Le blog de l'Errance

La vie m'étonne chaque jour : le pouvoir des mots, la beauté de l'amour et du corps dans l'intimité et la magie de l'anodin quotidien… J'aime être en vie et vous le dis.

13 mai 2007

Instantané 09 - En perdition


Les médicaments ont bien fait leur travail. Je n'ai plus ces élancements d'angoisse. Mon âme anesthésiée baigne dans un brouillard cotonneux qui m'a peu à peu éloigné des émotions. Je ne ressens plus vraiment de peine. Je ne ressens plus de peine ni de joie, en fait. Le désir n'est pas revenu. J'ai repris le travail à la librairie mais c'est Laure qui se rend à tous les rendez-vous importants, m'excusant auprès des éditeurs. Si je peux encore tenir la caisse en boutique, ou même conseiller un client, je ne suis en effet plus en état d'affronter mes obligations les plus exigeantes. Je suis réduit à l'état de robot… Non, de zombie serait plus approprié, la faim en moi. Du matin au soir, je reste en deçà de ma vie, tellement distancié de moi-même que je me reconnais tout juste lorsque je croise mon reflet dans un miroir. Cependant mes souvenirs m'obsèdent, la voix de mon frère et le visage de Yan en particulier, et je suis encore assez lucide pour être dégoûté de ce que je suis devenu. Je ne mange plus beaucoup, j'ai donc maigri. Je me néglige. Dans le regard de mes quelques proches je ne détecte plus que compassion et crainte. Parfois un drôle de silence m'accueille lorsque je m'approche de Ziza et Laure qui discutaient intensément. Je ne suis plus personne. Je ne suis plus qu'une ombre, je ne suis plus que le malade que l'on doit ménager. Je ne suis plus Yvan-le-Tombeur, le séducteur adoré de ces messieurs, l'amant merveilleux de mon adorable Yan. Je ne suis plus rien. Mais je respire pourtant. Pourquoi?

Ce matin, sous l'influence de je ne sais quel astre mystérieux, j'ai jeté aux ordures tous mes comprimés. Oui, j'ai tout foutu à la poubelle, le contenu du traitement et les ordonnances. Je crois que j'ai envie de récupérer ma tristesse, histoire de me sentir à nouveau un peu vivant. Je veux sortir de ce marasme. J'ai toujours pris des risques, alors sachons prendre celui-là.

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02 mai 2007

Instantané 8 - Les jours d'après

 
Le silence de Yan m'est insupportable. Je me dis sans arrêt : "s'il souffre autant que moi, il va déconner, il va se faire du mal". Je n'avais pas prévu que la communication entre nous soit coupée de manière aussi radicale. Je n'y avais pas réfléchi. Heureusement dans un sens, car sans doute alors, n'aurais-je pas eu la force de le faire partir. Quoi qu'il en soit, l'angoisse devient si intenable à ainsi rester sans nouvelles de lui que je contacte Solange, sa mère. Elle me rassure un peu, me dit qu'il accuse le coup mais ne va pas trop mal. Elle me remercie de l'avoir comprise et soutenue, me demande comment je vais. Je lui mens et on raccroche.

Je marche dans la ville. Des heures. Absent à moi-même

M'être ainsi sevré radicalement du bonheur m'a dépossédé de moi-même. Pas un instant la douleur ne me quitte. Des pieds à la tête, je suis cette douleur. Nulle part, en moi je ne trouve où me réfugier pour en atténuer l'intensité. Je marche devant moi pour tenter de fuir ce mal qui m'assaille, pour ne pas m'y enliser trop vite, peut-être aussi pour retarder une issue que je ne conçois même pas encore clairement mais qui pourtant me terrifie déjà. J'ignorai tout de la sensation de cette blessure. Peut-être est-ce justement parce que je la pressentais que j'ai toujours fuit l'attachement. Ceux qui se savent fragiles et qui évitent l'amour ont un instinct de conservation plus important que les autres, ça ne fait aucun doute. Parce que ça tue la perte de l'amour lorsqu'on a que cela. Je le vis chaque jour dans ma chair. Ça tue vraiment, à petit feu. Je le sens. Et moi, l'amour de Yan, je n'avais que cela. J'en prends conscience aujourd'hui à mes dépends. Comme un fluide d'espérance ou je ne sais quel sang du même genre, quelque chose de précieux s'échappe de moi un peu plus chaque jour. Je meurs doucement, je le sais. C'est tellement ridicule…

Je marche sans presque m'arrêter. Parfois je regarde la Seine. Sans la voir. La foule est lointaine. Je suis comme aveugle. Je marche et marche encore pour ne pas mourir sur place, pour ne pas me noyer dans cette stupeur noire qui cloue mon âme au fond du gouffre.

J'essaie encore de m'accrocher à ce que je peux pour ré-injecter du sens dans ma vie, mais tout ce à quoi mes mains s'agrippent se dérobe inexorablement. Ma librairie? Je m'en fous. Elle tourne bien. Laure est exemplaire, son métier la passionne autant qu'il me passionnait avant. Je me repose honteusement sur elle et elle s'en accommode. Les potes, la fête? C'est très simple, je n'ai même pas envie de décrocher mon téléphone. Et ce, que ce soit  pour appeler ou pour répondre. Depuis la mort de mon frère, de toute façon, j'ai tellement laissé tomber tout le monde que tout le monde me le rend bien et peu de gens pensent encore de me joindre. A part Eric, l'irréductible, et deux trois autres, ça ne se bouscule pas au portillon… Le sexe? Oui, il me reste ça. Mais aujourd'hui, cela me semble maigre pour faire tenir ma vie debout. Vraiment très maigre. On verra quand j'aurai à nouveau un semblant d'envie de sortir, un semblant d'envie de jouir. Si seulement je pouvais récupérer toutes mes vieilles carapaces d'avant… Je suis là, démunie, nu face à la solitude, les chairs à vif. Je m'insupporte moi-même à en étouffer.

Ziza me regarde avec inquiétude à chaque fois qu'elle me regarde. Elle a vécu des trucs durs, elle. Elle sait la douleur. Elle connaît tout du désespoir. Elle a connu le déracinement, les humiliations, la pire des solitudes : l'isolement. Elle en a bavé. Je suis inquiet de la voir inquiète et encore plus quand elle tente de me rassurer. Quand elle me dit que le temps fait les choses, qu'on guéri de tout petit-à-petit, je ne sais pas, mais elle ne m'a pas l'air vraiment convaincue, même si elle fait tout pour le paraître. Les gens entraînés aux galères, aux coup durs et qui s'en sont relevés, eux, oui, peut-être, oui. Peut-être apprennent-ils à prévenir et à combattre la douleur. Mais quelqu'un comme moi qui s'en est toujours tenu éloigné avec tant de prudence? Quelles ressources ai-je en moi pour parvenir à réagir? Je ne connais pas les réflexes de survie. J'ai beau chercher, je ne trouve aucune ressource au fond de moi et je me regarde couler, impuissant. Une flemme de vivre, pire qu'une chape de plomb, m'oppresse à chaque réveil. Je dois me battre contre l'inertie qui me tente, chaque jour, ne serait-ce que pour mener jusqu'au soir ma pauvre journée vide qui ne rime à rien. Quand aurai-je moins mal? Aurais-je seulement moins mal un jour? Comment ai-je fait jusqu'ici pour supporter tant de vacuité?

Mon Dieu, me dis-je, heureusement que j'ai eu la force de rendre à Yan sa liberté. Si je m'étais fourvoyer à croire en notre histoire, je l'aurais chargé de la plus ingrate des missions : me sauver de moi-même et de mon vide intérieur. Emplir votre vie de sens, est-ce une chose que l'on demande à un garçon de seize ans? Evidemment non. Un jour ou l'autre, je l'aurais emmené avec moi dans ce naufrage que je suis à moi tout seul. Oui, j'ai bien fait de le faire fuir. C'est bien le seul acte honorable dont je puisse aujourd'hui m'enorgueillir.

Cela fait exactement trente jours que de l'absence et le silence de mon jeune amant accélèrent inexorablement mon agonie intérieure. Je crois que je ne vais pas avoir le choix. Bien que j'ai toujours eu des apriori contre ces chimies aux pouvoirs obscurs et inquiétants, je vais faire comme me l'a conseillé Ziza. Je vais me faire prescrire des antidépresseurs. Je suis encore assez lucide pour comprendre que je ne pourrai pas me battre seul. Pourquoi vouloir me battre, à vrai dire? Pour elle, pour les quelques personnes qui tiennent à moi, peut-être pour les quelques dérisoires lambeaux d'espoir qu'il me reste malgré tout. Je verrai bien.

Je marche encore sur les trottoirs ensoleillés de la capitale
, des heures, afin que la fatigue physique vienne m'épuiser plus vite que le désespoir.

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Posté par kitty78 à 15:49 - • HISTOIRES DE GARÇONS QUI S'AIMENT - Commentaires [6] - Permalien [#]
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06 mars 2006

La douleur

Est-il possible de laisser la douleur
passer en soi comme un vent froid ?

Est-il toujours possible de l’empêcher
de s’installer, de croupir et de tout empuantir ?

Posté par kitty78 à 00:37 - LA SOLITUDE & L'AMOUR - Commentaires [3] - Permalien [#]
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19 janvier 2006

Pluies intérieures…

larmeIl est des questions à éviter les jours
de pluies intérieures mais qu’on ne se pose
que les jours de pluies intérieures…

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14 janvier 2006

Mais qui sommes-nous?

masque

Posté par kitty78 à 11:35 - MES IMAGES - Commentaires [2] - Permalien [#]
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