05 septembre 2009
Princesses de l'Ouest
Sous les mouvements du ciel, la démarche solaire,
Je les vois chaque jour, furtives inaccessibles,
Fouler le doux matelas d'un confort hérité
Sans jamais ralentir pour sourire ou rêver,
Trop occupées qu'elles sont à dénicher le Prince…
Issues d'une lignée de beautés affûtées,
Elles lancent maintes grâces sous nos yeux fatigués
Et leurs regards lointains à la gemme changeante
évitent ne plonger dans ceux d'un autre rang.
Se laisser admirer est leur seule bonté…
Les jambes somptueuses sur leurs talons pointus,
Elles se parent d'atours tissés d'or et de soie—
trois fois la paie d'un pauvre, hiver comme été —
Et ne frayent jamais qu'avec ceux de leur clan.
Il est si mal vu de mélanger les sangs…
Elle sont blondes ou bien brunes, voluptueuses ou sveltes,
Leur visage a l'éclat de leur avenir radieux
Sirènes adolescentes ou nobles quadragénaires,
Elles traversent la vie ignorant ses écueils
Car l'échec est proscrit au sein des forteresses…
Ce n'est qu'à l'heure tardive, à l'heure des adieux,
Lorsque les héritiers ont quitté le nid d'or,
Que les désillusions et leurs quelques regrets
Les privent de leurs ailes, les font vieilles femmes seules
Et marquent enfin leurs traits d'un peu profondeur…
01 septembre 2009
La belle liberté
Où demeure la vraie vie
qu’un rêve t’a promise ?
Sous quels fronts fous en feu,
en quelles terres d’ardeur ?
N’est-elle que le temps
qui nous souffre si peu,
nous happe,
nous offense,
nous tue
mais offre tout ?
La belle liberté,
libellule infinie,
généreuse affolante
qui tourne, tourne et tente…
Ce bien trop grand pour nous,
qui est prêt à en jouir ?
Un beau jour, l’honorer
sera grande aventure !
Mais il faudra grandir
pour tant d’inouïes largesses…
Du carcéral ego
les grilles tomberont !
Couler au plus profond
du désir sans fin
ne nous fera plus peur,
à nous,
premiers humains !
Car le souffle,
en tous lieux,
s’épanouira enfin !
12 octobre 2008
Chemin faisant
Sur les gris du quai sale, rêveuse et fatiguée,
Je devine le murmure des amoureuses étreintes.
N'osant les regarder, je m'éloigne doucement.
Vomi par le tunnel, le train hurlant arrive.
Dans les yeux de cette femme virevolte une fillette,
Et sur les traits d'une autre gémit l'abdication.
C'est plus fort que moi, je veux me confronter
À l'évidence obscène de tous ces visages nus.
Cette fatigue blasée, cette poussière d'ennui…
"Réapprenez un jour à écouter le vent,
À voir ce qui est beau où rien n'est désigné",
Exhorté-je en pensée l'humanité absurde…
La hâte de sortir me froisse à l'intérieur.
Le chemin, dix minutes, est ma seule permission.
Les dégradés bleus d'août captivent mon vertige,
L'avion étincelant s'éloigne vers le Sud…
Avant de retrouver la nuit de ta souffrance,
Je me laisse éblouir par l'éclat du soleil
Comme je laisserais la pluie couvrir mon visage
Ou le jus d'un fruit rouge me couler jusqu'au coude.
Impuissante gardienne de tes jours de douleur,
Je connais aujourd'hui la valeur de l'Amour
Et je voudrais apprendre à conjurer ta peine,
te redonner la force que le passé t'a prise.
21 juin 2008
2 poèmes pour le prix d'un
Blues parisien…
Je cours, fourbue, pressée,
dans la foule sous-terraine,
la foule au mille visages…
Alors je pense à vous
chemins de terre humides
que je n'emprunte plus.
Le soir à l'heure aveugle,
sous les néons blafards,
face aux rails crasseux,
je songe à toi la Mer,
à ton horizon bleu,
à ton air iodé
que je ne respire plus.
Le nez toujours tendu
vers ce ciel trop pâle
griffé de tant d'avions,
je rêve de sommets,
de pureté bleue et blanche…
Lassée des escaliers
de métal tranchant,
je voudrais sous mes pieds
les prairies de là-bas
et porter au plus loin,
mon regard fatigué.
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Le jardin abandonné après l'averse
Le parfum du chèvre-feuilles,
insaisissable, obsède…
Près du grillage,
la neige du seringat
confettise le bitume mouillé…
Je m'arrête.
Je regarde les hautes graminées
du jardin abandonné.
L'éclat inversé de notre grand soleil
brille dans chaque goutte
prisonnière des hampes alourdies.
Comme un millier d'étoiles au sol
en fin d'après-midi…
Et je me dis :
si je possédais ce jardin
en ferais-je quelque chose
de plus beau que cela?
Il y a du triangle d'or
dans cette constellation minuscule.
C'est certain.
13 février 2008
Entre overdose et manque…
Quand je cours, fourbue,
Dans la foule souterraine,
la foule aux mille visages,
alors je pense à vous
chemins de terre humide
que je n'emprunte plus…
Le soir, à l'heure aveugle,
sous les néons blafards,
je songe à toi la mer,
à tes bleus horizons,
à ton air iodé
que je ne respire plus…
Le nez toujours tendu
vers ce ciel trop pâle
griffé de tant d'avions,
je rêve de sommets,
de pureté bleue et blanche
restée inaccessible…
Lassée des escaliers
de métal tranchant,
je voudrais sous mes pieds
les prairies de là-bas
et porter loin, très loin,
mon regard fatigué.
07 juin 2007
Il y a des jours
Un jour, dans le rayon de lune de mon énergie, je souris
Un jour, le rire est dans mon ventre
Un jour, l'onde des muscles, sous la peau tiède des hommes, m'émerveille
Un jour, passer sous les feuillages alourdis d'ombre et de lumière, dans le petit passage, me semble une chance inouïe
Un autre jour, je ne vois plus que le silence dans leurs yeux
Un autre jour, je suis contrariée d'être née
Un autre jour, même la beauté, mon inspiration, ne me console plus
Un autre jour, le poids de la vérité laisse mes mensonges sans force
Un autre jour, les mains de mon âme saignent d'avoir essoré sans fin le présent des ses gouttes de bonheur
Un autre jour, ma solitude considère avec désir le noir du précipice
Un autre jour, je n'arrive même pas à trouver ma place de grain de sable dans ce désert.
25 mai 2007
La soif de toi
L'amour inexplicable dont tu m'as entravé
a irrigué les ombres de mes terres désertées
et j'ai osé donné mon cœur débutant
aux promesses moirées de tes vœux bienveillants.
Des sources délicates de ton âme d'enfant
j'ai tiré des trésors et j'en ai fait mon sang.
À genoux, dépendant des reflets les plus beaux
de l'aube chatoyante d'un bonheur nouveau,
dans la tendresse en coin de l'ambre de ton œil,
j'ai su voir le don et j'ai compris l'accueil.
Mon cœur ensemencé par tes soins sans calcul
a fleuri tout d'un coup de plus de cent miracles.
L'indigent que j'étais a vue en toi l'oracle
magicien audacieux des tours les plus rares.
J'aurais voulu longtemps joncher de moi ta vie,
couler dans le même or que celui de nos nuits
l'éternité promise de nos heures confisquées.
Mais ce temps révolu où je goûtais tes lèvres
méritait en échange le bien le plus précieux,
une merveille, hélas, que je ne possède pas…
Dans tes bras amoureux j'avais trouvé refuge
Aujourd'hui je me perds et erre sous le déluge
des pluies les plus glacées de mes noires solitudes.
28 décembre 2006
Octavio Paz a écrit…
La poésie
sème des yeux sur la plage
sème des mots dans les yeux
Les yeux parlent
les mots regardent
les regards pensent.
Octavio Paz - Dire : faire
18 novembre 2006
Jardin secret
Pas de jardin secret
… un désert…
Ailleurs sont les jardins.
En ces limites peut-être
où se cogne l’élan…
Et ailleurs le secret,
au-delà des jardins,
au-delà des déserts,
moins sombre que le ciel ébloui de soleil,
comme le noir n’est pas
derrière des yeux aveugles.
Du jardin le secret,
du désert du désir le secret,
nous brûle toujours les yeux
à être ainsi flagrant.
24 octobre 2006
Ricardo Reis (Fernando Pessoa) écrivit…
Des fruits, seuls nous en donnent les arbres qui vivent,
Et non pas l’illusoire esprit, qui s’orne à peine
Des livides fleurs
De l’abîme intérieur.
Que de royaumes dans les êtres et les choses
Ne t’es-tu pas, chimérique, taillés ! Et tous
Sans en jouir tu les perdis,
Déchu avant que de régner.
Ah, sur l’adversité, de tant de rien tu es, en personne,
Vainqueur unique, en vain ! La vie est sans chemin.
Abdique, et sois
Roi de toi seul.












