21 septembre 2009

Robin - Partie 10 (nouvelle)

Il n'était pas loin de quatre heures du matin quand, après mille hésitations, vagues d'angoisse et pointes d'exaltation, Charles Edouard se décida à pousser la porte de la chambre de son colocataire. Il y entra sur la pointe des pieds et, tout frémissant dans son beau pyjama de soie, s'assit au bord du lit. A la lumière de la lampe de chevet restée allumée, le visage à demi caché dans son bras replié, Robin dormait à poings fermés, une main abandonnée sur son ventre nu. Ce n'était pas étonnant, vu l'heure. Cela laissait encore un peu de temps à Charles Edouard et il en fut soulagé. Il contempla le tableau saisissant de sensualité qu'offrait le bel endormi. Dire que lui, Charles Edouard, Marquis de la Bressonnière — si ce titre avait encore un quelconque sens aujourd'hui —, descendant de trente générations de nobles seigneurs et glorieux chefs militaires auteurs de tant de hauts faits, fils aîné de feu Louis de la Bressionnière et de sa veuve, née Marie-Elisabeth de Chavigné, lui, donc, se trouvait là, dans la chambre d'un garçon, la sueur aux tempes et le bas ventre en émoi. C'était invraisemblable et pourtant… L'idée, la seule idée de le toucher, de le respirer, de découvrir ses attentes, le renversait. Il en avait besoin, il en avait envie, tellement envie. Il ne pouvait plus ne pas le reconnaître. Et, s'il n'arrivait toujours pas à se faire à la vision de cette intimité imminente — impensable transgression —, en revanche, il parvenait encore moins à se l'ôter de la tête — sublime transgression. Il n'avait plus le choix. Il ne lui restait qu'à se défaire de si peu d'entraves, au fond… Il aurait d'ailleurs été bien en peine de dire en quoi celles-ci consistaient précisément. Deux fois déjà il avait connu sa bouche. Le besoin de la connaître encore, puis de découvrir le reste, s'était fait plus pressant chaque jour. Il avança la main, lui effleura la joue, le cou, l'épaule, le cœur en vrille, le bonheur à vif. Lorsque Solène, la toute première fois, l'avait regardé, il s'était senti tout pareil à maintenant, au bord d'un précipice attirant, prêt à céder au vertige.
 
Robin, qui possédait le sommeil lourd d'un enfant, ne sentit ni les caresses, ni le baiser qu'on lui déposait sur le front, ni même qu'on se glissait dans son lit.
Comme chaque fois qu'il se couchait avec en tête une heure de levé programmée, il s'éveilla quelques minutes avant que ne retentisse le réveil. Il sourit en découvrant Charles Edouard endormi à ses côtés. Le simple fait de le voir là, même si c'était à l'autre extrémité du lit, à cinquante prudents centimètres de lui, récompensait sa patience. Le fastidieux apprivoisement avait donc porté ses fruits. Il allongea le bras et lui caressa les cheveux.
— Salut, murmura-t-il dès qu'il le vit ouvrir les paupières.
— Salut, répondit Charles Edouard.
Le garçon se laissa aller à la joie de se familiariser avec son visage ensommeillé, attendant simplement qu'il déposât les toutes dernières armes de sa crainte. Enfin, il s'amadouait. C'était beau à voir. Ce fut même ce grand hésitant qui déclencha le premier l'étreinte en venant se blottir contre lui. Il se cacha dans son cou, se laissa enlacer et l'enlaça à son tour. Quelle satisfaction c'était, déjà, de connaître enfin son poids et sa chaleur, de glisser les mains dans son dos, sous le tissu, un simple geste dont il rêvait depuis des mois. Les deux garçons s'étreignirent ainsi un long moment avant de céder au baiser qui couvait. Alors, dans une fougue splendide, une fougue qui les mena jusqu'aux jambes emmêlées et aux corps empoignés, ils virent affluer, sous la pression de leurs lèvres, tout l'espoir, toute la faim et l'électricité qui s'amoncelaient en chacun d'eux depuis leur rencontre. Robin, loin de s'attendre à tant de fièvre de la part de cet homme si policé, s'abandonnait déjà. Charles Edouard se découvrit plus avide qu'il ne l'aurait cru. Mais, il faut dire, Robin sentait si bon la Vie et l'Amour, son corps le réclamait avec tellement de force. C'en était enivrant. Il se voyait déjà l'essouffler de plaisir, entrevoyait l'issue… Mais, alors que les prémices d'une franche excitation les emportaient déjà et que leur état à chacun ne faisait plus de mystère, Robin se figea. Son regard venait par hasard de croiser le cadran du réveil.
— Ne me dis pas qu'il est déjà cette heure là ! S'exclama-t-il.
Mais il était bel et bien neuf heures et quart.
— Merde, merde, merde ! Ça veut dire qu'il me reste trois pauvres quarts d'heure pour attraper mon train… Excuse-moi.
Se dégageant des bras de Charles Edouard, il jaillit du lit, le laissant là tout bête sous la couette, débraillé dans son pyjama déboutonné, ébouriffé et rose comme un gamin qui a chahuté. Ne sachant trop par quoi commencer, le garçon  attrapa ses vêtements d'une main puis se prit le front de l'autre.
— Rha, il faut que je m'active grave, là !  Si je le loupe…
— Tu ne peux pas prendre le suivant ?
— Non. J'avais regardé : il est trois heures après et mes parents m'attendent de pied ferme pour déjeuner. Ça fait super longtemps que je ne les ai pas vus, tu comprends. Je ne veux pas leur faire faux bond, — il fit mine de humer une délicieuse odeur dans l'air — et je sens d'ici le bœuf bourguignon que ma mère commence à faire mijoter pour fêter mon retour.
— Je vois, fit Charles Edouard avec un sourire contraint.
Robin se rassit près de lui avec une moue ennuyée. Cette interruption, tout de même, c'était un peu rude pour une première fois.
— Je suis désolé.
— C'est de ma faute. Je me décide pile au moment où tu t'en vas.
Il se considérèrent, l'un et l'autre pareillement tiraillés par l'envie de se toucher encore. Robin s'en mordit la lèvre.
— Et si je t'emmène à la gare en voiture ? Suggéra Charles Edouard.
— Tu ferais ça ?
— Evidemment.
— Ça me sauverait carrément la vie ! Ça voudrait même dire que j'ai le temps de prendre une douche ! Ou plutôt que NOUS avons le temps de prendre une douche.
Sur ce, sans laisser à Charles Edouard le temps de réagir, il le saisit par la main, le tira hors du lit et l'entraîna dans son sillage.
— Viens.
— Mais, où… Qu'est-ce que tu veux faire ?
S'interrompant dans la course, Robin fit volte-face pour le rassurer et, accessoirement, pour le faire taire. Il lui prit le visage dans les mains et lui offrit un baiser doux et appuyé, le genre de baiser qui apaise et enflamme à la fois, qui vous fait perdre le fil de vos pensées, voire toute notion de vocabulaire.
— On va faire d'une pierre deux coups, murmura-t-il à un Charles Edouard subitement départi de toute velléité de résistance.
Arrivé à destination, c'est-à-dire dans la salle de bain, il le défit de son haut avec des regards comme des caresses puis s'agenouilla pour s'attaquer au bas. Charles Edouard eut alors un peu de mal à faire abstraction de l'emballement alarmant de son rythme cardiaque. Aux premiers baisers sur son ventre, il crut défaillir et dut se rattraper à la commode juste derrière lui pour ne pas chanceler. Quand, pour finir, une langue décidée lui explora le nombril puis partit cheminer plus bas lui faire une très agréable démonstration de sa dextérité, il abdiqua. Les premières ondes d'excitation l'irradièrent si brutalement qu'il fit tomber la moitié des objets qui se trouvaient sur le meuble : boîte à cotons, brosse à cheveux et savonnette… Difficile de dire, du manque de temps ou de la hâte à jouir, ce qui teintait ainsi d'urgence cette première fois avec son cher Robin qu'il s'était toujours imaginée progressive et contemplative. C'était bien simple, ils n'avaient même pas eu le temps de bien se regarder.
Haletant — sans doute autant de désir que d'émotion —, il laissa passivement le garçon l'acculer sous la douche et entreprendre leurs ablutions. Il n'avait absolument pas le contrôle de la situation, se sentait complètement dépassé, et pour une fois, adora cela. S'il avait encore quelques traces d'appréhension, elles se diluèrent une à une aussi sûrement que la mousse du gel douche sous le ruissellement de l'eau. Il faut dire que découvrir les reliefs du corps de Robin pour la première fois avait de quoi laisser sans voix. Bref, parler n'était plus d'actualité et, de toute façon, ils avaient autre chose à faire de leur bouche. Si c'est un peu avec l'empressement de deux adolescents maladroits qu'ils poursuivirent dans la vapeur d'eau chaude ce qui s'était déjà précisé sous la couette, c'est bien avec l'indécence magnifique d'amants aguerris qu'ils l'aboutirent. Le peu de temps qui leur restait ne permettant, en effet, ni circonvolutions, ni ronds de jambes, le plaisir prit vite la tournure d'un orage prêt à crever le ciel et, lorsque Robin lui tourna le dos explicitement au détour d'une expiration, aux ultimes hésitations se substitua la spontanéité la plus lumineuse. Peu avant que la jouissance ne les libère, Charles Edouard se mit à appeler le Seigneur. Jamais cela ne lui était arrivé.
C'est dans un état second, silencieux, souriant et rêveur, qu'ils mirent à profit les dix minutes qu'il leur restaient pour s'habiller et prendre un mini-petit déjeuner.

Trois heures après avoir déposé Robin au départ de son train Charles Edouard se refaisait encore la scène en boucle, essayant de se souvenir de chacun de leurs gestes. Si cette première matinée d'amour avait laissé un goût de trop peu qui frôlait la frustration, il était clair, en revanche, que chacun l'avait vécue avec une ferveur suffisante pour alimenter une belle cohorte de rêveries pour le mois avenir.

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Cadeau !! * ^^
(rien à voir avec le texte ci-dessus, si ce n'est l'ambiance générale…)

Image_2
Igor Dolgatschew et Dennis Grabosch (Alles was zählt, ép. 751)

*Cliquez sur l'image pour voir la vidéo. Il s'agit d'un extrait de la série allemande "Alles was zählt" (nom de la série en français : le rêve de Diana) qui passe en ce moment sur M6  (à une heure de grande écoute, incroyable ! ) et Teva. Parmi les chassés-croisés d'une quinzaine personnages dans la pure tradition du "soap", l'histoire de Deniz, lycéen de 17 ans, et Roman, patineur artistique de renom, forcément, a bien des points communs avec ce que j'aime écrire… Bon, et ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir une scène (homo)érotique aussi tendre. En plus, les deux acteurs sont vraiment craquants.

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18 juillet 2009

Accès direct à mes nouvelles

Pour simplifier la vie de mes lecteurs passés, présents, futurs, voici ci-dessous les liens directs vers les histoires courtes que j'ai publiées ici.

Je signale pour mes éventuels visiteurs mineurs, que certaines scènes à caractère érotique dans ces nouvelles pourraient éventuellement les choquer.

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N06

  >> Robin
Paris : sur fond de création artistique, la rencontre improbable d'un petit génie du dessin et d'un aristocrate travaillant pour un célèbre couturier.
Robin - partie 1

Robin - partie 2
Robin - partie 3
Robin - partie 4
Robin - partie 5
Robin - partie 6
Robin - partie 7
Robin - partie 8
Robin - partie 9

>> Le violon
Un appartement parisien, l'été. Miguel est en colère contre Julien qui semble mettre sa passion pour la musique au-dessus de tout le reste.

>> Dis-moi de rester
Septembre, au bord de l'Atlantique. C'est la fin des vacances pour Cathy, Simon et Sophie. Simon est fasciné par le mystérieux Alex qu'ils ont accueilli quelques semaines auparavant. Ce dernier, un matin, lui avoue sa séropositivité.

> Introduction… le séïsme
> Chapitre 1… c'est beau un homme qui pleure
> Chapitre 2… un baiser, un malaise
> Chapitre 3… Cathy, je l'aime
> Chapitre 4… merveilleux dégâts
> Chapitre 5… faire le vide
> Chapitre 6… l'homme blessé
> Épilogue… se consoler

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Steven Turpin et Dusan Dukic in "Amnesia : the James Brighton enigma"

>> Alors qu'il neige
Seuls dans la maison, un soir d'hiver, deux garçons, Samuel et Julien, se rapprochent.

>> Le secret de Nico
Nico ne connait pas l'amour et en a terriblement peur. Vincent l'aime et va tenter de l'apprivoiser…

>> L'impossible
Elysa quitte son suicidaire de copain, Will, après un drame de trop. Thomas, son ami d'enfance, va devoir le ramasser à la petite cuillère en ravalant son désir et ses sentiments pour lui, comme toujours, comme depuis 18 ans d'indéfectible amitié…

>> Conte d'été
Julia et Martin se sont séparés il y a trois mois et se retrouvent pour discuter. Chacun a noué une nouvelle relation durant l'été. Alors que Julia vient de longuement parler de son nouveau copain, c'est au tour de Martin de raconter sa rencontre avec Cris.

Gabi & Étienne
Gabi est une femme ou un homme? À vous de choisir.
>> Partie 1
>> Partie 2

Notes de l'auteur à propos des 2 personnages > ICI et > LÀ

Sous le signe de la pluie
Quelque part dans une région de France, se noue une histoire d'amour, tout en douceur et prudence, entre un professeur d'éducation physique et l'un de ses élèves lycéens.
>> Partie 1
>> Partie 2
>> Partie 3
>> Partie 4
>> Partie 5
>> Partie 6
>>
Partie 7

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25 mai 2007

La soif de toi

L'amour inexplicable dont tu m'as entravé
a irrigué les ombres de mes terres désertées
et j'ai osé donné mon cœur débutant
aux promesses moirées de tes vœux bienveillants.

Des sources délicates de ton âme d'enfant
j'ai tiré des trésors et j'en ai fait mon sang.

À genoux, dépendant des reflets les plus beaux
de l'aube chatoyante d'un bonheur  nouveau,
dans la tendresse en coin de l'ambre de ton œil,
j'ai su voir le don et j'ai compris l'accueil.

Mon cœur ensemencé par tes soins sans calcul
a fleuri tout d'un coup de plus de cent miracles.
L'indigent que j'étais a vue en toi l'oracle
magicien audacieux des tours les plus rares.

J'aurais voulu longtemps joncher de moi ta vie,
couler dans le même or que celui de nos nuits
l'éternité promise de nos heures confisquées.

Mais ce temps révolu où je goûtais tes lèvres
méritait en échange le bien le plus précieux,
une merveille, hélas, que je ne possède pas…

Dans tes bras amoureux j'avais trouvé refuge
Aujourd'hui je me perds et erre sous le déluge
des pluies les plus glacées de mes noires solitudes.

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02 mai 2007

Instantané 8 - Les jours d'après

 
Le silence de Yan m'est insupportable. Je me dis sans arrêt : "s'il souffre autant que moi, il va déconner, il va se faire du mal". Je n'avais pas prévu que la communication entre nous soit coupée de manière aussi radicale. Je n'y avais pas réfléchi. Heureusement dans un sens, car sans doute alors, n'aurais-je pas eu la force de le faire partir. Quoi qu'il en soit, l'angoisse devient si intenable à ainsi rester sans nouvelles de lui que je contacte Solange, sa mère. Elle me rassure un peu, me dit qu'il accuse le coup mais ne va pas trop mal. Elle me remercie de l'avoir comprise et soutenue, me demande comment je vais. Je lui mens et on raccroche.

Je marche dans la ville. Des heures. Absent à moi-même

M'être ainsi sevré radicalement du bonheur m'a dépossédé de moi-même. Pas un instant la douleur ne me quitte. Des pieds à la tête, je suis cette douleur. Nulle part, en moi je ne trouve où me réfugier pour en atténuer l'intensité. Je marche devant moi pour tenter de fuir ce mal qui m'assaille, pour ne pas m'y enliser trop vite, peut-être aussi pour retarder une issue que je ne conçois même pas encore clairement mais qui pourtant me terrifie déjà. J'ignorai tout de la sensation de cette blessure. Peut-être est-ce justement parce que je la pressentais que j'ai toujours fuit l'attachement. Ceux qui se savent fragiles et qui évitent l'amour ont un instinct de conservation plus important que les autres, ça ne fait aucun doute. Parce que ça tue la perte de l'amour lorsqu'on a que cela. Je le vis chaque jour dans ma chair. Ça tue vraiment, à petit feu. Je le sens. Et moi, l'amour de Yan, je n'avais que cela. J'en prends conscience aujourd'hui à mes dépends. Comme un fluide d'espérance ou je ne sais quel sang du même genre, quelque chose de précieux s'échappe de moi un peu plus chaque jour. Je meurs doucement, je le sais. C'est tellement ridicule…

Je marche sans presque m'arrêter. Parfois je regarde la Seine. Sans la voir. La foule est lointaine. Je suis comme aveugle. Je marche et marche encore pour ne pas mourir sur place, pour ne pas me noyer dans cette stupeur noire qui cloue mon âme au fond du gouffre.

J'essaie encore de m'accrocher à ce que je peux pour ré-injecter du sens dans ma vie, mais tout ce à quoi mes mains s'agrippent se dérobe inexorablement. Ma librairie? Je m'en fous. Elle tourne bien. Laure est exemplaire, son métier la passionne autant qu'il me passionnait avant. Je me repose honteusement sur elle et elle s'en accommode. Les potes, la fête? C'est très simple, je n'ai même pas envie de décrocher mon téléphone. Et ce, que ce soit  pour appeler ou pour répondre. Depuis la mort de mon frère, de toute façon, j'ai tellement laissé tomber tout le monde que tout le monde me le rend bien et peu de gens pensent encore de me joindre. A part Eric, l'irréductible, et deux trois autres, ça ne se bouscule pas au portillon… Le sexe? Oui, il me reste ça. Mais aujourd'hui, cela me semble maigre pour faire tenir ma vie debout. Vraiment très maigre. On verra quand j'aurai à nouveau un semblant d'envie de sortir, un semblant d'envie de jouir. Si seulement je pouvais récupérer toutes mes vieilles carapaces d'avant… Je suis là, démunie, nu face à la solitude, les chairs à vif. Je m'insupporte moi-même à en étouffer.

Ziza me regarde avec inquiétude à chaque fois qu'elle me regarde. Elle a vécu des trucs durs, elle. Elle sait la douleur. Elle connaît tout du désespoir. Elle a connu le déracinement, les humiliations, la pire des solitudes : l'isolement. Elle en a bavé. Je suis inquiet de la voir inquiète et encore plus quand elle tente de me rassurer. Quand elle me dit que le temps fait les choses, qu'on guéri de tout petit-à-petit, je ne sais pas, mais elle ne m'a pas l'air vraiment convaincue, même si elle fait tout pour le paraître. Les gens entraînés aux galères, aux coup durs et qui s'en sont relevés, eux, oui, peut-être, oui. Peut-être apprennent-ils à prévenir et à combattre la douleur. Mais quelqu'un comme moi qui s'en est toujours tenu éloigné avec tant de prudence? Quelles ressources ai-je en moi pour parvenir à réagir? Je ne connais pas les réflexes de survie. J'ai beau chercher, je ne trouve aucune ressource au fond de moi et je me regarde couler, impuissant. Une flemme de vivre, pire qu'une chape de plomb, m'oppresse à chaque réveil. Je dois me battre contre l'inertie qui me tente, chaque jour, ne serait-ce que pour mener jusqu'au soir ma pauvre journée vide qui ne rime à rien. Quand aurai-je moins mal? Aurais-je seulement moins mal un jour? Comment ai-je fait jusqu'ici pour supporter tant de vacuité?

Mon Dieu, me dis-je, heureusement que j'ai eu la force de rendre à Yan sa liberté. Si je m'étais fourvoyer à croire en notre histoire, je l'aurais chargé de la plus ingrate des missions : me sauver de moi-même et de mon vide intérieur. Emplir votre vie de sens, est-ce une chose que l'on demande à un garçon de seize ans? Evidemment non. Un jour ou l'autre, je l'aurais emmené avec moi dans ce naufrage que je suis à moi tout seul. Oui, j'ai bien fait de le faire fuir. C'est bien le seul acte honorable dont je puisse aujourd'hui m'enorgueillir.

Cela fait exactement trente jours que de l'absence et le silence de mon jeune amant accélèrent inexorablement mon agonie intérieure. Je crois que je ne vais pas avoir le choix. Bien que j'ai toujours eu des apriori contre ces chimies aux pouvoirs obscurs et inquiétants, je vais faire comme me l'a conseillé Ziza. Je vais me faire prescrire des antidépresseurs. Je suis encore assez lucide pour comprendre que je ne pourrai pas me battre seul. Pourquoi vouloir me battre, à vrai dire? Pour elle, pour les quelques personnes qui tiennent à moi, peut-être pour les quelques dérisoires lambeaux d'espoir qu'il me reste malgré tout. Je verrai bien.

Je marche encore sur les trottoirs ensoleillés de la capitale
, des heures, afin que la fatigue physique vienne m'épuiser plus vite que le désespoir.

La suite

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17 février 2007

Instantané 2 - Le goût de notre présent

(contexte : nous sommes en novembre à Paris, Yan et Yvan se voient dès qu'ils le peuvent, en secret, depuis l'été qui les a vu se lier)

Au quotidien, l'absence physique de l'autre est une réelle souffrance. Chacun de notre côté nous passons nos jours dans l'attente du week-end, dans l'idée du moment où, enfin, nous pourront nous toucher, nous regarder, nous parler. Lorsque cet instant béni arrive enfin, la même joie hystérique s'empare de nos tripes et ensoleille notre présent. Alors, la vraie vie est à notre portée.

Notre temps à deux est rare, souvent court — quelques heures un soir, une nuit volée lorsque c'est possible… —  et donc précieux. Nous ne nous autorisons pas à en gaspiller une seule seconde. Nous ne nous permettons jamais une fausse note. Sans même y songer, lui comme moi exigeons de nous -mêmes d'en vivre chaque fragment à sa juste valeur. Nous faisons l'amour comme des fous, chaque fois jusqu'aux limites de notre énergie. Surtout de la mienne, évidemment, car je n'ai plus seize ans, moi! Pas le temps d'aller au cinéma ensemble, pas le temps pour un petit restaurant en amoureux, ni même pour une flânerie parisienne. Notre priorité va toujours au don mutuel du plaisir. Nous nous enfermons chez moi et nous laissons aller à notre démesure sensuelle.

Ces soirs où je sais qu'il vient, je prépare l'appartement. C'est comme un rituel. Je fais le ménage à fond, je nourris le chat en avance pour qu'il se tienne tranquille, je remplis le réfrigérateur de tout ce que nous aimons… Je mets même des fleurs. Bien sûr, je prépare soigneusement ma sélection musicale. Il ne se doute pas de tout cela. Je me dis parfois qu'il trouverait cela ridicule, ou touchant, ce qui revient au même, au fond. Peut-être ne remarque-t-il rien de tous ces détails que je prends soin de concocter, ces détails qui m'importent tant, me rassurent, et même, dans une certaine mesure, me ravissent au plus haut point.

Quand il arrive, on ne parle pas. Quand il arrive, il s'agit de rattraper toutes ces heures désertes que nous avons dû passer sans l'autre. Quand il arrive, que je lui ouvre la porte, le cœur battant de cette joie infernale, presque douloureuse à force d'être aiguë, alors, tout ce qui n'est pas lui s'éteint.

Jamais je n'aurais cru un jour ressentir si puissamment le goût du bonheur. Si quelqu'un m'avais conté une telle passion, m'avait révélé l'existence de tels sentiments, je n'aurais même pas compris… Lorsqu'il est près de moi, j'ai l'impression de n'avoir jamais vraiment vécu auparavant, j'ai l'impression de n'avoir jamais rien compris jusqu'ici. Je sens que cette nouvelle vie ne tient qu'à un fil car c'est bien dans ses yeux que je me suis enfin trouvé et parfois je frémis à l'idée qu'un jour il se pourrait que ses yeux amoureux se détournent de moi. Plus ces angoisses m'effleurent et plus je me focalise sur l'instant présent pour les conjurer, ce présent, lorsque Yan est là, plus inespéré et plus réconfortant qu'un miracle.

Une fois nus et étreints, rien ne pourrait nous séparer en dehors du sommeil réparateur d'énergie. Avant même la recherche du plaisir qui de toute façon coule de source avec une facilité déconcertante, notre necessité commune est de nous fondre. Ni lui, ni moi ne cherchons à comprendre la force qui nous pousse à cette folie. Plus d'angoisse ni de question dans ces moments. Comme notre première nuit ensemble, cet été, nos gestes vers l'autre, toutes nos caresses et nos baisers, ont la couleur lumineuse de l'évidence. Notre aisance dans la confection du plaisir nous emporte et jamais nous en nous satisfaisons des premiers sommets. Il nous faut remettre cela jusqu'à n'en plus pouvoir.

Les autres ne comprendraient pas. Personne ne pourrait comprendre un tel acharnement dans nos gestes jumeaux, dans l'impétuosité de notre volonté à disparaître en l'autre et par l'autre.  La passion se situe loin du commun. Très très loin.

Il ne s'agit que d'instants volés, des moments interdits dont les manifestations sonores dérangent les voisins, dont l'âpreté, dont la violence même parfois, choqueraient ses proches à lui. Jamais, je crois, je ne saurai dire ce qui m'emporte, cette félicité féroce, cette lame de fond trouble d'un autre temps, d'une autre réalité, qui me soulève lorsque je devine qu'il va jouir. Il arrive parfois que le plaisir soit si fort qu'il m'arrache des larmes. Et je me dis que toutes mes débauches passées, toutes mes expériences, mes audaces aventureuses, mes errances provocantes ne sont rien en comparaison de ce que je vis aujourd'hui avec Yan.

Tout cela est beaucoup trop éprouvant pour moi. Je ne suis pas comme lui, lui qui semble avoir l'âme taillée pour traverser sans heurts les plus fabuleuses passions. Je me suis donc remis à fumer. Pas autant qu'avant, non. Mais j'en ai besoin. Ainsi, parfois, je m'éveille à ses côtés en pleine nuit. Alors je me lève pour goûter ce bonheur de l'avoir près de moi. Qui sait combien de temps cela durera? Je me lève donc dans le silence nocturne. Je m'allume une cigarette et je m'assoie sur le pouf, au pied de la fenêtre que j'ai pris soin d'entrouvrir. Je le regarde dormir, là, dans le lit en pagaille, à deux mètres de moi. Mes yeux s'habituent à l'obscurité et je devine l'éclat de son visage serti des teintes marines de cette heure apaisée. En même temps que l'idée de respirer dans la même pièce que lui, je savoure ma cigarette. Mes poumons, sans résistance, se laissent baigner de la douce et traître fumée bleutée. Adossé au mur, je sens le filet d'air frais me couler dans le cou et je souris en me remémorant nos derniers gestes avant le sommeil et son abandon sublime au moment de l'ultime apothéose.

Lorsque j'ai bien ressenti tout cela, ce présent inestimable, cette sensation d'être enfin vivant, lorsque j'ai mesuré jusqu'au vertige ma chance infinie, je me rends compte que ma cigarette est terminée. Je me rends compte aussi que j'ai un peu froid et qu'il serait si bon de retourner au lit le rejoindre, me glisser contre lui, contre sa chaleur, sous la couette. Je le laisse se mouler à mon dos, dans cette sagesse des gestes inconscients du sommeil qui nous fait nous blottir dans l'amour contre ce qui est doux et chaud, la peau de l'autre qui nous reconnaît. Il arrive que je sente la tension de son sexe contre moi. Je laisse alors mon corps s'ouvrir à une faim particulière et je m'endors avec la hâte au ventre qu'au réveil il me prenne. D'autres fois, c'est moi qui me coule contre son dos. La lascivité de son corps endormi me trouble et m'affame tant qu'il m'arrive parfois de ne pas pouvoir résister à la tentation de l'éveiller afin qu'il m'accueille. Il me laisse lui faire l'amour, semi conscient. Lorsqu'il gémit et me supplie doucement, je culpabilise à l'idée de l'avoir éveillé, mais c'est tellement bon…

Après ces nuits, ces heures d'amour, les autre nuits, les autres heures, me semblent désincarnées. C'est l'effet pervers de ces moments de communion absolue. Les jours suivants, dans ma vie ordinaire de libraire, je flotte un peu, je suis comme ailleurs alors que j'accueille et conseille mes clients, que je prépare mes revues de presse ou ma comptabilité sans y trouver d'intérêt, sans juger cela important comme avant. Lui m'avoue qu'il lui faut faire beaucoup d'efforts pour parvenir à rester concentrer sur ses cours… L'amour fou qui nous lie constitue un préjudice évident à notre vie courante et il nous faut, à l'un comme à l'autre, prendre sur nous en réunissant beaucoup de volonté pour continuer à la mener sans décrocher.

> suite

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30 décembre 2006

Une invitation à la créativité

"L'amour est à réinventer"…
Je pense à ces mots de Rimbaud sans arrêt : "L'amour est à réinventer"…

"L'amour est à réinventer" lancait-il du haut de ses 17 ans…

Comment me hisser au sommet de ces mots?…


L'amour est à réinventer

Qui prend donc le temps de réinventer l'amour?
Moi-même, contribué-je à ce renouveau?
Quelles habitudes et quels préjuger briser?
Quelles audaces défier?
De quels tabous se libérer?
Quelles pudeurs préserver?
Quelles sources, quelle générosité réunir en soi pour tout redécouvrir, pour tout redessiner?

Ce sera ma méditation quotidienne pour 2007. Tout un programme…

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06 décembre 2006

Tentative en couleur

Y_YblueDet


Je me remets au dessin et, par la même occasion, je vais tenter de coloriser les dessins en question. Premier essai ci-dessous. Quelle version préférez-vous? Je compte sur vos critiques!


Y_Ycray
Crayonné de base


Y_Yblue01

Y_Yblue02

J'ai pensé à la lumière de la lune (pour expliquer le choix du bleu)

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26 novembre 2006

Instantané 1 - Paris

Gare de Lyon. Onze heures trente. Quai numéro cinq. Neuf jours que nous ne nous sommes vus. Je me sens euphorique, dans un état de fébrilité extrême. Je le distingue de loin dans la foule que le train vient de déverser. Il s’est habillé très classe, tout de blanc. On lui donnerait presque la vingtaine. Lui aussi m’a repéré. Il me fait signe de la main, le visage fendu de son sourire magique. Mes pieds sont à la limite de ne plus me porter. Il a encore blondi et bronzé depuis notre escapade annecienne. Il est tellement beau… J’ai l’impression que tout le monde le regarde. Nous nous rejoignons et je souris comme un âne sans parvenir à emmettre un mot. Il m’intimide. Je veux lui prendre ses valises des mains mais, d’office, il les dépose à ses pieds. Une fois ses mains libérées, il m’étreint comme un fou. Lui non plus ne dit rien tout de suite. Au moins, je ne suis pas le seul à perdre mes moyens sous le coup de ses retrouvailles si ardemment désirées. On se sert fort. Pas trop longtemps tout de même, au milieu de tous ces gens. Je lui prends le visage entre les mains. C’est vrai que je l’aime à en crever, ce gamin!

— Yvan, Yvan, c’est tellement bon de te revoir.

J’ai une furieuse envie de l’embrasser. Moi qui n’expose jamais mon intimité en public, là, je ne sais pas, je me dis : «Et puis après tout, on les emmerde tous», et je m'empare de sa bouche avec fougue. Cette soudaine audace le prend un peu de cours mais il répond au baiser et le prolonge. Je ne veux même pas savoir si quelques regards, autour de nous, ont pu nous juger ou nous désapprouver. Je n’ai d’yeux que pour lui. Je me saisis de l’une de ses deux valises et il prend l’autre. Parés de notre joie rayonnante, nos fendons la foule opaque tels des princes, indifférents à tout ce qui n’est pas nous.

— Tu as vu, je me suis habillé hyper sérieux pour faire vieux. Ça le fait, non?

— Tu es splendide, mon ange. Splendide!

— «Mon ange», répète-t-il, rêveur.

— Oui. Mon ange, à moi.

Ravis, il m’enveloppe les épaules de son bras libre et nous nous dirigeons d’un pas égal vers le métro.
Solange, Jean-louis et Cloé ne reviennent à Paris que dans trois jours. Durant ces trois jours, Yan et moi avons donc le champ libre. Enivrés tous les deux par cette étourdissante perspective, nous nous dévorons des yeux en attendant le métro. Ces trois jours et ces trois nuits de liberté avant la reprise de septembre — travail, rentrée scolaire, train-train infernal — sont un luxe que nous allons déguster jusque dans ses plus infimes secondes.

Il veut passer chez lui déposer ses affaires, mais je lui dis que cela peut attendre, que nous pourrions nous rendre chez moi directement. Il me sourit, complice. La même impatience nous habite. Un moment, l’affluence des passagers entassés dans le wagon, nous oblige à nous coller l’un à l’autre. Yan se retrouve plaqué contre mon dos. Je sens son souffle dans mon cou et son désir à travers l’étoffe fine de nos vêtements d’été. J’étais déjà à fleur de peau, là, je défaille. Dès la sortie du wagon, notre hâte à nous donner du plaisir, nous fait presser le pas. Nous longeons le Canal Saint-Martin sans un regard pour la grâce de ses ponts, toute notre attention tendue vers notre but : mon appartement, la bulle qui va accueillir nos intimes retrouvailles. Les mêmes images brûlent notre imagination et aiguisent notre excitation.

Dans l’ascenceur qui nous mène au sixième on échange des baisers au goût pimenté d’urgence. Je manque d’y oublier une valise. Une fois la porte de l’appartement refermée derrière nous, le plus viscéral des désirs nous fait nous empoigner. J’ignore par quel miracle je parviens à déboutonner sa belle chemise de lin écru sans la déchirer tout en ne cessant de l’embrasser comme si ma vie en dépendait. Lui, acculé au mur, moi, ne dissimulant plus rien de ma voracité, je glisse mes mains sur son torse dévoilé, lisse et bruni par le soleil des Alpes. De la bouche au cou, du cou au têton, du têton au nombril, je m’affame toujours plus de lui. Je veux arriver là où il m’attend sans le faire languir. Le son intense de son souffle qui s’emballe m’exalte. A grand renfort de volonté, je prends plusieurs longues secondes pour ouvrir son pantalon. Agenouillé à ses pieds, mes doigts le frôlent, ma bouche le caresse. Son déhanché me fait le don de lui-même avec la plus grâcieuse impatience. Il n’en peut plus, déjà, et j’adore ça. Je retrouve avec une satisfaction carnassière son abandon généreux. Ainsi, à genoux, ses doigts dans mes cheveux, je m’énivre de son plaisir qui se dresse, distendant le coton du slip. Je me fais animal fouineur, égarant mes lèvres aux sensibles pliures, glissant ma langue vers les plus délicats recoins sous le tissu dérisoire dont je finis par le libérer
enfin. On échange un regard. Je reconnais dans ses prunelles cette confiance qui me donne l’impression miraculeuse d’en être digne. Il n’a pas de doutes. Il sais que je vais l’emmener là où il a envie que je l'emmène, là où c’est le meilleur. Ma bouche se fait l’écrin de velours de son plaisir. Ses doigts se crispent. L’un de ses soupirs agonise en gémissement qui s’échoue à mon oreille enchantée. Je ne touche plus terre tant la ferveur me possède.

— Yvan, arrête.

Impossible. J’aime trop se déchaînement, là, dans le vestibule, j’aime trop l’entendre s’exclamer.

— Arrête, je vais venir.

Je veux justement qu’il vienne maintenant. Je m’acharne exprès. Plus déterminé qu’un serpent qui s’enroule, je le veux captif. Je veux l’achever, le terrasser. Alors, sa voie s’affole et s’emporte dans un superbe «oh, mon dieu» qui m’éclabouse de ses trois notes au moment où il jouit. Je goûte le fruit de son émotion sensuelle comme mon ouië a bu sa voie et de purs éclats de joie me traversent. Toujours à ses pieds, nouants mes bras à ses cuisses blondes, je colle ma joue contre son ventre. On se regarde. Il peut mesurer, maintenant, à quel point je suis excité. Il me relève, faufile ses mains dans mon dos, sous le tee-shirt, et esquive mon baiser avec malice, une pointe de lueur démoniaque au fond des yeux.

— Tu me montres ta chambre ?

— Viens.

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25 novembre 2006

Le Dégel 15 - Annecy (1)

Mes lecteur assidus reconnaîtront ce texte déjà édité précédemment. Je le réédite dans la continuité de l'hitoire, et dans une version étoffée.

Pour y avoir assisté à plusieurs reprises au festival international d’animation, je connais bien la ville d’Annecy. Yan me donne rendez-vous dans une ruelle discrète, bordée de l’un des petits canaux issus du Thiou qui quadrillent le vieux quartier. Je dois l’y retrouver à 15h30, soir une demi-heure après l’arrivée de mon train. Mon cœur est à la limite de l’implosion à l’approche de l’heure fatidique. Les doutes me rongent. J’ai si peur, en le revoyant, de mesurer à quel point tout ceci est irréalisable, irresponsable… criminel… Mes jambes sont sur le point de ne plus pouvoir me porter lorsque je ne me trouve plus qu’à quelques pas du lieu du rendez-vous.

Quand je l’aperçois, je me fige. Il me faut me réhabituer à son image. En plus je suis en avance. Je le contemple ainsi longuement, à son insu. Accoudé au bord de l'eau, il rêvasse. Il regarde sa montre et, je crois, sélectionne une autre chanson sur son lecteur MP3 avant de replonger son regard en direction de l'eau qui reflète toutes les couleurs vives des maisons avoisinantes.

L'observer ainsi me transperce de joie et à nouveau de culpabilité. Mes viscères me tiraillent dans une douleur étrange. Je ris de moi-même, d'un rire amer et silencieux. À renouer ainsi avec son image, des vérités, à nouveau, m'imposent leurs hideux visages. Où ai-je donc pêché mes espoirs insensés? Comment ai-je pu penser un seul instant qu'il puisse être à moi. Où ai-je puisé l'espoir que je puisse lier ma vie, si vaine, à la sienne, si neuve et promise au meilleur? Ma place n'est pas ici. Non, pas ici. Détestable et tranchante conviction. Si j'étais sage, il me faudrait renoncer dès maintenant. Renoncer avant que tout cela ne prenne une forme trop tangible. Mais, c'est trop tard. Bien trop tard. Je ne le sais que trop. Et, alors que je devrais rebrousser chemin, je m'approche enfin.

Ses écouteurs sur les oreilles, il ne perçoit ma présence que lorsque je m'accoude à ses côtés. En même temps qu'il se tourne vers moi, il ôte ses oreillettes et me considère avec surprise, le visage illuminé d'un sourire immense qui m'atteint en plein cœur. Ce sourire radieux est bien la seule chose susceptible de me réchauffer. Chaque atome de mon corps me le dit.

— Salut, tu es en avance!

— Salut. Toi aussi.

Son sourire s'efface, ses prunelles s'inquiètent.

— Tu n'as pas l'air très content de me voir…

Je n'ai plus de mots. J'essaye de faire bonne figure, pourtant, mais l'émotion me coupe le souffle. La tension est si obsédante, en moi, depuis tous ces derniers temps, que je ne sais que faire de ce flot de paroles improbables, et peut-être de larmes, qui se précipite et se bloque au fond de ma gorge. Il comprend tout d'un seul regard. Je ne peux rien lui cacher. Ce regard empli d'interrogations inquiètes, si doux, dans le mien, attaque mes incertitudes qui vont se tapir au fond de mon âme comme des bêtes matées. À m'abreuver ainsi à la source de son regard amoureux, mon visage a dû changer de lui-même car Yan se détend, se rassure. Tout ceci n'a duré que le temps de quelques battements d'ailes de mouette, le temps que ma voix me revienne.

— Bien sûr que si.

Notre complicité se remet à crépiter. Il me prend dans ses bras. On s'étreint ainsi dans la ruelle déserte un long moment et je me régénère au contact de son corps. Et, lorsqu'il m'embrasse, tout m'apparaît soudain d'une extrême limpidité. Plus rien, non, plus rien, de ce qui n'est pas ses lèvres fraîches sur les miennes ne semble plus revêtir le moindre intérêt, ces lèvres fraîches et douces qui appellent mes baisers comme un fruit sucré la morsure gourmande.

— Avoue que tu avais la trouille de me revoir.

— Mais, non, voyons.

Nos bouches se redécouvrent au mépris du danger qu'un passant nous surprenne. Et je me sens tellement bien, maintenant… Puis, on reste face à face à se contempler, émus, soudain, d'avoir l'autre si proche. Yan murmure mon prénom avec un air presque grave. Il me dit "Tu m'as tellement manqué". Une fabuleuse allégresse vient baigner les racines de mon âme. Il n'est plus une image brûlante en moi, il est bien là et je ressuscite. Le malaise que m'infligeaient mes doutes est balayé par l'émotion qui me submerge. C’est comme une révélation. Je me dis qu’il serait folie non pas de me laisser aller à l’aimer, mais bien de renoncer à lui. Oui ce serait cela l’erreur fatale.

Pourquoi a-t-il choisi de m'aimer? Pourquoi moi? Avant que nos lèvres ne parviennent plus à se déprendre, un bras sur ses épaules, je l'emmène. Me voir maintenant déborder de joie le fait rire. Nous sommes aux anges. Les anges seront-ils à la hauteurs de nos désirs et de nos espérances?

— Alors, tu vas me présenter tes charmantes cousines?

Il se fige, interloqué.

— Quoi? Mais, ce n'est pas ce qu'on avait dit!

Je m'amuse une seconde de sa stupeur. Le soleil et l'air d'été lui ont éclairci les cheveux. Il me semble s'être étoffé sensiblement au niveau des épaules. Sans doute les heures de planche à voile sur le lac avec ses cousines. Il est si magnifique que j'en ai un vertige. Il comprend que le taquine en me voyant tenter de contenir mon rire. Il se jette sur moi, vengeur et ravi.

— Enfoiré!

Je me plie en deux sans chercher à l'esquiver davantage et nos rires s'emmêlent. Il me chahute jusqu'à ce que je demande grâce.

— Je rigole! J'ai réservé une chambre.

Déjà notre lutte se mue en une étreinte ardente. Il me tient le dos et le caresse un peu, je lui presse les reins. On profite de l'ombre du porche où il m'a acculé pour s'embrasser encore.

— Je te veux tellement fort.

Ces mots et ce baiser fou avivent mon désir et déjà ses yeux me font l'amour. Je l'entraîne.

— Viens. L'hôtel n'est pas loin.

Nous nous y rendons d'un pas leste. Le quartier calme et résidentiel où se trouve le petit établissement semble déserté en cette chaude après-midi d'août. Habitants et estivants se prélassent aux terrasses des cafés, font les boutiques ou profitent des mille activités qu'offre le lac, sans compter, bien sûr, ceux qui travaillent. Malgré l'affluence en cette période de l'année et la difficulté que j'ai eu à trouver une chambre en un délai aussi court, l'hôtel semble désert, lui aussi, lorsque nous y pénétrons. Un homme sans âge nous accueille avec un sourire indifférent et néanmoins très professionnel. Il me demande une signature et me tend les clés après avoir validé la confirmation de ma réservation pour deux, pour une nuit. Je n'étais pas certain que la chambre fût libre à cette heure de la journée, mais si. La chance est avec nous. Mais, je réalise tout d'un coup que je n'ai pas été très malin de réserver une chambre avec lit double et que le duo que nous formons, à cette heure indue de la journée qui plus est, risque d'éveiller une curiosité bien légitime de la part de notre hôte. J'improvise une fable spontanément.

— Je devais venir avec un ami et c'est finalement mon neveux qui m'accompagne…

— Ha, désolé, je n'ai pas d'autre chambre libre.

— Oui, je m'en doute, ce n'est pas grave, pour une nuit…

— En revanche je peux vous faire installer un lit d'appoint pour le jeune homme…

— Merci, c'est gentil, mais on se débrouillera comme ça, ne vous inquiétez pas. Nous sommes venue pour une grande randonnée pédestre qui commence demain, à l'aube, donc nous allons nous reposer cet après-midi et passez une bonne nuit avant de rejoindre notre groupe.

J'échafaude ainsi ce mensonge éhonté avec une aisance qui ne m'est pourtant pas coutumière en priant le ciel qu'il ne m'interroge pas sur le nom de notre destination ou tout autre détail ce qui m'obligerait à pousser mon improvisation encore plus loin.

— Très bien, monsieur, mais si vous changez d'avis, n'hésitez pas. Pour le petit déjeuner, le service commence à huit heures trente.

— Ah, à cette heure, nous serons déjà sur les sentiers.

Soit cet homme n'est pas curieux, soit il se force à la discrétion par professionnalisme. Nos bagages légers ne semblent pas l'avoir étonné outre mesure. Il faut que j'arrête d'être parano comme ça… Mais, la vie m'a appris à être prudent et, avec Yan à mes côtés, je dois l'être plus que jamais. Je me sens responsable de lui. Ce dernier s'est éloigné dans le couloir d'entrée pour y regarder les gravures accrochées au mur. En le voyant ainsi, son petit sac en bandoulière et les mains dans les poches, je me dis que nous n'avons vraiment rien de randonneurs et que je suis décidément un bien piètre menteur. Enfin, restons zen…

— Tenez, n’oubliez pas la clé, monsieur. Je vous souhaite un excellent repos chez nous.

Je m'empare de la clé en le remerciant, tout sourire.

— Yan, tu viens?

— Oui, tonton.

Nous montons à l'étage en pouffant comme des mômes hystériques. Pour une histoire de tonton qui se transforme en tata puis en "ma petite tante préférée" nous piquons un tel fou-rire que je mets bien une minutes pour réussir à ouvrir la porte de la chambre. Quand je la referme derrière nous, j'ai la nette sensation que je vais imploser de joie. C'est trop, trop beau, trop fort. Résurgence d'une excitation toute enfantine, j'ai envie de sauter à pieds joints sur le lit. C'est comme une irrépressible folie qui monte en moi. Seule, la vision future du sommier défoncé sous mon poids m'empêche de passer à l'acte. Autant ne pas attirer l'attention d'une manière aussi puérile. Yan explore la chambre et me tourne le dos le temps de poser son sac sur une chaise. Comme à l'affût, mimant le parfait prédateur, je m'approche de lui.

— Ho toi, toi.

Il se retourne et se prend au jeu dans la seconde. Il tente de se dérober mais c'est trop tard, je le tiens. Il résiste un peu et se laisse maîtriser. On s'étouffe de rire. De ma plus belle voix, j'entonne un air dément, et néanmoins mélodieux, et je nous fais tourner la tête ainsi, ivre de bonheur. Je l'emporte dans une valse endiablée que seules les limites de la modeste pièce m'empêchent de rendre encore plus folle. S'abandonnant au mouvement avec la grâce d'une jeune princesse, il joue le jeu à fond. On finit, étourdis, par s'effondrer sur le lit. Quand on dit que l'amour rend fou c'est réellement au premier degré qu'il faut l'entendre! Essoufflés et heureux, nous savourons sans y penser notre bonheur d’être ensemble.

— Tu sais que tu es complètement barge!

— Oui. Et tu n'as encore rien vu.

Il m'observe, les yeux encore pétillants de rire.

— Je n'ose même pas t'imaginer en train de faire la fête! Ça doit être quelque chose.

Je m'accoude sur le matelas.

— À Paris, on ira s'éclater en boîte ensemble et tu verras, il paraît que je suis un spectacle à moi tout seul.

— Je veux bien le croire. Seulement je n’ai pas l’âge…

— T’inqiète, je connais tout le monde.

Son regard sur moi passe du rire à la tendresse. Je résiste avec une sorte de masochisme délicieux à l'envie de l'embrasser.

— Et toi tu es comment quand tu fais la fête?

— Bof, moi je ne suis pas très doué pour la fête… En soirée, je me fais plutôt chier la plupart du temps. Il n'y a qu'avec mon  ex, on s'éclatait bien. C'était le genre de mec à faire rire tout le monde, tu vois. Un peu comme toi…

— Je fais rire tout le monde moi?

— Tu sais bien.

Il se redresse un peu et, d'une légère poussée sur la poitrine, me fait basculer en arrière sur le lit trop mou. Il m'embrasse, me regarde, m’embrasse à nouveau. Mes bras se referment sur lui, mes jambes se replient sur les siennes. Il nous faut nous redécouvrir sans précipiter un seul geste. Je prends tant de soin à me montrer doux que j’en oublie presque de respirer.

— Tu sais, j’ai réfléchi pour la rentrée, pour nous. J’ai pensé à plein de solutions pour qu’on arrive à se voir.

Je lui caresse les cheveux, le front, la tempe.

— C’est vrai?

— J’ai raconté notre rencontre à Héloïse.

— Héloïse?

— Oui. Je ne t’ai pas parlé d’elle?

— Non, je ne crois pas. Un si joli prénom je m’en souviendrais.

— C’est ma meilleure amie. On se connais depuis la crèche. Entre deux ans et dix ans on était hyper amoureux.

— Ma parole, tu es toujours amoureux, toi.

— Oui. C’est mon état naturel, il faut croire.

Il s’est positionné à cheval sur moi et se défait du haut. Son corp dévoilé m’hypnotise et mes mains s’y aimantent comme de leur propre chef. Il se penche. On s'embrasse. Je cherche sa langue qui se laisse trouver avec complaisance.

— Tu vas en avoir des trucs à m’apprendre, alors. Moi, je suis débutant en amour.

En appui sur les bras au-dessus de moi, il me sonde le fond de l’âme avec son regard d’amoureux quelques secondes éternelles.

— Je ne sais pas si ça s’enseigne l’amour.

Entre chaque mots échangés, nos baisers se prolongent. Je crois que nous attendons que le désir nous étouffe pour cesser de parler. Il remonte mon tee-shirt jusqu’aux aisselles. Sa bouche me caresse des tétons au nombril puis revient à ma bouche.

— Ca se ressent…

Je m’occupe de dégrafer son pantalon pendant qu’il m’embrasse.

— … Et c’est tout.

— Oui…

Sur son visage et dans ses gestes je vois son excitation s’amplifier en même temps que la mienne. Il me tourne le dos le temps de m’aider à me débarrasser de chaussures et chaussettes. Sous mes doigts et ma bouche son dos frissonne. Nous prenons notre temps. Tout est lent, mais tout s’accélère.

— Et Héloïse?

Ses mains sont partout sur moi. Il se concentre sur ce qu’il fait.

— Oui?

— Tu me parlais d’elle.

— Je te parlerai d’elle tout à l’heure, ok?

Le désir a rendu sa voix plus sourde. Il déboucle ma ceinture, ouvre mon jean et y glisse sa main chaude.

— Ok.

Lèvres entrouvertes et mots absents, il se régale des balbutiements de mon plaisir quelques frémissantes minutes. Puis, efin, nous nous libèrons de nos derniers vêtements. Nus et légers, nous nous enlaçons. Je le sens soummis à mes décisions. Je bascule sur lui. Nos ventres, résidences de nos soupirs ardents, restent épousés. Notre bouche ne quitte celle de l’autre que pour mieux la retrouver. Nous perdons le fil de la conversation pour en nouer un autre où il ne s’agit plus que de nos corps.

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15 octobre 2006

Le repos

Mon ami fatigué par tant de vaines luttes
viens lover ta déroute à mon cœur angora
tressé de laine épaisse et de fleurs de coton

Suis-moi hors des déroutes et des sentiers abrupts
viens oublier tes pas empesés de regrets
sur les rivages mauves de ma sérénité

En cette heure tardive qu'envoûte l'ombre bleue
laisse moi effacer de mes doigts de rosée
les rêves irrésolus à ton front enfiévré

Apaise tes tourments dans l'arc de mes bras
à mon dos tiède et nu calme tes tremblements
puis laisse mon regard d'or colorer ta pâleur

Offre-moi ta confiance et ta fragilité
à l'angle délicat de mon cou parfumé

Défais-toi de ta peur comme d'un vêtement léger
là où tu m'accompagnes tu n'en as plus besoin

Posté par kitty78 à 13:03 - LA SOLITUDE & L'AMOUR - Commentaires [7] - Permalien [#]
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