31 mars 2009
Variante
Faute d'avoir le temps d'en faire de nouvelles, voici une image déjà connue des lecteurs du Dégel, retravaillée autrement, recadrée, colorée différemment… Bref, une tentative de faire du neuf avec du vieux (histoire de ne pas perdre la main… et la motivation).
01 novembre 2008
Ils reviennent…
16 mai 2008
Instantané 25 - Nuit d'été
Yan, devant moi, sort du bâtiment comme un oiseau qu'on libère d'une cage. Il est trois heures du matin et la nuit est d'une douceur parfaite. Nous allons rentrer à pieds tranquillement. Je le regarde à la dérobée marcher à côté de moi. Bientôt, très bientôt, il partira. Je préfère ne pas y penser. Il me met la main sur l'épaule. On se sourit. Il y a des moments comme celui-ci où j'ai tellement conscience de l'aimer que j'ai l'impression que tout l'intérieur de moi se met à scintiller.
— Tu ne t'es pas trop ennuyé, ça va?
— Non, non…
Il a sur le visage un air léger parce qu'il est avec moi, parce qu'il fait si doux, parce que la nuit est à nous et que nous sommes enfin seuls. L'égalité de nos pas accordés me procure une intime satisfation. Je songe avec perplexité à tous ces revenants du passé revus ce soir, des fantômes à qui je n'ai plus rien à dire. Présenter Yan à tous ces curieux, revoir tous ces gens, réapprendre à sourire et à rire pour faire comme si tout était comme avant alors même que justement plus rien, absolument plus rien, n'est comme avant m'a rassuré autant qu'éprouvé. Cette plongée parmi eux, amis et ex, était un peu un baptême du feu après tout ce temps réfugié dans l'isolement ou dans les bras de mon amour. Mais finalement cette sorte de retour symbolique à la vie sociale s'est soldé par une révélation inattendue : je ne me souviens plus qui j'étais et je ne me souviens plus de ce qui me séduisait chez tous ces désincarnés qui se griment de fausses beautés comme ils peuvent. En tout cas, moi qui m'en faisais une montagne, je me rends compte que leur présence autant que leurs éventuels jugements à mon égard m'est devenu indifférent. Je les ai perçus tels qu'ils sont, dépouillés de leurs oripeaux, car je n'ai plus sur le nez les lunettes déformantes de la vanité. C'est une confirmation qui me rassérénère et j'ai comme un vertige en songeant que j'étais sans doute aussi pathétique qu'eux à l'époque où je ne pouvais me passer de les fréquenter.
— Alors, dis-moi. Qu'est-ce que tu penses de mes amis?
— Ils sont cools, fait-il sans conviction.
Il s'absorbe dans ses pensées le temps de quelques pas et moi je poursuis mon interrogation intérieure. Que m'apportaient donc tous ces gens agités et vains? Quelle sorte d'attraits leur trouvais-je? Ai-je donc tant changé pour ne même plus réussir à me le rappeler? Sans doute avais-je besoin de leur fausse chaleur parce que j'étais seul. Oui, j'étais seul et je détestais cela. Me retrouver face à moi-même me faisait horreur. Ca doit être cela l'explication. Aujourd'hui encore je n'aime pas la solitude mais c'est différent. Totalement différent. J'aime et je suis aimé. Grâce à Yan, j'apprends à me regarder dans le miroir. Nom d'un chien, je crois que c'est la première fois que je réalise à quel point ça me plaît d'avoir changé!
— Tu veux une réponse honnête? Me dit Yan, poursuivant le fil de sa pensée.
— Tant qu'à faire…
— Et bien, très honnêtement, je me demande ce tu leur trouves. Je ne vois pas bien ce que tu as de commun avec eux.
— Mais c'est dingue!
— Quoi?
— Il faut que tu arrêtes ça.
Il me considère sans comprendre. Au lieu de céder à une violente envie de l'embrasser je le laisse dans le doute un instant. Sadique que je suis, j'aime tant le voir s'inquiéter de m'avoir blessé.
— Que j'arrête quoi? Tu me demandes d'être sincère. Moi je te réponds sincèrement.
Je me mets à sourire jusqu'aux oreilles, incapable de jouer la comédie une seconde de plus.
— Il faut que tu arrêtes de lire dans mes pensées comme ça. C'est un peu flippant.
— Tu es con, j'ai cru que je t'avais vexé!
Immédiatement il se détend et nous nous laissons porter par l'évidence de notre connivence. Légers comme il est rare de l'être, on traverse deux arrondissements comme un rêve. La ville est belle dans sa robe de nuit estivale. Les gens font la fête. On entend leur rire aux fenêtres ouvertes sur les vingt-cinq degrés ambiants. Tout semble idéal. Yan, maintenant lancé sur le sujet, ne tarit pas d'étonnement sur l'insondable vacuité des gens qu'il a vu ce soir et me noie de questions, les mêmes questions, précisément, que moi-même je me pose. Quelles satisfactions ai-je tiré des innombrable soirées et nuits que j'ai pu passer avec eux? Ne me suis-je davantage appauvri qu'enrichi à leur contact? M'ont-ils beaucoup manqués ces derniers mois? Les reverrai-je souvent à partir de maintenant? À part baiser et danser, qu'ai-je fait d'autre avec eux? Ai-je de bons souvenirs?
Ne désirant plus rien éluder de cette période, je lui réponds aussi franchement que possible et plus je lui parle de ce passé gâché, plus je comprends combien je m'en suis éloigné, pour ne pas dire affranchi, et mieux je mesure mon bonheur présent de le connaître lui, de bénéficier de ses qualités qui chaque jours me tirent vers le haut : son intransigeance, sa sincérité, son honnêteté fondamentale, sa profondeur… La houle d'un désir conquérant me traverse par intermittences, dont je laisse gonfler les voiles comme on accueille dans ses veines une drogue puissante. J'aime l'idée de le désirer comme un fou sans qu'il le sache. J'aime l'idée de dépenser de l'énergie à tenter de maîtriser ce feu qui me brûle. On discute donc tranquillement, chemin faisant. Je suis insoupçonnable.
Arrivés à l'appartement, je suis Yan de pièce en pièce tout en continuant à discuter. Je le regarde se déshabiller, prendre sa douche et en sortir alors que moi je traîne, délicieusement languissant, ne sachant trop quoi faire de moi-même en attendant de céder à la tentation. Il me parle maintenant d'Alex, la seule personne qu'il a jugée intéressante ce soir, et m'explique ce qu'il se sont racontés. Entre musiciens ils avaient de quoi débattre. Que ce beau garçon fragile et triste ait été l'un de mes amants ne semble pas le troubler outre mesure.
Comme d'habitude il a allumé les trois grosses bougies disséminées dans la salle de bain plutôt que l'éclairage électrique, trop agressif à son goût. Assis au bord de la baignoire, je l'admire pendant qu'iI se lave les dents, je contemple son dos, son cul, ses jambes, tout son corps encore mouillé ça et là souligné par la lueur des flammes. Je ne sais pas quel trésor de volonté j'arrive encore à trouver en moi pour me retenir de le toucher.
— Yvan, arrête de me mater comme ça. Tu me donnes la trique à force… dit-il sans se retourner.
Je souris à cette remarque. Charmante est la tournure que sa pudeur fait parfois prendre à l'expression de son désir. Il se penche, un peu plus que nécessaire, pour se rincer la bouche. Quand il repose enfin sa brosse à dents, c'est pour approcher son visage du miroir et s'examiner la peau. Il me nargue en prenant tout son temps. Je me déshabille sans le quitter des yeux — je sais qu'il me voit faire dans le miroir — et je franchis le mètre cinquante qui nous sépare. Il se redresse au premier frôlement et laisse mes bras se faire lianes à son torse.
— En parlant de trique…
— Je croyais que tu étais crevé, dit-il.
— Pas tant que ça, on dirait, finalement.
Il incline la tête pour permettre à mes baisers de se disperser comme bon leur semble entre le cou et l'extrémité des épaules.
— Ca fait des heures que je bande pour toi.
— Je sais, fait-il, ingénu.
— Tu sais?
— Oui. Il y a un truc qui change en toi quand tu as envie de faire l'amour. Je ne sais pas ce que c'est exactement mais tu as beau ne rien dire et ne rien montrer, je le vois direct.
Je voudrais qu'il ne se retourne pas. Je le voudrais ainsi. Il faut que ma douceur le piège…
— Je suis démasqué, donc…
Je caresse son corps et le serre plus fort. Il se vrille pour avoir ma bouche. C'est qu'il accepte le pacte. Mon sang s'affole. Le geste décisif qui nous fait basculer dans l'impatience c'est même lui qui le fait. Sa faim si brusquement affichée m'inspire prodigieusement. Je le devine disposé à être modelé, je le sens féminin. C'est si rare. Il n'a qu'un mot à dire… Il se cambre un peu, ses soupires tremblent à goûter l'invasion de ma douceur aux entournures de son corps qu'il m'ouvre. Je lis sa chair qui le dévoile. Cette nuit n'est pas une nuit comme les autres. Il attend de moi quelque chose de nouveau.
— Viens, souffle-t-il enfin.
18 mars 2008
D'où vient Yan?
Je ne devrais peut-être pas dévoiler la genèse de ce personnage au risque qu'il perde quelque mystère mais après tout, il y a peu à parier que cela entamera quoi que ce soit de son charme…
La première fois que j'ai pensé à lui j'avais 23 ans, donc ça fait un bail. Le moment du baiser, la scène du ruisseau (chapitre "un joli coin"), m'est venue comme ça. L'idée d'Yvan à cet instant T était déjà nette, un quadra désabusé dans une mauvaise période de sa vie qui est là, au soleil, près de cet ado qui lui tourne autour, séduisant et intouchable. Il est là, dans ce coin de paradis, à tenter le diable en s'isolant avec lui. Il y avait déjà les éléments de base de cette scène : le contexte des vacances d'été, une atmosphère sensuelle, le danger de céder à la tentation, la grande différence d'âge, la filiation de Yan (fils du meilleur ami, etc., vous connaissez l'histoire ^^)… tout ça.
Je visualisais clairement le mec usé qui résiste puis craque, qui se penche sur le visage de ce jeune ingénu qui n'attend que ça. Il y avait donc ce baiser, ce geste décisif, où le plus jeune triomphe et où le plus vieux sait qu'il vient de transgresser certains principes de sa vie comme principalement celui de ne jamais se laisser aller à ressentir une émotion profonde et véritable.
Bref, d'où vient donc notre jeune Yan si parfait, si généreux et même idéalisé diront certains? Et bien voilà, je crois qu'il vient de mes propres seize ans que je n'ai pas vécu comme j'aurais dû. J'étais très réservée. Observatrice dans l'âme, je n'agissais que peu. Le fait d'être en vie me laissait dans l'expectative et l'inquiétude. La vie m'étonnait trop pour que je pense à la vivre en fait. Je n'avais rien d'une insouciante, hélas! Et Yan est l'ado que j'aurais aimé être : audacieux, expérimentateur, doué pour la vie. Moi je n'étais douée que pour le dessin...
Les gens qui ont la chance de commencer dans la vie avec autant d'atouts, comme ceux que j'ai décidé de prêter à mon Yan, son rares, je ne l'ignore pas. Famille unie, vivacité d'esprit, beauté, curiosité, précocité, oui, je sais ça fait beaucoup pour un seul homme mais c'est comme ça. J'ai beau savoir que les romans préfèrent les âmes torturées et les parcours accidentés c'est ainsi, j'avais besoin de revivre mon adolescence autrement grâce à ce personnage. Même si ce n'est qu'illusion, il me fait du bien ce petit Yan. Et puis après tout, il n'est jamais trop tard pour revivre les choses grâce au pouvoir de l'imagination.
J'avais aussi besoin de voir évoluer un être plein de grâce et de talent comme il arrive rarement d'en rencontrer, de le confronter à toutes ces choses qui freine l'élan vital, à travers le personnage d'Yvan, la peur, la lâcheté, la superficialité, etc. Mais là j'amorce une autre sujet dont je pourrais parler de heures...
Depuis quelque temps, j'écoute avec plaisir le sympathique album de Paolo Nutini. Je l'avais découvert grâce à notre douce Zazie nationale qui a fait un duo avec lui dans son dernier album à elle et j'avais apprécier dès le début sa belle voix grave et éraillée chargée de blues mais je ne m'étais pas encore véritablement intéressée à l'artiste lui-même. Puis, j'apprends récemment que ce chanteur n'a que 19 ans! Ca ne cadre pas du tout avec sa voix, cet âge là. Je me renseigne donc sur lui et, petite émotion, il ressemble pas mal à l'idée que j'ai de Yan sur scène, en plus sage. Mon Yan n'est donc pas si invraisemblable! C'est de cette grâce là dont je parle : avoir déjà tant à donner alors que les années d'expériences n'ont pas encore été accumulées. La vérité c'est que je suis terriblement jalouse de Paolo et de Yan :))
En un mot comme en cent, Yan vient de mes regrets...
11 décembre 2007
Instantané 20 - Distance
On s'assoit tout près de l'eau, à même les pavés gris imprégnés de chaleur solaire. C'est fou ce que les bords du Canal Saint-Martin attirent comme foule parisienne par ce beau temps. Depuis que je vis dans ce quartier, j'ai l'impression qu'il s'y trouve plus de monde chaque année pour en goûter les charmes. Je sors une cigarette.
— Tu fumes trop.
— Je sais. Fumer c'est déjà trop fumer…
Ma fumée expirée se disloque doucement dans l'air bleu en y dessinant de jolies courbes.
— Qu'est-ce qu'il y a? Tu es bizarre depuis quelques jours.
Je me tourne vers lui. Un peu d'inquiétude se lit sur son visage.
— Comment ça bizarre?
— Je ne sais pas. On dirait que tu mets comme une sorte de distance entre nous.
— Non, tu te fais des idées. Ça va. Je t'assure.
Il me scrute, dubitatif, et reporte son attention vers la rive en face où défilent autant de promeneurs que dans notre dos. Je tire sur ma cigarette en espérant qu'il en reste là. Mais c'est mal le connaître.
— Je ne me fais pas d'idées, Yvan. Vas-y, dis-le. Tu regrettes déjà de m'avoir accueilli chez toi et tu n'as pas le courage de me le dire.
J'écrase ma cigarette inachevée entre deux pavés et je pose ma main sur sa nuque.
— Qu'est-ce que tu racontes? Qu'est-ce que j'aurais pu faire ou dire qui puisse te laisser penser un truc pareil? Je revis, depuis que tu es là.
— Pourquoi tu es comme ça, alors, depuis trois jours? J'ai l'impression que c'est depuis que tu m'as vu chanter, samedi soir… Je ne sais pas. Il y a comme un truc qui a changé. Tu ne me regardes pas pareil.
Ses antennes ultrasensibles détectent décidément tout malaise. Avec Yan, on ne peut pas tricher.
— Je te l'ai dit et j'étais sincère : j'étais loin de m'attendre à un spectacle d'une telle qualité. Je t'ai trouvé incroyable, vraiment incroyable…
— Mais?
— Mais, c'est vrai, j'ai eu une drôle de sensation…
— Quel genre de sensation? fait-il, anxieux.
— J'ai eu du mal à te reconnaître. J'ai eu l'impression que ce n'était pas toi.
— Ça c'est normal. Sur scène on joue un rôle. C'est comme être acteur…
— Là-dessus je suis d'accord, mais ce n'est pas ça. D'un seul coup j'ai découvert plein de choses que j'ignorais de toi. Ta voix d'abord. Je ne savais pas du tout que tu chantais si bien.
— J'ai été enfant de chœur jusqu'à douze ans pour faire plaisir à ma grand mère, m'avoue-t-il, sans enthousiasme. Et j'ai toujours aimé ça chanter.
— Comment ça se fait qu'on n'en ai jamais parlé avant?
— Je ne sais pas. C'est que le sujet n'est jamais venu dans la conversation, il faut croire. On ne pouvait pas se voir beaucoup, alors quand on se voyait j'avais autre chose en tête que le chant ou la chanson. Et puis, c'est après qu'on se soit séparés que cette passion m'est revenue.
Il considère ma perplexité un instant et se met à sourire.
— Souviens-toi. On avait autre chose à faire que de se parler, ajoute-t-il avec malice.
Mais ça ne me fait pas rire. Tout ce que je vois c'est qu'il serait passé à côté de ce qui va peut-être se révéler être sa vocation si je n'étais pas sorti de sa vie. Ce n'est pas le genre de révélation faite pour me remonter le moral! Maintenant que je suis lancé, il faut que j'arrive à lui dire les choses jusqu'au bout.
— Tu ne m'avais pas dit non plus que tu maîtrisais parfaitement l'anglais.
— Entre la troisième et la seconde, j'ai passé mes deux mois d'été en Angleterre. Ça n'a rien de…
— Et cet incroyable sens du spectacle que tu as. Je n'en suis pas revenu. Tu bouges magnifiquement.
— Merci. Ce n'est que ces derniers mois que j'ai appris à me lâcher comme ça. Le son du groupe est irrésistible. Tu as bien vu. Impossible de rester statique quand tant de vibrations sonores te traversent! Avant, danser ce n'était pas mon truc… Si on avait eu le temps de sortir en boîte tous les deux, on aurait sûrement découvert cet aspect de moi ensemble.
— Et il y a aussi cette rage, cette énergie démentielle que tu mets dans certaines interprétations. D'où elle te vient, cette colère? J'en étais tétanisé en écoutant ton titre "Show me". J'ai cru que tu allais te mettre à pleurer.
Il se trouble un peu à cette remarque.
— Je me lâche sur scène, c'est tout. Je suis ce que je chante. J'y mets toutes mes tripes. Qu'est-ce que tu veux que je te dise? C'est quand même un peu la règle du jeu quand tu décides d'affronter le public : tu y vas à fond ou tu n'y vas pas. On ne peut pas faire les choses moitié. Et au sujet de cette chanson… D'une certaine manière, l'écrire m'a peut-être sauvé la vie.
On se regarde en silence. Pas la peine d'en dire davantage pour se rappeler la douleur d'avoir été séparés.
— Enfin, tout ça, ça fait beaucoup de révélations d'un coup.
— Et alors? Où est le problème exactement?
— Le problème, c'est que je me rends compte que ne te connais pas tant que ça.
— Ce n'est pas vrai. Personne ne me connais mieux que toi.
— En te voyant sur scène, j'ai découvert trop d'aspects de toi que j'ignorais. Je crois que tu me caches ta part sombre…
— Ma part sombre? répète-t-il en rigolant. "My dark side", ça ferait un titre sympa.
— J'ai tellement été focalisé sur moi-même ces dernier temps… Je me dis que je ne me suis peut-être pas intéressé à toi comme j'aurais dû, ou pire, que tu m'as préservé de tes angoisses et de ta colère pour me ménager ou je ne sais quoi…
— Tu te prends la tête pour rien, Yvan. Quand je suis avec toi, je suis bien. Pourquoi tu voudrais que je sois angoissé ou en colère? Je l'ai été assez comme ça quand tu m'as largué et je le suis assez comme ça, en ce moment, contre ma mère. Je ne vais pas en plus me défouler sur toi. Justement, j'ai l'écriture et la chanson pour ça. Toi, je te réserve le meilleur.
30 novembre 2007
Je ne les présente plus…
En attendant la suite écrite, je vous offre cette illustration.
Bon, oui, je sais, vous vous dites, rhoooo, c'est toujours la même chose, ils sont encore dénudés et ont, une fois de plus, les yeux fermés, mais, c'est promis, la prochaine fois, je les représente dans un contexte moins, disons… sensuel… Sinon, vous allez finir par croire qu'il n'y a que leurs baisers qui m'inspirent… Ce qui n'est pas vrai. Si j'avais des tas d'heures rien qu'à moi, je vous ferais Yvan, dans la lumière d'un soir bleuté, fumant à la fenêtre de sa chambre, ou Yan marchant dans la rue aux côtés d'Héloïse et animé par une conversation passionnée, ou encore, nos deux compères riant simplement ensemble à la terrasse d'un café… J'aimerais bien aussi les dessiner au moment où ils se revoient pour la première fois, dans la réserve de la librairie… et au soleil de leur premier été, au bord du lac du Salagou, en train de se tourner autour… et Yan à Annecy, quand il attend Yvan en écoutant de la musique… et quand Eric fait une scène à Yvan dans la rue, ce soir pluvieux de septembre… Enfin bref, ce ne sont pas les idées qui manquent. Vous l'aurez compris, j'aimerai faire, au final, un roman illustré. Mais au train où je vais, il me faudra des siècles! Que c'est frustrant. Je le ferai, c'est sûr, mais quand je vois le temps que me prend une seule planche où il n'y a même pas de décor, ça me file le vertige!
18 novembre 2007
Et un petit baiser pour la route…
…en attendant la suite.
"Alors que je retrouve sur les miennes la texture et le goût de ses
lèvres,
je fais le vœux que ses baisers me guérissent de tout." (instantané 18)
17 octobre 2007
Y & Y
Extrait d'un dessin en cours…
02 avril 2007
Instantané 6 - La brisure
Dans la volupté qu'il sait recueillir de l'accord de nos chairs, sa beauté triomphante me bouleverse autant qu'elle me consume. Je n'y peux rien. Je suis trop faible, trop influençable pour en faire abstraction. Ses regards chargés de convoitise me font autant d'effet que ses caresses. Il a maintenant une maîtrise de son corps égale à la mienne et se montre aussi fort que moi au jeu du "je te provoque, je me retiens", un jeu aux allures de défis qui nous permets de faire durer le plaisir bien plus longtemps qu'un feu de paille. Toujours attentif à mes moindres réactions, jamais emporté avant le déchaînement final, il cultive la confusion des rôles comme je lui ai appris et comme j'aime. Un moment, je suis le jouet sur lequel il affûte la joie de me sentir en lui, m'imposant son poids, m'imposant son rythme, l'instant d'après il est le jeune garçon novice, tout ému de venir prendre son plaisir en moi… J'aime comme à la ferme détermination de ses gestes se substituent soudain la langueur et le souffle qui tremble. Mon plaisir est devenu dépendant de lui, de sa manière de faire l'amour. Aucun autre garçon ne saurait me faire exulter comme lui en m'imposant l'agressivité des ses envies pour mieux, ensuite, se soumettre à mon emprise. Non, personne ne saurait me réserver ce visage émouvant, mi-ange mi-démon, ce regard ineffable lorsqu'il s'abandonne sur le ventre pour que je vienne l'achever. Personne, jamais, ne m'accueillera comme il sait le faire lui, avec cette sincérité, avec ce bonheur indécent. Ses sollicitations, ses baisers, les manifestations de sa jouissance, tout me semble encore meilleur que d'habitude. Sans doute est-ce parce que je sais que c'est la dernière fois… J'aurai bientôt le temps de pleurer longuement sur la perte de cette merveilleuse harmonie, tellement inespérée.
Ses doigts se crispent sur le drap alors que je sens gronder la petite mort. C'est l'instant où nous ne cherchons plus à retarder la déflagration, l'instant où la pièce s'emplit de nos suppliques et de nos râles. Je lui dis "Viens, maintenant. Viens avec moi" car je sais que je ne pourrai pas me contenir davantage. Le puissant courant du plaisir culminant nous traverse en même temps. Cette conjonction, toujours si désirée et si exceptionnelle, me rends cruellement heureux. La vague d'ineffable bien-être se prolonge en de délectables échos au fond de nos êtres et nous laisse anéantis. Je demeure échoué sur son corps bouillant, l'esprit embué de tous ces éreintants délices. Pesant sur son dos, j'écoute le rythme emballé de son cœur. Je m'accroche à la répétition hypnotique des sourdes pulsations pour ne par redescendre trop vite du septième ciel où nous étions si bien. Atteindre ce pic inestimable du plaisir à deux nous a autant essoufflés que la conquête de je ne sais quel inaccessible sommet montagneux. Ce n'est que lorsque la sueur s'est évaporée de mon dos et qu'un long frisson me parcours l'échine que je me décide, à contre-cœur, à revenir à la vie. Je me dégage de sa chaleur en roulant mollement sur le flanc. Une fois nos corps disjoints, je me sens atrocement seul. Alors que l'élixir du plaisir extrême achève de se diluer dans mes nerfs et dans mes veines, l'angoisse de la confrontation programmée se cristallise et me glace. Comment vais-je trouver la force d'entacher de souffrance une telle union? Je suis tenté de repousser ce calvaire, de lui parler un autre jour, un jour où il n'aurait pas cours le lendemain, par exemple, un jour où ne viendrions pas de faire l'amour avec un tel plaisir réciproque à la clé… Evidemment, ça ne sera jamais le bon jour, ni la bonne heure… ni la bonne minute… C'est aujourd'hui qu'il me faut me résigner au sacrifice. Je me tourne vers lui. Il m'observe, le regard couleur d'amour et de patience, et me sourit, cherchant sur mes traits le reflet de sa joie.
— A quoi tu penses comme ça?
Je déglutis, mort de trac. Je veux lui sourire aussi. Je n'y arrive même pas. Je n'arrive qu'à le regarder à m'en brûler les yeux, comme si en moi quelque chose exigeait que je me repaisse une dernière fois, égoïstement, de son visage heureux avant les paroles fatales. Des paroles qui, à coup sûr, videront de son regard l'insouciance et la confiance.
— On n'aurait pas dû, lui dis-je.
— Hein? Pourquoi?, fait-il en fronçant les sourcils.
J'appréhende tellement ma maladresse dans ma manière de lui présenter les choses que je tente de mettre dans mon regard tout ce que je n'arrive pas à lui dire.
— Quoi? Tu trouves que j'ai exagéré? C'est que j'avais tellement hâte! C'était tellement bon! fait-il en s'étirant, l'air comblé.
Je me détourne, désespéré. Il est à mille lieues de se douter de ce que je vais lui dire. Mille lieues… Qu'espérais-je d'autre? Il m'aime et me comprend, mais n'est pas encore télépathe! J'essaie de constituer une phrase cohérente dans ma pauvre tête récalcitrante.
— Oui, mais j'avais quelque chose d'important à te dire et tu ne m'en as pas laissé le temps. Maintenant c'est encore moins facile pour moi.
— Je suis désolé. J'avais trop envie de toi. Ça faisait trois semaines quand même.
— Je sais.
L'inquiétude s'infiltre dans son regard.
— Tu fais la gueule?
— Non, je suis triste.
— Tu me fais flipper. Vas-y, dis. Qu'est-ce qu'il y a?
Lâche comme je sais l'être, je me détourne de la peur qui le fige. Je me lève, enfile slip et tee-shirt, ma nudité me semblant tout-à-coup déplacée, et je m'assois au bord du lit.
— Ça fait trois semaines que je m'y prépare et je ne sais toujours pas comment te l'annoncer.
Un silence me répond, un silence qui respire le drame. Je n'ose pas me tourner vers lui. Je sais qu'il attend que je poursuive alors que moi j'attends qu'il me questionne. Ma douleur à l'estomac ressurgit. Je ne parviens plus à bouger. Ma première tentative de réponse s'étrangle dans ma gorge. Il vient s'asseoir à côté de moi et je reste le dos courbée, à considérer mes pieds nus sur la moquette.
— Tu en as marre de moi. C'est ça? dit-il d'une voix blanche.
Ces mots aberrants parviennent à m'arracher un triste sourire.
— Non, je n'en ai pas marre de toi.
— Regarde-moi, au moins.
J'obéis. Cet effroi sur son visage !
— Si, je crois que tu en as marre de moi et que c'est pour ça qu'on ne s'est pas vu toutes les dernières fois. Je me trompe?
Les larmes me montent aux yeux à voir ainsi son expression d'enfant inquiet qui s'interroge déjà sur la faute qu'il a bien pu commettre.
— Oui, tu te trompes. Tu es la personne la plus généreuse et la plus merveilleuse qu'il m'ait été donné de rencontrer et je t'adore.
— Mais?
— Mais j'ai beaucoup réfléchi sur nous deux ces derniers temps et je crois… Je crois qu'il faut qu'on arrête de se voir.
— Non! s'exclame-t-il douloureusement en se levant brusquement.
Il s'éloigne de quelques pas, chaque muscle tendu. Une main appuyée sur le bureau, une autre sur le visage, il reste immobile, me tournant le dos. Je lui laisse le temps d'accuser le coup. Il finit par se recroqueviller sur le fauteuil pivotant. Il est bouleversé mais il a les yeux secs.
— Vas-y. Pourquoi? fait-il faiblement, le regard farouche.
31 mars 2007
Instantané 5 - Sans un mot
Comme à son habitude, très gentleman, Yan raccompagne Héloïse jusque chez elle vers dix-neuf heures. Elle habite à trois pâtés de maison de chez moi, il sera donc de retour dans une vingtaine de minutes. Le temps, pour moi d'achever de me liquéfier en tournant en rond dans l'appartement… Je m'entraîne à prononcer les premiers mots : "Yan, il faut que je te parle". Mais je sais bien qu'il ne va pas m'écouter. Il va m'embrasser, me dire "après". Il va falloir résister à l'envoûtement… Je ne vais pas y arriver. Je ne vais pas y arriver.
Je fais ma petite vaisselle, tasse à thé et bols de chocolat. Je suis tellement nerveux que je casse l'un des deux bols dans l'évier. Je jure. J'ai envie de me gifler. Je me hais. Ma maladresse, comme ma lâcheté sont méprisables.
Je prends de fermes résolutions. Je vais simplement me montrer froid. Il ne faut pas que se prolonge cette torture une minute de plus que nécessaire. Je vais être honnête et ne pas lui laisser le temps de faire un geste vers moi. Ça va être atroce. Je ne sais même pas comment je vais lui dire. Les scénari que j'ai imaginés me semblent tous trop cruels. Peut-être va-t-il pleurer. Je ne l'ai jamais vu pleurer. Une seule larme de lui me serait insupportable. Je sens que je vais me dégonfler mais je me l'interdis formellement. J'espère seulement qu'il ne va pas me rendre les choses encore plus difficiles, qu'il va comprendre, qu'il va se résigner. Je n'y crois pas une seconde.
L'interphone se manifeste. C'est lui. Déjà de retour? Comment a-t-il fait pour aller si vite? Le sang quitte mes mains et mon visage. Une grande vague de faiblesse s'empare de moi. Je lui ouvre et lui dis de monter. Je laisse la porte entrouverte et vais me laisser choir sur le canapé. Je ne me sens vraiment pas bien.
Trente secondes s'écoulent et j'entends la porte de l'appartement se refermer vivement. Je ferme les yeux. Il est déjà là, derrière moi, encore essoufflé de s'être tant pressé. Tout imprégné du froid extérieur, il s'effondre à côté de moi, ôte ses baskets, ôte son pull.
— Yan.
Il me jette un bref coup d'œil sans me répondre avant de se pencher pour retirer ses chaussettes. Ce mutisme m'étonne de sa part. Je ne vois plus son visage caché par la masse de ses cheveux. J'en profite pour tenter d'amorcer la pénible succession de mots qui m'oppresse.
— Je… Il faut que je…
Il se redresse, m'empoigne par le col et, sans façon, me pousse en arrière pour m'embrasser sur la bouche.
— Non. Attends, dis-je en le repoussant.
Alors seulement je le regarde dans les yeux. Il me fixe, le topaze des ses prunelles plus étincelant que jamais. Je ne lui ai encore jamais vu cet air sauvage, cette expression autoritaire et animale. Il me cloue de force au canapé et part à l'assaut de ma personne. J'essaie encore de m'opposer à son poids sur moi alors qu'il s'est positionné à cheval sur mes cuisses. Mais, il se débarrasse de son tee-shirt d'un ample geste. Comme toujours, le regarder se dénuder capte toute mon attention, ma vision, ma volonté. Il est effectivement trempé de sueur. Il est sublime.
— Attends. Je dois te dire quelque chose, tenté-je encore.
Mais il ne m'entend pas ou ne veut pas m'entendre. Pour toute réponse, il me défait de mon haut avec une rapidité incroyable sans que je parvienne à m'en défendre. Il ne sourit pas. Ses mains me parcourent. Il a tout d'un jeune fauve qui vient de capturer sa proie et s'en régale par avance. Je m'attends à tout instant à voir des crocs lui pousser à la place des canines. Trois semaines sans se toucher et le voilà ainsi sur moi, flamboyant de désir, me submergeant de son envie de moi, cet aphrodisiaque surpuissant auquel je n'ai pas encore appris à résister. Je ne m'attendais pas du tout à cela, à ce comportement qui ne lui ressemble pas. Je ne m'attendais pas à ressentir une telle excitation dans l'état moral où je suis. Et pourtant… Il se penche, me prends la bouche à nouveau, et je ne trouve plus nulle part en moi la force de me détourner. Comment refuser cela d'un être que l'on aime? Moi, je ne le sais pas. Son baiser est si incandescent que j'en perds le fil des événements et mes doigts dans ses cheveux…
Mon angoisse est balayée par l'excitation sexuelle impétueuse dont il me contamine. Une seul question demeure viable dans l'instant : que va-t-il me faire? Et, mon dieu, comme j'ai hâte qu'il me le fasse.
















